‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 145 sur 157 · I. Arrière-petit-fils · texte numérisé non relu

I. Arrière-petit-fils

Branthôme, VI 11. 18

d'en faire dresser deux : l'un consacré à la Vertu et l'autre à l'Honneur'.

La Vertu et l'Honneur ont esté estimez de l'antiquité pour dieux très puissans; et quant à l'Honneur, on le faignoit fils de la Révérence (ainsin qu'il se treuve en beaucoup de médailles antiques de la religion) pour dénoter que les hommes de la profession d'honneur eslevez hauts par leurs œuvres vertueuses doivent estre rêverez d'un chascun. Mais pourtant tels chevalliers eslevez en honneur ne doivent point abuser des grades. Voylà en quel honneur sont tenus les chevalliers de chevallerie. Si bien que le roy François, ne se voulant contenter d'estre chevallier de l'ordre, il voulut estre chevallier de chevallerie à là bataille des Suisses à Marignan, par les mains de ce brave chevallier M. de Bayard, qui n'estoit que chevallier d'armes et non de l'ordre encore, comme il le fust amprès'. Le roy Henry voufut estre faict chevallier de M. le mareschal du Biez, encore qu'il eust l'ordre ; aussy le marquis de Pescayre disoit : Qu^el nombre de la guerra ganado con virtud verdadera y con hechos illustres, era muy mas noble y honrado qa^era el que se ganaba con et juego de ta fortuna amorosa, o d^ei sobervio favor de las reyes del mundo. « Le nom de la guerre, gaigné par « une vraye vertu et par de nobles faicts, est « plus noble et plus honorable que celuy qui « se gaigne par le jeu de fortune amoureuse, « ou par la superbe faveur des roysdu monde. »

I . Voy. la vie de Marcellus, dans Plutarque. 2 Le Loyal Serviteur, chap. lx.

Discours sur les Duels. 275

De telles ou semblables paroUes M. le connestable sceut si bien débattre la cause de M. d' Andellot, qu'il la luy. sceut gaigner devant le roy, et adviser d'un bon appoinctement.

Sur quoy il me souvient qu'aux premières guerres civilles, lorsque nous prinsmes Bloys * sur les hu£[uenots, M. de Randan qui avoit esté nouvellement estably couronnel de l'infanterie de France, en la place de M. d'Andeilot, qui en avoit esté desmis à cause du party contraire qu'il tenoit et qu'on disoit rebelle, pour cela vint à avoir auerçUe avec M. de Montbron, troisiesme fils de M. le connestable, gentil garçon certes, et brave et vaillant s'il en fiist onc, et tout pour l'ambition ; car il portoit envie à M. de Randan de cest estât, pensant succéder à M. son cousin M. d'Andellot. Ils vinrent si advant en leurs querelles, qu'ils estoient prests à se battre sans l'empeschement qui y fust mis, et que M. le connestable en eust 1 advis soudain qui, comme prompt et colère qu'il estoit, s'en despita et se courrouça tellement, que l'esclandre en fust grande en toute nostre armée, jusques à dire que M. de Randan estoit un petit gallant et un mignon de cour, et qu'il dormoit jusques à midy, et luy apprendroit sa leçon et son devoir. M. de Guyse, qui aymoit M. de Randan naturellement (comme certes il estoit aymable en tout), vint trouver M. le connestable en ceste grande colère, et luy remonstrer qu'on ne sçauroit dire autrement

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