Voy. Paris de Puteo, Dt rt militari, déjà d
28 Livre II, Chapitre II.
anciennes coustumes, les conditions des vaincus estoient fort viles, sordides et fort misérables. Si y en a il eu pourtant de nos temps, ou de nos pères, de ces combattans à outrance et vainqueurs, qui ont estez modestes, et qui en leurs victoires ont adoucy les rigueurs de leurs loix et dispositions de droits.
Il se fist un gentil combat au siège de Florance, ordonné par ce grand capitaine le prince d'Orange (Paulo Jovio en faict le conte, mais non si gentiment comme je Fay leu en un livre espaignol *, et ouy raconter dans Fleurance autresfois). Le siège y estant donc, comme chascun sçait, plus par leurs divisions, partialitez, que autres choses, il y eust un combat représenté par quatre jeunes hommes florantins : les deux estoient dans la ville, assiégez, et les deux autres assiegeans hors la ville, ainsin que coustumierement se voit en guerres civilles. Ceux de la ville furent ceux qui, de gayetté de cœur, ou d'animosité, ou despit , envoyarent le cartel au camp du prince d'Orange, et luy demander le combat contre deux autres de leurs concitoyens qui estoient en son armée. Soudain ils furent pris au mot par autres deux vaillans jeunes hommes de la ville, qui estoient hors pourtant, dont ce combat fust accordé et assigné par ledict prince au lendemain, avec toutes seuretez et belles parolles données. Estant donc tous quatre entrez dans l'estaquade ou le camp , qui estoit environné d'une grosse
I . Vallès, sous le titre : Dtsafio notable de quatro Florenîinos, en presencia del principe de Orange. F» 3 16.
corde, que les lansquenets gardoient, environnez tout autour avec leurs picques, les solamnitez et cerimonies y requises bien observées, n'ayans nulles armes deffencives, tous en pourpoinct, si non offencives, qui estoient espadas muy affiladas y agudas \ il pleut ainsin à la fortune de Mars de leur vouloir estre esgalle à l'un et à Fautre party ; car un de ceux de dedans fust vainqueur, et l'autre vaincu ; et de mesmes ceux de dehors, amprès avoir chascun fort et très vaillamment combattu, et d'un hardy courage, sans oublier rien du debvoir de hardys combattans dont, entre autres, il y en eust un de ceux de dedans qui vint à estre blessé à la mort, et rendant force sang, qui le debilitoit beaucoup, celluy de dehors luy dict alors qu'il se rendist ; l'autre n'en pouvant plus, et abhorrant ce mot pourtant de se renare à son ennemy, luy respondist seulement et advisement, pour mieux garenlir son honneur : « Je mè rends a à M. le prince. » Soudain son ennemy luy réplique : « Il n'y a point icy autre prince « que moy, et je n'y cognois poinct dans ce a camp aucun que moy, et laut que tu le « croyes, et qu'il n'y a nulle grandeur et aua thorité icy que mon espée. Par quoy, rends « toy à moy, et non à d'autre. » Sur ces parolles, l'autre, tumbant en terre, donna signal qu'il estoit vaincu, non par faute de colirage. mais par desastre de la guerre. Toutesfois, ('ennemy fust honneste ; et se sépara