‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 37 sur 157 · I . Les écritures authentiques des notaires royaux · texte numérisé non relu

I . Les écritures authentiques des notaires royaux

Discours sur les Duels. 89

ter de combat, et vivre désormais libre de guerre, de camp clos, de coups d'espée et d'estaquade (c'est une finesse celle là très seure pour la vie humaine, et plaisante pourtant à lire).

Il y a eu force gens de guerre d'autrefois, qui ont faict et font de ces traits, et se sont ainsin rendus religieux et prestres, pour désormais n'estre plus subjects aux hazards des guerres. Ils ne ressemblent pas ceux là qui quittent la robbe longue et leurs biens d'église pour suivre les armes, dont il en est sorty de braves hommes, comme j'en ay faict ailleurs un discours. Il y en a aucuns, qu'on a cogneu, qui ont pourchassé les ordres de nos roys, pour estre exempts des estaquades, combats et appels. Ce conte n'est des pires, et très plaisant; et s'on joueroit une plaisante co'medie en représentant un capitaine bravasche, braveur, menaceur de fendre des nazeaux pour du pain, tuer tout, et puis pour ne venir aux mains, se représenter prestre, ou homme religieux. Je croy que Zany. et Pantallon le fouetteroient bien et se mocqueroient bien de luy. Or, laissons ces contes puisque la practique n'en est plus par le sainct concile de Trente.

L'on s'advisa à Naples (et s'use fort aujourd'huy) d'une autre manière de combats qui se font par appels et seconds hors des villes, aux champs, aux forests, et entre les hayes et buissons, d'où estoit venu ce mot : combatere à la mazza, Moy, curieux, j'ay demandé d'autresfois à gens bien experts en ces combats et mots chevaleresques la dérivation du mot. Ils

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m'ont dict, dans Naples mesmes, que mata en espaignol vaut autant à dire que buisson ou haye; et en langage napolitain s'appelle mazz^, corrompu mot, mais pourtant vient et dérive de là pour la longue habitude et frequantation de jadis entre les Napolitains et Espaignols qui ont estez bons maistres autresfois; et pour s'appeler ainsin aux champs, entre les hayes et buissons, à Tescart, pour se battre, on disoit combatere à la mazza. Ils m'en ont dict autres raisons pour ceste dérivation, que je laisseray pour prendre ceste cy. Or, les comoats à la mazza sont estez fort désapprouvez par les docteurs duellistes anciens, pour beaucoup de raisons dont l'une estoit d'autant que ces combats se faisoient sans aucunes armes deffencives, ny couvrant le corps, ce que l'on requiert fort en camp clos pour beaucoup de raisons que les escrivains duellistes escrivent, mais seulement avec l'espée et la cappe, ou à la dague, qui ne sont estimées armes deffencives, d'autant que d'elles mesmes ne couvrent le corps, sinon en tant que la dextérité de la personne . le permet, et la raison pourquoy ces duellistes veulent le corps couvert, et disent qu'autrement est combattre en bestes bruttes, et qui se vont précipiter à la mort comme bestes. Cela va bien, et est bon; mais en quelque manière que ce soit, quand on vient là ou couvert ou descouvert, il y faut venir résolu, ou mourir ou vaincre; dadvantage, ceux sont plus à estimer qui vont au comoat plus chargez de braves courages que d'une

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lourde masse d'armes, là où il y a tantd'abus, comme j'ay dict cy devant; mais, tout ainsin que la querelle est prise, selon ainsin se doit elle desmesler et vuider, sans aller emprumpter tant de diversitez et sortes d'armes , sinon celles qui se sont trouvées sur le poinct du différant,, ou la cappe, ou l'espée, ou la dague et l'espée, fust sans estre couvert; et telle est l'opinion d'aucuns gallans hommes; et si aux combats à outrance precedens que j'ay dict, s'exerçoient peu de courtoisies, en combats de la mazza et d'appels il s'en trouvé et veu aussi peu , et se sont peu pratiquées, mais (qui pis est) en tels combats de la mazza à Naples, il y avoit tousjours (ou le plus souvant) des appelans ou seconds, lesquels voyans battre leurs compaignons, s'entredisoient entr'eux (bien qu'ils n'eussent débat aucun ensemble, mais plustost amytié que hayne) : « Et que « faisons nous, nous autres cependant que nos « amys et compaignons se battent? Vrayment « il nous fait beau veoir ne servir icy que de « spectateyrs à les veoir entretuer ! Battons « nous comme eux. » Et sans autre cerimonie se battoient et s'entretuoient bien souvant tous quatre. Cela estoit plus de gayetté de cœur que de subject et d'animosité.

Nos braves François, estans au royaume de Naples, soubs le règne du roy Louys XII% commançarent à practiquer ces deffys et combats en un qui se fist entre treize Espaignols et treize François*; et ce furent les Espai-

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