René de Valesergues, sieur de Serré
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esté pris dans la Vacherie *, et mené à M. de Montpensier, il luy demanda aussitost pour qui il tenoit ceste place ainsin. L'autre luy respondict très mal : « Pour le roy » , dict-il, « monsieur. » Aussitost ceste parolle dicte, M. de Montpensier luy jetta un chandellier d'argent à la teste. « Quoy! » dict-il, «suis je « un traistre et un rebelle pour assiéger une « place que vous dites garder pour le roy? « Voudriez vous vous dire serviteur du roy, a et moy un traistre et un rebelle ? Que suis « je icy devant, sinon pour faire la guerre aux « ennemys du roy, et traistres et rebelles « comme vous estes, que je fairay tous pendre, « et commanceray à vous le premier .f^ Allez, « ostez vous de devant moy. » M. de Montpensier eut là juste subject et raison de parler et gourmander ainsin ce gentilhomme qui avoit tenu ceste parolle par trop préjudiciable à son honneur et à luy, qui tenoit le rang et place de roy, qui estoit autant se mocquer de luy.
Voilà comment les princes sont louez pour / se picquer bien à propos contre les petits et
meslouez pour mal à propos. Ainsin que fust le cardinal de Lorraine, que j'ay cy devant allégué contre M. d'Auzances cy dessus mentionné, lequel, estant lieutenant de roy à Metz, et voyant que M. le cardinal se vouloit usurper la ville de Marsaut au oays Mayssin, à cause de l'evesché de Metz, qu il disoit en despendre, M. d'Auzances s'y opposa et fust à son
I. Nom d'une partie du château de Lusignan contre laquelle l'armée catholique avait dirigé sa principale attaque.
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escient, ou plustost de par le roy ou autre grand l'y poussant, et fist commandement à Salsede, gouverneur, de la garder pour le roy ; ce qui fut cause de la grand' inimitié que luy porta ledict cardinal, que paradvant j'avois veu le gouverner, et feu M. de Guyse son frère paisiblement. M. le cardinal s'en plaignit au roy, et pour ce M. d'Auzances fust commandé du roy de le venir trouver à Moulins, ce que je vis, pour conter ses raisons en son conseil privé, devant M. le cardinal, qui le commança à braver de paroUes, présent le roy, jusques à l'appeller petit gallant. A quoy répliqua M. d'Auzances, qu'il estoit gentilhomme d'honneur et qu'il n estoit si petit gallant qu'il n'eust recherché son alliance pour un de ses nepveux, qu'estoit M. du Mayne, qu'on desiroit fort maryer avec mademoiselle de Mezieres, qui fust amprès maryée avec M. le prince Dauphin; et, quant aux autres parolles outrageuses qu'il luy avoit dict, ce n'estoit point à luy à qui il faisoit tort, mais au roy qui donnoit libre accès et congé à un chascun de parler librement devant luy en son conseil, et dire ses raisons; et les disans, sur ce estre outragé. Le roy-en estoit offancé, et la cause luy touchoit de près. Cela fust aussitost appaisé sur le coup; mais M. d'Auzances ne laissa amprès s'en estre retourné de le luy rendre, car oncques puis il ne mit pied dans Marsaut; tant la vangeance est douce ; et nul grand ne peut il dire s'il a un ennemy quel que soit il petit et non semblable à luy, que soit un ennemy petit.
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Et pour dernier exemple, je n'aiiegueray ue cestuy cy du duc de Milan, Galeas Marie ', Is du duc Esforce, qui devint si tyran et vicieux qu'il ne s'attaqua pas seulement aux biens de ses subjects, mais à leurs femmes et filles; si qu'un senor André l'Ampugnan, impatient du tort qu'il faisoit à son frère d'une aboaye, se résolut avec d'autres conjurateurs de le tuer; ce qu'il fist dans une église, fei-
Snant de vouloir parler à luy, et luy donna ans le corps et ventre deux ou trois coups d'une dague. Mais avant d'entreprendre ce meurtre, n'osant approcher ny offancer la personne du prince auquel la grande beauté le rejettoit et estonnoit (voyez quelle vertu porte une beauté !), s'advisa cr un moyen pour s'asseurer, de manière qu'il le fist peindre dans un tableau fort à vif, contre lequel il donnoit de la daguç à toutes fois qu'il y pensoit, et s'essayoit ainsin; et tant continua ces coups et ceste façon de faire, qu'un jour, se voyant tout accoustumé et asseuré de l'approcher et frapper, luy donna sept coups à bon escient, dont en tumba mort par terre tout estendu.
Quel essay ! Je croy que le sieur de Montaigne n'en a jamais faict ny escript de pareil parmy les siens.
Or je fais fin, espérant de faire un second livre, poury descrire encore force particulières façons qui se sont observées, s'observent, et se
I. Il fut assassiné dans Téglise Saint-Étienne, le 26 décembre 1476, par Andréa Lampugnani, Carlo Visconte et Gieronimo Olgiato. Le premier fut tué sur la place par les gardes du duc.
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peuvent observer pour faire les deffis et appels. Je diray aussy force diverses sortes d'accords et satisfactions de querelles ^ui se sont practiquées, lesquelles j'ai veu, et desquelles je m en puis souvenir.