‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 27 sur 157 · I . Voy. ci-dessus, p · texte numérisé non relu

I . Voy. ci-dessus, p

70 Livre II, Chapitre IL

Ce brave seigneur et vaillant chevallier, Renaud de Montaubant, ne fist pas ainsin à l'endroit de la belle Genevre, fille au roy d'Escosse; car fust à droict ou à tort, se jetta à travers les armes pour la defFandre ; car aussy bien l'eust il defFandue et combattu pour elle, de s'estre laissée aller entre les bras de son amy, comme si elle se fust contenue (ce dict il). Voylà en quoy il mérite double louange. Aussy tout gallant cavallier doibt soubstenir l'honneur des dames, soit qu'elles Payent offancéet forfaict, soit que non; j'entens si c'est forfaicture et offance à une belle, gentille et honneste dame, d'aymer bien son serviteur amant, et luy donner la vie : et voylà le debvoir du cavallier à l'endroict des dames, ainsin aue j'en ay plusieurs veu de mon temps, et à la cour, et ailleurs, soubstenir et defïandre l'honneur de leurs dames et par parolles et par leurs espées, encore qu'elles fussent les plus grandes putains du monde, et qu'ilz les eussent cogneus telles, et d'autres et tout, contre lesquels ils se battoient; et s'ils eussent faict autrement, on les eust tenus pour vrays poltrons et indignes de l'amour de leurs dames ; car, pour en parler sainement, toute dame, quelque grand'putain qu'elle soit, veut paroistre tousjours dame de bien et d'honneur : j'en parle ailleurs dans mes livres que j'ay faict des Dames.

Il y en a aucuns, qui ores qu'ils ne combattent pour ce subject des dames, et qui, se fians en leurs braves courages et bonnes espées, prennent des querelles de gayetté de cœur, ou bien sur un meschant droict et grande injus-

Discours sur les Duels. 71

tice, mais bien souvant aussy sur ceste mauvaise querelle sont abattus, non pourtant que la dame bien souvant en soit villipandée, car l'on attribue le tout à Dieu ou bien au sort des armes, comme j'en alleguerois force exemples si jevoulois.

J'ay leu autres fois en ce grand historiographe Paule iEmile*, qui a si bien escrit nostre histoire de France, que Robert d'Artois, brave et vaillant capitaine de ce temps là, s'il en fust onc (ce fust celluy qui ayant quitté le party françois prist celluy de l' Anglois, dont il fust cause de tant de maux, meurtres et pertes qui arrivarent en France du temps du roy Philippes de Vallois et le roy Jehan), celuy là doncques, voulant pretandre quelque droit à la comté de Flandres, produisit quelques tiltres faux, et que luy mesme avoit taict falcifier; et les produisant devant le roy', qui estoit bon prince et son bon parent et amy, luy remonstra qu'il ne les debvoit plus produire, et qu'il y alloit de son honneur, car ils estoient faux. Robert, qui estoit haut à la main au possible, encore qu'il sceust bien sa fausseté, mais se fiant par trop en sa vaillance et sa bonne lance, n'eut point de honte de respondre au roy que ces inst rumens et tiltres estoient très bons et poinct faux, et qu'il le combattroit de sa personne à la sienne en camp clos, et luy maintiendroit la vérité.

C'estoit trop arrogamment parlé à un roy duquel il estoit vassal. Le ïDy qui fust sage,

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