I. Au mois de juillet i
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que M. de Randan ne fust de fort bonne part et bon lieu, et qu'en tous les endroits qu'il se fust îamais trouvé, ny en toutes les charges qu'il eust jamais eu, qu'il n'eust faict tousjours si bien et si vaillalmment qu'on ne luy sçauroit rien reprocher ; et que s'il dormoit ainsin haut heure, que telle estoit sa coustume et tel son naturel quand il estoit à la cour; mais quand il estoit à la guerre et en sa charge, il estoit moins endormy que le moindre soldat des siens, et que pour appeller M. de Montbron son fils au combat, il ne luy faisoit point de tort^ estant autant qualifié que luy fors en biens ; et sur ce l'alia taire ressouvenir de la remonstrance qu'il fist devant le feu roy Henry, lors de la querelle du prince de La Roche sur Ion et de M. d'Andellot, et le pria de renouveller en soy les mesmes parolles et sentences qu'il dict alors pour defîendre la cause de son nepveu, et qu'il trouveroit estre propres pour la mesme cause de M. de Randan ; et qu'il ne fairoit tort à M. de Montbron de l'appeller au combat, mais un très grand honneur, s'estant signalé en tant de lieux si noblement et vaillamment qu'il avoit faict, et ny de se vouloir battre contre son fils, qui pour sa jeunesse, n'avoit encore si bien faict paraistre son généreux courage comme il fairoit par amprès avec l'aage. M. le connestable amprès avoir songé en luy, et ce que M. de Guyse luy remonstra, s'appaisa, et fust advisé de les accorder, s'estans un peu repanty en soy de ce qu'il avoit dict.
D'une chose se doivent aussy fort garder les
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petits de s'attaquer aux grands pour les braver et faire un affront, soit qu'ils soient poussez de leur folle outrecuydance et de grande presumption de leur vaillance, ou de la grand'amytié et faveur que leur portent leurs roys et leurs princes ; car ils s'en pourroient bien trouver mal, ainsin qu'il en advint sau sieur de Sainct Maigrin de nostre temps, lequel parce que le roy luy faisoit un peu quelque bon visage et de faveur, en vint si insolent, ou possible pour complaire à son maistre, , qu'il se voulut prendre à messieurs de Guyse, et surtout à M. du Mayne (en quoy il fust ingrat, car M. de Guyse l'avoit poussé et faict cognoistre au roy la première fois qu'il vijit famais à la cour), jusques là qu'il usoit de fort outrageuses paroUes, et aussy qu'un jour dans la chambre du roy, ainsin que le roy estoit dans son cabinet, il tira son espée, et, en bravant de paroUes, il en trencha son gand par le mitan, disant qu'ainsin il tailleroit ces petits princes. Il n'emporta guieres loing ceste folle outrecuydance, car un peu de jours aniprès il fust un soir estendu sur le pavé de la rue du Louvre, blessé à mort, qui s'en ensuivit le lendemain. La pluspart des courtisans disoient que le coup estoit très bon, mais c'estoit fort sourdçment ; car le roy ne le trouva pas tel, et en fust fort despité et lasché, jusques à se trouver à ses obsèques, et vouloir mal à ceux qui ne s'y trouvarent, et à contraindre tous ceux qui estoient à la cour d'y aller, où plusieurs y allarent, que je sçay bien, vestus de noir comme les autres, qui soubs
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l'habit en faignoient belle joye, et si aucuns en eust il qui en estoient de la consente de a mort *, comme je les cognoissois bien et leur disois qu'ils fissent bonne mine. Le roy le fist puis amprès tailler en marbre superbement, comme QuielusetMaugiron et autres.
Mais despuis, les Parisiens, pour estre chose trop vaine et abusive, ont rompu tout cela*, si bien que le proverbe courut longtemps à la cour, contre les mignons et favoris du roy, Quand ils faschoient quelqu'un, ou lui faisoient desplaisir, on disoit : « Je le fairay tailler en marbre comme les autres. » Voylà comment fut payé ce jeune homme outrecuidé mal à propos.
Il ne fist pas si sagement comme fist un gentilhomme à feu M. de la Trimouille, dict Le vray corps de Dieu, lequel en son jeune aage et en sa faveur, vint à faire desplaisir à ce gentilhomme dans la salie du roy. Le gen-
1 . c'est-à-dire qui avaient été complices de l'assassinat de Saint-Megrin, tué, dit-on, par ordre du duc" de Guise. Selon l'opinion commune, il s'était vanté d'avoir obtenu les faveurs de Catherine de Clèves, duchesse de Guise, et le duc de Mayenne, plus soucieux que son frère de l'honneur de sa famille, avait aposté les meurtriers. Henri IV, apjsrenant en Navarre la mort de Saint-Megrin, 'dit : qu'il savoit bon gré au duc de Guise de n'avoir pu souffrir qu'un mignon de couchette le fit cocu ; c'est ainsi qu'il faudroit accoustrer tous ces petits galands de la Cour qui se meslent d'approcher les princesses pour les muguetter et leur faire l'amour. Voy. i'Estoile, 1578, 21 juillet.
2. Ces monuments élevés dans l'église Saint-Paul, près du grand autel, furent détruits pendant la Ligue, après l'insurrection de Paris contre Henri IH, le 2 janvier 1J89, d'après I'Estoile.
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tilhomme luy dict seulement : « Monsieur,- « vous me laites tort; je suis gentilhomme « d'honneur; je vous jure qu'advant qu'il soit « un an, j'en auray ma raison. » M, de la Trimouille luy respondict : « Alors comme (( alors, cependant je vous verray venir. »
L'an se parachevé et vient à estre révolu tout entier, fors le dernier jour, qu'ainsin que le soir qu'il * estoit en la chambre du roy à son coucher, qu'aucuns de ses compaignons, jeunes gens comme luy, luy faisoient la guerre de son homme : « Ha! » dict il, « l'an est « passé ; il n'a pas esté si mauvais comme il « a dict. Je m'en vais coucher », et, sortant hors du logis du roy, ainsin qu'il estoit seul avec son page, contre une muraille, à pisser, voicy venir le gentilhomme qui luy persa son manteau de sa dague en deux ou trois endroits, et luy dict : « Monsieur, il ne tient « qu'à moy que je ne vous en fasse autant à « travers le corps; il me suffit de cecy, a et vous avoir monstre que je suis homme « de bien et d'honneur », et de là s'en partit. Le gentilhomme fust plus discret, ou non si résolu (pour mieux dire) vangeur, que ne fust un soldat du capitaine Briagne, un de ces ans, lorsque les premiers estats se rendirent à Bloys*. Ce soldat avoit esté audict Briagne et l'avoit quitté, et le trouvant le soir en la salle de bal, ainsin que l'on dansoit, ledict Briagne le voyant, luy dict : « Hà! vous voicy, gal- « lant ; remerciez le lieu où vous estes ; mais