‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 4)Chapitre 69 sur 157 · Charles de Carbonnières · texte numérisé non relu

Charles de Carbonnières

courage demeura vainqueur, bien que le vaincu sceust très bien tirer des armes, comme je les luy avois veues très belles en la main ; et fust esté un brave jeune homme qui promettoit beaucoup.

Le capitaine RoUet que j'ay veu nourrir page de M. de TArchant, et despuis gouverneur du Pont de T Arche en ces guerres civilles, où il a faict très bien la guerre, sortant hors de page rendit ainsin un combat au Pré aux Clercs très vaillamment et heureusement, et tua son ennemy (dont j'ay oublié le nom) sur le champ et aussitost.

En ces combats hastifs et précipitez, et qui donnent du premier coup la mort, il ne faut parler de la vie; mais quand on respire encore, il faut estre courtois sur le vaincu, la gloire en est très belle et pie. De dire pourtant que le vaincu (à qui la vie a esté donnée) soit deshonnoré pour cela, il ne l'est point. C'est une fortune de Mars, à qui le plus vaillant homme du monde est subject, soit, ou qu'il desampare son espée, ou qu'elle se rompe, ou bien qu'il tumbe par terre, ainsin qu'il arriva dernièrement et de frais à M. de Sainct Couard \ qui tumba devant M. de La Chastaigneraye*, qui ne le voulut tuer, ains luy permit de se relever : mais aussitost furent séparez, car le combat fust faict quasy à la veue de la cornette du roy, qui marchoit, s'éstans mis à l'escart.

1 . Jean de Vivonne de Pisani, marquis de Saint-Gouard. V. sa vie par M. de Brémond d*Ars. Paris, Pion, 1884, in S».

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