‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 136 sur 157 · Louis de Bueil (i · texte numérisé non relu

Louis de Bueil (i

3. Nicolas Perrenot, seigneur de Granvelle, père du cardinal.

200 Livre II, Chapitre II.

ledict seigneur de Guyse avoit avec le comte de Sancerre, sur ieauei il avoit contre&ia iadicte lettre au nom audict seigneur de Guyse, et luy escrivoit que le roy ayant sceu Pextremité de vivres et de poudres en laquelle estoit Sainct Disier, qu'il advisast de trouver moyen de faire une composition si honnorable que les hommes fussent sauvez, car le roy ne le pouvoit secourir. Sa lettre fust faicte en chifiires et donnée en secret à un tambour françois, estant allé au camp impérial pour quelques prisonniers, par un homme interposé et à luy incognu, qui disoit avoir charge de M. de Guyse de la faire tenir secrettement audict comte (brave astuce certes !) ; lequel, n'ayant peu cognoistre la fausseté de la lettre, et la pensant vraye, s'estoit rendu sur la parolle de M. de Guyse, qui en vindrent là à se combattre ; mais amprès toute la vérité fiit cogneue; et voylà en quoy il faut louer M. de Guyse et sa générosité, de n'avoir voulu faire rempart de sa grandeur, pour ne venir point au combat.

M. le baron de La Garde ayant une querelle entre M. de La Mole l'aisné, au commencement du règne du roy Charles neufviesme, se voulut ainsin desmettre de son ordre pour le combattre à^Paris ; je les vis. Sur quoy j'ay entendu dire"* qu'ayant esté demandé une fois à dom Ferrant de Gonzague, si un chevallier d'ordre pouvoit et debvoit reffuser au combat un chevallier qui n'estoit de l'ordre, pour ne faire de préjudice à l'ordre, il respondict publicquement, qu'encore qu'il fust prince et

Discours sur les Duels. 261

duc, chevallier de Tordre de la Toison, gouverneur de Testât de Milan et lieutenant gênerai pour Tempereur en Italie, que quand il auroit querelle d'honneur contre le seigneur Pierre Estrozzy, qui estoitlors dans Parme, et Ferdinant devant, il ne reffuseroit jamais un tel chevallier, encore qu'alors il n'eust l'ordre ny les grades qu'il a eu despuis par ses œuvres vertueuses et vaillantises ; mais cestuy là estoit un chevallier sans l'ordre, qui en valloit bien une douzaine d'autres avec l'ordre.

Car enfin encore que l'ordre soit institué par les ducs de Savoye, de Bourgoigne, et roys d'Angleterre et de France, pour une recompense, loyer et marque de grand honneur (ainsin que porte celluy de Bourgoigne : pretium non vile laborum, « c'est' un prix point « petit de ses labeurs »), et que d'autres fois cesdicts ordres ayans estez très bien entretenus et superstitieusement * donnez à ceux qui le meritoient, despuis (et mesmes en nostre France) il s'est tant ravallé, et en a on tant abusé que, pour l'injure de nos guerres civilles, et pour gaigner et entretenir des hommes, il s'en est tant donné indifféremment et aux uns et aux autres, qu'on ne voyoit que de toutes parts chevalliers de l'ordre de Sainct Michel ; ce qu'abhorrant le roy Henry 111% dernier mort, institua cèlluy du Sainct Esprit, auquel on y trouva puis amprès de l'abus autant qu'à

I . Probablement l'auteur veut dire avec un soin extrême, avec scrupule. Je doute qu'il comprît bien le sens de l'adverbe qu'il emploie.

202 Livre II, Chapitre II.

l'autre ; car il se fist autant commun que l'autre, vôyre pis, comme j'ay dict aiHeurs *,et se donna à force gens que je sçay bien^ plus par compère et par commère (comme l'on dict), et par faveur, que par la valleur et mérite ; desquels j'en sçay un, au'un secrétaire des commendemens fist pour l'avoir receu en sa maison, et luy avoir donné un disner en passant; et pour luy rendre la pareille, le fist chevallier tout jeune enfant qu'il estoit,et n'avoit jamais veu armée royale, ny veu croix rouge ny blanche non plus, sinon sur le dos du prestre quand il disoit la messe, ny rien faict de son corps. Si bien qu'on l'appelloit à la cour le. chevallier d'un tel secrétaire.

Là dessus, je laisse à discourir au mpnde^ à sçavoir si un tel petit seigneur et chevallier doict estre exempt de se battre contre un autre qui ne l'est pas, mais en est plus digne

aue luy. Voilà pourquoy il se faut mocquer e ces abus, et mespriser ces chevalliers qui se fondent si fort sur leurs prérogatives, voulans faire des gailans et des raminagrobis^ qu'il leur semble qu'on les doive respecter et craindre avec leur Sainct Michel ou Sainct Esprit.

Sur quoy j'ai ouy faire un conte d'un chevallier de l'ordre, que, venant de la cour, de prendre l'ordre, et allant en sa maison en poste, il fust rancontré de quelqu'un qui luy

Page 1