‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 56 sur 157 · Ingénieur · texte numérisé non relu

Ingénieur

112 Livre II, Chapitre II.

mourut ce brave baron, le parangon de France, qu'on nommoit tel, à bien venger ses querelles par grandes et déterminées resolutions. Il n'estoit pas seuUement estimé en France, mais en Italie, Espaigne, Allemaigne, en Poulloigne et Angleterre; et desiroient fort les estrangers venans en France le veoyr, car je Tay veu, tant sa renommée volloit. Il estoit tort petit de corps, mais fort grand de courage. Sesennemys disoient qu'il ne tuoit pas bien ses gens que par advantages et supercheries. Certes, je tiens de grands capitaines, et mesmes d'Italliens qui sont estez d'autresfois les premiers vengeurs du monde in ogni modo^y disoient ils, qui ont tenu ceste maxime : qu'une supercherie ne se debvoit payer que par semblable monnoye, et n'y alloit point là de deshonneur.

Ledict baron tua premièrement le baron de Soupez à Toulouse, qui estoit un très brave et vaillant jeune homme, mais un peu trop outrecuydé*; et je luy avois dict souvant, comme son amy, en nostre voyage du secours de Malthe, qu'il s'en corrigeast. Il mesprisoit ledict baron de Vitaux par trop, si qu estant un jour en un soupper, ayant eu quelques parolles, assez légères pourtant, il luy jetta un chandellier à la teste, et en voulant avoir sa revanche sur le coup, et mettant la main à l'espée, il fust empesché par les amys du baron de Soupez, où il y en avoit plus que l'autre baron, et fallust sortir du logis. Mais, au bout

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