Michel Bourrouge, sieur de Hallot et de Guépéneuz
Discours sur les Duels. 28$
Le roy Louys XI* estoit maistre passé en telles choses ; car si elles alloient bien, il les advouoit; si mal, il les desadvouoit et desnioit comme un beau diable, tesmoing la guerre de Liège, qu'il suscita contre le duc Charles de Bourgoigne; mais aussy il fit bien du fat, et perdit l'estrieu de son bon esprit, quand ne s'en souvenant pas, il fut attrapé dans Peronne, et alla servir son vassal comme son vallet.
Quelle honte! Voylàdonc comment il se faut gouverner bien à poinct en telles foliés subjectes à desadveu.
L'autre instruction, et pour laquelle principalement j'ay allégué cest example du seigneur de Viry, est qu'il ne se faut pas tant estimer quelquesfois, ny présumer tant de soy qu'un petit s'attaque à un grand insollemment ny inconsidérément; car enfin les petits sont petits, les grands sont grands qui ont tousjours raison d'eux ; mais aussy il faut de mesmes que les grands soient discrets et consideratifs que, sans juste raison et subject, ils ne fassent tort aux petits; car quelquesfois, perdanstous respects, ils se revirent bravement comme gens désespérez et jaloux de leur honneur.
J'allegueray cest exemple, et puis plus :
Quand le duc d'Ascot sortit hors de prison du bois de Vincennes', du règne du roy
gouverneur du château d'Angers, fut roué vif en 1585, à Angers, pour avoir cherché à s'emparer de la forteresse. Il allégua un ordre verbal du Roi ; mais les ligueurs passèrent outre.
I . Philippe de Crol, duc d'Arschcft, fait prisonnier en i $ $ 3, et enfermé a Vincennes, prit la fuite trois ans après.
286 Livre II, Chapitre IL
Henry 11% la comtesse de Senningan » fiist fort accusée et suspecte de sa délivrance, et d'y avoir fort tenu la main, et y trouvé les moyens, car elle estoit fort sa proche parente. M. leconnestable (à qui estoit le prisonnier, et qui avoit soigneuse cure de le garder pour en faire eschange de luy à M. de Montmorency* son fils, qui estoit prisonnier en Flandres), ne faut point penser s il fut fasché de ceste escapade ; et, pour ce (par ordonnance du roy, que M. le connestable gouvernoit), ladicte comtesse fust constituée prisonnière et resserrée, et commissaires ordonnez pour l'ouyr et faire son procès ; et de faict, fust en une très grande peine, et ppssible en grand danger de la vie. sans MM. de Guise, et cardinal son frère, lequels esmeus, prirent sa cause en main, et luy rendirent si bonne qu'elle n'en eut que la peur. Au bout de quelque temps les nopces de la royne d'Espaigne et de madame de Savoye survinrent, dont, aux salles du bal, parmy les grandes magnificences, bals et dances, M. de Montmorency', comme grand maistre, eut charge de faire place pour les foules ordinaires qui se jettent et affluent en telles festes. M. le prince Portian *, qui estoit fils de la comtesse
1. Françoise d'Amboise, femme en secondes noces de Charles de Croï, comte de Seninghen, frère du duc d'Arschot.