I . Le Loyal serviteur, chap. xxi et xxii
42 Livre II, Chapitre II.
n'estoit, faignoit il, si adroict à cheval que M. de Bayard, que ce jour là c'estoit son excez de fiebvre quarte, au'il avoit gardé deux ans, et parce en estant plus foible, en pensoit avoir meilleur marché. M. de La Palisse, et autres ses confidans, luy conseilloient, pour l'amour de sa fiebvre, s'excuser et combattre à cheval ; mais M. de Bayard, tout plein de courage, et qui Jamais n'en reffusa homme, n'y voulut point contredire, ny faire nulle difficulté ny dispute, se résout combattre à pied, ce qui estonna don Alonzo, pensant que son ennemy n'y condescendist jamais ; mais il n'estoit plus temps de s'en desdire, car la begace en estoit bridée *, comme l'on dict. Le camp avoit esté dressé seulement de quelques grosses pierres mises l'une sur l'autre. M. de Bayard se mit à l'un des bouts du camp, accompaigné de plusieurs bons et vaillans capitaines, comme de messieurs de La Palisse, d'Oroze, d'Imbecourt*, de Fonterrailles, du baron de Beard et autres, qui tous prioient pour leur combattant. Don Alonzo se mit à l'autre bout, accompaigné du marquis de Licite, de don Diego de Quignonnes, lieutenant du grand capitan GonzaTio Hernando', don Pedro de
1. La bécasse est bridée, c'est-à-dire elle est tombée dans le piège; elle est arrêtée par le lacet qui lui serre le col. Molière s'est servi de cette expression dans VAmour médecin : * Ma foi, monsieur, la bécasse est bridée, et vous avez cru faire un jeu, qui demeure une vérité. »