En
28o Livre II, Chapitre II.
« asseurez vous qu'au partir d'icy je vous « couperay bras et jamoes, et vous appren- « dray à me quitter. » Le soldat, qui avoit fort belle façon, luy respondict fort honnestement qu'il ne luy pensoit tenir tort *, et luy estoit serviteur. « Rien! rien », replicqua l'autre, « au partir d'icy tu es mort de ma main », parlant à luy en très grande colère; et moy mesme je le dis à Briagne (car nous estions bons amis) qu'il se debvoit contenter des honnestes excuses du soldat, et puisqu'il vouloit tant luy demeurer son serviteur. Le soldat comme desespéré, s'oste de devant luy, mais non si loing qu'il ne le guette, qu'il ne l'expie, ne le perd de veue d'un seul clin d'oeil; par quoy le bal finy, ainsin (ju'un chascun sortoit, le soldat suivant Briagne d'assez près, le voit en un recoing seul qui pissoit; sur ce prenant l'occasion, tire son espée, luy donne à travers le corps, le tue et s'oste de là. Ce ne fust pas tout; car san^ s'estonner, vint à la petite porte du chasteau, qu'il trouve si embarrassée de gens qui sortoient à la coustume ei^ foule, que, ne pouvant aysement sortir, il se mit à escrier : « Ha!
« messieurs, pour Dieu, laissez moy sortir c( viste, car voylà mon maistre qui s'est blessé <( en une jambe ; il faut que je luy aille quérir « un barbier pour le penser. » (Quelle asseur^nce !) Soudain le monde s'ouvrit, et luy faict place, et sort et eschappe avec telle resolution, qu'onc puis on n'en ouyt nouvelles,' sinon qu'il