‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 151 sur 157 · Antoine de Croï, prince de Porcien · texte numérisé non relu

Antoine de Croï, prince de Porcien

Discours sur les Duels. 287

de Senningan, venant à se faire grandet, et avec Taage luy croissant aussy le cœur (car il estoit tout généreux et vaillant;, portant haine grande et une mauvaise dent de laict, à cause de sa mère, à ceux de Montmorency, ne voulut se reculer ny faire place, quelque chose que M. de Montmorency luy dist par deux fois en allant et tournant, jnais faisoit tousjours au

f)is, jusques à dire qu'il n'en fairoit rien pour uy. M. de Montmorency qui voyoit bien la source de tout cecy et pourquoy il le faisoit, perdant patience, le repoussa très^ rudement, ce que ne pouvant endurer, il brava un peu, et monstra une mine altiere et menaçante; de sorte que la rumeur estant sautée au roy, à M. de Guyse et M. le connestable, fut faict commandement et à l'un et à l'autre de ne sonner plus mot, ny aller plus advant, et ne s'entredemander rien l'un à l'autre sur la vie, de peur de perturber la feste, et mesmes à cause des estrangers qui estoient là. Parquoy le bal se fit et se paracheva sans autre esmotion plus grande. Les uns donnarent leblasme * au prince Portian d'avoir là voulu braver contre l'authorité du roy, et officier premier de sa maison, et mesmes en faisant sa charge en une telle et solamnelle feste, et que ce n'estoit là qu'il falloit braver. Le prince Portian disoit qu'il avoit esté poussé comme de guet à pand, et comme avoir esté choisy. le premier et sur tous pour estre ainsin bravé.

Aucuns disoient que M. de Montmorency, sçachant ce qui avoit esté passé entre leurs maisons, debvoit un peu pallier et laisser passer

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ce coup, sans en bailler encore nouveau subjecl de m escon tente ment. Mais pour fin M. de Montmorency fut trouvé avoir très bien feict, pour s'acquitter de sa cfiarge, et qu'il ne pouvoit moins faire que de le pousser ei le faire reculer aussy bien luy comme un autre, et un autre comme luy, alnsin comme on l'a veu en telles presses, que l'on n'esi pas maisire de soy, et que l'on y perd toute patience.

Mais quant à moy je'n'y ay jamais veu roy, prince ny capitaine des gardes, ny homme quiconque soit, qui y ayt eu meilleure grâce et meilleure façon, ny plus grande discrétion que feu M. de Guise le grand et M, son fils le dernier, des hommes de son temps; car ils commandoient si modestement et si doucement, ores parlant à Tun, ores parlant à l'autre, si gentiment, que par deux ou trois doux mots qu'ils disoieni, le monde se reculloit de soy mesme, se lenoit coy plus cent fois que par une infinité de braillerîes, poussemens et impatiences de tous autres.

Pour achever donc le conte de M. de Montmorency et du prince Ponian : cela fut appaJsé et accordé par le commandement du roy sans quoy possible, il s'en fusi ensuivy une très grande et dangereuse conséquence, voyre une rigueur de justice du roy qui ne ie trouva pas bon; et de quoy j'allègue cest exemple, ce n'est point pour mettre M. ie prince au rang des petits et inférieurs, car il esloit d'une très grande et très haute et antique maison, et pour ce esioil bien en cela

égal à M. de Montmorency, mais la partie estoit fort mal faicte pour luy, d'autant que M. le connestable qui gouvernoit tout, toute la cour bransloit pour luy, ainsin que porte la faveur de la cour : si que M. de Montmorency usant et y employant la faveur de son père et la sienne, il fust esté bien plus puissant et fort que ledict prince, et aussy qu'il avoit la raison qui faisoit pour luy, pour n'avoir faict que le devoir de sa charge, Voylà pourquoy ledict prince couroit grand'fortune, et avoit tort d'avoir voulu braver, bien qu'il fust assez supporté de messieurs de Guise. Mais en cela ils n'eussent pu aller contre la raison, et aussy qu'il y avoit un grand roy qui de longue main se sçavoit bien faire authoriser et maintenir les privilèges de sa maison et de sa royauté. Voylà comment lors un chascun discouroit à la cour sur ce subject.

Plusieurs années amprès, ledict prince fut fort blasmé d'un traict qu'il fist, de quoy oubliant son ancien maltalent contre ledict seigneur de Montmorency, tant pour le poussement que la prison et le procès de sa mère, il rechercha tellement M. de Montmorency, qu'il l'accompaigna à l'affront qu'il fist à Paris, en la rue Sainct Denys, à M. le cardinal de Lorraine et à M. de Guise dernier mort, qui n'estoit qu'un jeune et foible garçonnet *, d'autant que ledict M. le cardinal entroit dans la

I. Le 8 janvier i$6$ ; Henri de Guise n'avait alors que quinze ans. Il était défendu d'entrer à Paris en armes, et le connétable, jaloux des Guise et irrité de la hauteur du cardinal, saisit avec empressement cette occasion de Thumilier.

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ville avec sa garde ordinaire d'harquebusiers à cheval, qui marchoit ordinairement avec luy par la permission du roy, despuis la sédition d'Amboise, que je luy vis lors ériger *, que le capitaine La Chaucée, gentil soldat certes, menoit comme chef. M. de Montmorency voulut interdire l'entrée audict M. le cardinal avec armes et sa garde, et luy manda par deux fois qu'il le chargeroit s'il s'en essayoit. M. le cardinal ne laissa pour cela, et entra. Sur quoy M. de Montmorency monte à cheval avec sa garde et ses amis, et va au devant et le trouve entré, et le charge; dont M. le prince qui l'accompaignoit, sans aucune souvenance des plaisirs passez, fit la première poincte de la charge, où il y eut un grand desordre*, et fut constrainct M. le cardinal mettre pied à terre, et se sauver dans une maison d un citadin de la ville'; si que possible sans cela fust il esté en danger de la vie, ce dit on; car il estoit fort hay à cause de la religion, et avoit là plusieurs huguenots avec M. le prince, qui ne demandoient pas mieux; j'en parle ailleurs bien au long dans l'un de mes livres*. Ce cas fut trouvé fort estrange par toute la France et surtout à la cour, qui estoit lors en Provence. Je venois lors de la prise du Pignon de Bel lys en Bar-

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