‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 20 sur 157 · DE FRANÇOIS DE VIVONNE, CHEVALIER FRANÇOIS · texte numérisé non relu

DE FRANÇOIS DE VIVONNE, CHEVALIER FRANÇOIS

TRÈS VALLEURÊuX.

Passaht, afin oue tu ne sois le seul passant sans avoir regardé, la larme à Tœil, et d'un regret relligieux, le deuil d'un roy et de tout un royaume envers François de Vivonne, Pun des premiers chevalliers d'une des pr^ieres familles de France, sçache que, favorisé des heureux auspices et veuilz de Henry 11%

Discours sur les Duels. 51

roy de France très auguste, mais pourtant par fortune adverse, il combatit armé en un combat singulier, qui, sans ses armes, n'eust cédé à son ennemy. Ah! quel malheur et quel sort misérable des humains, et indigne vissicitude des choses, que celluy qu'on prétend avoir esté vaincu, Pa3rt esté tout armf , que desarmé il estoit invmcible ! L*empeschement des armes et Tart Tont ainsin voulu. Je te conjure donc, par les dieux et par les hommes, toy passant et natif de la France, que tu ne dédies à un mgratte oubliance, par un je ne sçay quel petit combat legier, la mémoire de tant de beaux feicts d'armes dont autres fois ce valleureux chevallier, luy vivant, en a donné tant de preuves pour le service de son roy et du bien public ; si que les biensfaicts ne s'oublient pour si peu de chose, ny pour un tel desastre. Et afin que tu ne croye pour chose feinte et febulense ce que je t'en dicte, un grand prince lorrain et françois, et très excellent chevallier, grandement triste et fasché d'un tel advenement inopiné, a dédié ce tumbeau aux çierites de ce brave et vaillant chevallier poitevin. Voyez, vivez, et à Dieu.

Pour parler de cest empeschement d'armes, et en esclaircir ce qu'en dict ce tumbeau, il faut sçavoir que M. de La Chastaigneraye fust de son temps l'un des plus forts et adroicts gentilshommes de France, en toutes armes et laçons; et pour la lutte, il n'y avoit aussy si bon lutteur breton, ou autre fust il, qu'il ne portast par terre, car. outre sa force, il y avoit une grande adresse. Il estoit de moyenne taille, et de la belle, fort nerveux et peu charnu.

Le seigneur de Jarnac et luy s'estoient fort souvant esprouvez du temps qu'ils estoient compaignons d'armes et de cour, bien qu'il fust plus haut et grand que mondict oncle de

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deux grands doigts, et plus vieux de dix ans; car mon oncle n'avoit que vingt huit ans lorsqu'il mourut. M. de Jarnac donc, craignant qu'on ne vinst aux prises, y pourveut fort bien par l'advis et invention (que trouva le capitaine Caize, Italien, qui lui apprenoit à tirer des armes pour ce combat) d'un certain brassard tout d'une venue, qui ne plioit nullement, ains faisoit tenir le bras gauche du bouclier tendu et roide comme un pau : ce qui fust un grand desadvantage pour mondict oncle, d'autant que de son bras droict de l'espée il estoit aucunement estropié, au moins peu remis encore à cause d'une grande harquebusade qu'il avoit receu à l'assaut de Conys en Fiedmont, y estant allé des premiers, car il estoit à tout, lorsqu'il fiist assiégé par M. l'admirai d'Annebaut^ Voylà donc mondict oncle ainsin empesché et gesné de ses deux bras, comme vous voyez ; en quoy M. d'Aumalle, son parrain, et messieurs ses confidans, eurent très grand tort de ne desbattre poinct ce brassard gesnant et empeschant ainsin son bras, puisqu'il avoit esté dict expressément par les cartels de combattre avec armes usitées parmy gentilshommes, ce qui n'a jamais esté veu ny practiqué parmy gentilshommes, ny nos gensdarmes, capitaines et soldats, de porter brassards de telle sorte; et debvoient ces messieurs rejetter ceste forme d'armure comme fausse monnoye, descriée et point de mise; et ne falloit passer plus outre, ains les contester par vives et bonnes raisons.

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