‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 18 sur 157 · Imbercourt · texte numérisé non relu

Imbercourt

3. Quinones, lieutenant de Gonsalve de Cordoue, surnommé le Grand Capitaine.

Discours sur les Duels. 43

Baide ', et don Francisque d'Altemeze ; et puis envoya à M. de Bayard les armes, qui estoient un estoc* et un poignard, eux armez de gorgerin et segrette. M. de Bayard ne s'amusa point à autrement choisir. Son parrain estoit un Bellarbre, qui estoit son compaignon ancien d'armes; et pour la garde du camp M. de La Palisse, qui très bien s'entendoit en ces choses là. De l'Espaignol, et pour sa garde du camp, don Francisque d'Altemeze. Tous deux en tel estât, entrez dans le camp, chascun se mit à genoux pour prier Dieu; mais M. de Bayard se coucha de son long pour baiser la terre, et en se levant fit le signe de la croix, puis marcha droict à son ennemy, aussy asseuré comme s'il fust esté dans un

Salais à dancer parmy les dames, ainsin que ict le conte. Don Alonzo, de son costé, ne se monstra pas aussy estonné, et vint droict à son ennemy, et luy demanda : Senor Bayardo, que me quereys^i II luy respondict : « Je veux « deffendre mon honneur » ; et, sans plus de parolles, s'approcharent et se ruarent tous deux chasque un merveilleux coup d'estoc, dont de celuy de M. de Bayard fust un peu blessé don Alonzo au visage en coulant*; si se ruarent plusieurs coups sans autrement

1 . Don Pedro de Valdes, d'après le Loyal serviteur, auquel ces relations sont empruntées.

2. Longue épée droite, à deux tranchants, à Tusage des cavaliers.

}. Seigneur Bayard, que me voulez-vous?

4. En coulant, en effleurant; par coup d'estoc, il ne faut pas entendre un coup de pointe, mais un coup de tranchant de l'arme nommée estoc.

44 Livre II, Chapitre IL

s'attaindre. M. de Bayard cogneut la ruse de son ennemy qui, incontinant ses coups ruez, se couvroit le visage, de sorte qu'il ne lui pouvoit porter dommage, et pour ce, s'advisa d'une finesse; c'est ainsin que don Alonzo leva le bras pour ruer un coup, M. de Bayard leva aussitost le sien, mais il tint l'estoc en l'air sans jetter son coup, et comme asseuré, quand celluy de son ennemy fust passé', et il peust choisir à descouvert, luy va donner un si merveilleux coup dans la gorge, que, nonobstant la bonté du gorgerin, l'estoc entra dans la gorge quatre bons doigts, de sorte qu'il ne le peut retirer. Don Alonzo, se sentant frappé à mort, laissa son estoc et saisit au corps M. de Bayard, qui le prit aussy comme par manière de luicte; et se pourmenarent si bien que tous deux tumbarent à terre l'un près de l'autre. Mais M. de Bayard, diligent et soudain, prit son poignard et le mit dans les nazeau^ de son ennemy, en luy escriant : « Rendez vous, seigneur Alonzo, ou vous estes mort. » Mais il n'avoit garde de parler, car desjà estoit trespassé. Alors son parrain, don Diego de Guignonnes, commança à dire : Senor Bayardo, es muerto; vincido haveys * ; ce qui fust trouvé incontinant, car plus ne

1. si je comprends bien ce passage, chacun portait un coup à son tour. Bayard leva le bras comme pour frapper ; Alonzo se couvrit d'abord, puis porta un coup. Bayard fit sans doute une retraite de corps, et lorsque Tépée de l'Espagnol eut frappé dans le vide, il lui donna un coup de pointe, tandis qu'il était découvert et avant qu'il pût venir à la parade.

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