On appelait ainsi la cour intérieure d'une forteresse
224 Livre II, Chapitre II.
plume et ses cartels, et en faict un, non de sa teste à ce qu'on dict, mais forgé où je dirois bien, et iuy faict tenir par un tambour, qui lui presanta à Xainctes, sans en sçavoir rien, dont pour ce il meritoit d'estre pendu, pour abuser de sa charge à l'endroict de son couronnel ; mais M. (rEspemon Iuy usa de miséricorde, d'autres disent qu'il le fist fouetter à sa cuisine jusqu'à mourir, dont il fust trte loué; et lui fit response qu'il n'avoit point respondu aux desmentys qu'il Iuy avoit donnez, et que, lorsqu'il y auroit satisfaict, alors il parleroit à Iuy, et qu'amprès qu'il auroit faict le service du roy, en Guyenne, qu'il iroit en France où l'appelloit, et à l'armée du roy pour le combattre. A quoy M. d'Espernon ne faillit, car ayant mis ordre à quelques affaires particulières qu'il avoit en Gascongne, et y avoir amassé quelques forces pour mener au roy, et mis ordre à son gouvernement, il alla trouver le roy en France, avec deux mille hommes de pied et deux cens bons chevaux, qui fust un secours bon et à propos; dont aucuns disent que ledict sieur d'Aubeterre, le sentant venir (ce que l'on ne présume), partit d'avec le roy, et s en vint en sa maison.
J'ay entendu dire que beaucoup de grands capitaines, et entre autres M. le mareschal de Biron, qui sçait bien peser les choses, ne trouvarent jamais bons ces deffis dudict Aubeterre, et qu'il n'estoit raison que Iuy, simple gentilhomme, seneschal d'une petite province, voyre des moindres de la France, qu'est Perigort, et qui n'avoit faict de grandes preuves de sa per-
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sonne encore au prix de l'autre, allast ainsin deffier un duc et pair de France, et couronnel de l'infanterie, et qui avoit gouverné paisiblement son roy*, et manié l'espace de dix ans tous les affaires de l'Estat. Néanmoins il n'a jamais tenu audict M. d'Espernon (ce disoit on) qu'il n'ayt combattu ; et s il eust trouvé ledict Aubeterre au camp, infailliblement se fussent battus, encore qu'il en fust fort dissuadé de plusieurs raisons et de plusieurs amys et serviteurs. Le roy l'en sollicitant d'accord, il dict qu'il ne s'accorderoit que premier il n'en fust esté disputé et dict par les officiers de la couronne, disant que cela leur touchoit à tous. Enfin pourtant un gentilhomme, que l'on cognoit sans le nommer*, les accorda sans autre cerimonie, et les fit embrasser au bout d'un an, amprès s'estre bien envoyé des desmentys, des cartels et des injures, au grand estonnement de tout le monde (mais il» vouloit passer en Provance, et ne vouloit laisser un tel ennemy derrière soy), d'autant que ledict sieur d'Espernon avoit juré cent fois de ne s'accorder jamais, et qu'il tueroit Aubeterre, et fairoit porter l'attiffaict^ à sa femme,
1 . Il avait été un des mignons de Henri III, qui lui donna son duché-pairie, avec rang immédiatement après les princes du sang.