‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 5 sur 157 · Que son honneur fut compromis · texte numérisé non relu

Que son honneur fut compromis

4. Ils étaient habillés. A cette époque, les duellistes se battaient souvent ou nus ou en chemise.

12 Livre II, Chapitre II.

oifencifves le baron des Guerres avoit choisy pour toutes une espée bastarde*, qu'il avoit fort bien à la main, pour la leçon que luy en avoit donné un prestre oui en estoit très bon maistre : et pourtant M. le vidasme, qui estoit parrain dudict Fandilles, disputa cette arme, d'autant que l'article du duel porte « armes usitées parmy cavalliers et gens d'honneur » ; mais il fust respondu que les Suisses, qui sont si braves gens de guerre, n'en usent point d'autres. Pour fin, feu M. le vidasme ne passa point plus avant, s'assurant de la vaillance de son filleul, qui, de son costé, n'en fist nulle altercation. Les voylà donc entrez dans le camp, toutes solemnitez et criées faictes et requises. De premier abord, Fandilles donna un grand coup de son espée "à travers la cuisse dudict baron, qui luy fist une telle ouverture, à cause de la largeur de l'espée, que le sang en sortit en si grande abondance, qu'il commençoit desjà à diminuer delà force du baron,

3ui, en prévoyant son inconvénient, s'advisa 'aller aux prises et la lutte, y ayant esté très bien dressé par un petit prestre breton qui estoit aumosnier de M. le cardinal de Lenoncourt, son parent : et ayant aussitost porté son homme par terre, et le tenant soubs luy, n'ayant ne l'un ne l'autre nulles armes oflFencifves, car elles leur estoient desemparées des mains pour mieux se servir de la lutte, se terrasser et porter par terre, par quoy le baron eut recours aux mains et aux poings,

I . Épée à deux tranchants, à lame large, à l'usage des gens de pied.

Discours sur les Du£ls. 13

dont il en donnoit de très grands coups à son ennemy, et le plus qu'il pouvoit ; et cependant cela n'estoit rien, et de tant plus s'alloit il affoiblissant de sa playe et de son sang, qui luy couloit fort tousjours. La fortune voulut que le combat estant en tels termes de sus* pension, un eschaifaut qui estoit là tout auprès du camp vint à se rompre et tumber, où il y avoit force dames et damoiseiies, gentilshommes et autres, qui s'y estoient mis pour veoir le cruel passe temps ; de sorte que la confusion s'en ensuivit si grande, tant par la cheute dudict eschaffaut, et par les crys, les plaintes, et le mal que se faisoient et enduroient lés damoiselles et gentilshommes, si bien qu'on ne sçavoit à quoy s'amuser, ou de veoyr la fin du combat, ou aller secourir ces pauvres créatures se blessans, se pressans et s'estoufians si misérablement les uns les autres. Cependant, sur ce grand esclandre, tintamarre et trouble, y eust Quelques un3 des amis et parens du baron des Guerres, qui prenant l'occasion à propos, s^ mirent à crier : « Jetez luy du sable dans les yeux et la bouche » ; ce qu'ils n'eussent osé faire sur la vie, sans cest escandale de cest eschaffaut rompu; d'autant que, par les loix du camp, cela est fort detfendu , et par le bandon qui se fait sur la vie de ne rien dire, non pas parler, tousser, cracher, moucher, ni faire aucun signe qui peust porter ou paroistre*. Pour fin, le baron qui n'en pouvoit plus pour les

I . Porter, avoir un résultat. Il était défendu de donner un conseil quelconque aux combattants.

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