Présomptueux
Discours sur les Duels. 113
d'une heure, guettant l'autre sortir, il ne faillist de le tuer aussitost, et Testendre sur le pavé, et ne fust sans danger; car s'il fust esté pris, il estoit puny sur le champ, tant pour la rigueur de la justice de Toulouze, que pour ce que l'autre avoit de grands amys et parens en la ville, et se sauva bravement en habit de demoiselle. La façon en est longue à escrire,et s'en vint droict chez M. de Duras qui, comme très courtois et gentil seigneur qu'il estoit, le receut fort courtoisement, bien qu'il ne le congnust par trop famillierement, et luy presta chevaux pour venir chez moy, où ayant demeuré quinze jours, je luy fournis de chevaux et d'argent ce qu'il voulust, (qu'il me rendit très bien amprès) pour tirer vers Paris. L'on dira que je me fusse bien passé d'escrire ceste circonstance.
Au bout de quelque temps, il tua Gounellieu, qui venant de Bloys, un jour, de laisser leroy', qui l'aymoit fort, et avoit la charge de sa grande escuyerie, et s'en allant chez soy en Picardie, en poste, avec quatre chevaux, ledict baron le suivit, en ayant eu bon advis, avec deux bons chevaux seuUement, accompaigné du jeune- Boucicaut, l'attrapa aux plaines de Sainct Denys, et le tua viste sans autre cerimonie, dont le roy en cuyda désespérer. Que s'il fust esté pris, il estoit infailliblement exécuté, tant il aymoit ce Gounellieu. Et s'en alla en Italie, et n'en bougea jusqu'à ce qu'il vint faire un autre coup, qui