‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 100 sur 164 · Arioste, chant XXIX · texte numérisé non relu

Arioste, chant XXIX

i8o Livre II, Chapitre IL

toutes façons, et par ainsin, vinrent à bout des cerveaux chauds de nos François, lesquels s'attiédirent de ceste façon. Sur quoy je concluray, avec de grands capitaines, que mieux vaut un petit escandale qu'un grand, et les combats de deux ou trois sont plus pollitiques que de plusieurs gens ramassez, qui de çà qui aelà, comme de bandoliers.

Sainct Louys, Philippes le Bel, le roi Louys IX^ et autres roys, deffendirent le combat à outrance, et l'edict y est formel en deux lignes en forme : Nous deffendons battaille partout en nostre domaine, en toutes querelles. Cela ne s' estoit point publié du temps de Charlemaigne et autres roys de France. Advant conclure, je diray que beaucoup de bons docteurs duellistes nVnt nullement approuvé les combats à la mazza, comme les combats soUemnels, pour force raisons, et pour ceste cy, d'autant que les combats solemnels se faisoient publicquement en bel spectacle de tout un petit monde, lequel estoit vray tesmoingt amprès de la vertu et vaillance des combattans. Mais les combats faicts dans des déserts, dans des bois et parmy des buissons aux champs esgarez, ne sont nullement honnorables. Les vertus et valeurs ne s'y font guieres bien paroistre, et demeurent cachées et obscures comme les umbrages des bois et forests, soubs lesquels ils combattent. Ce que très bien sceut remonstrer cest honnorable prélat d'Escosse à ce vaillant Renaud de Montauban, lorsqu'il luy alloit demandant s'il ne se presentoit point, à quelques heures du jour, quelques belles advan-

Discours sur les Duels. i8i

tiires pour un gentil chevallier dans ceste belle et grande forest de Callidoyne, tant renommée de tout temps par belles advantures honnorables et hazardeuses rencontres pour les chevalliers errans. Le bon prélat luy respondit ainsin, par une petite forme de remonstrance, que errant en ces bois, il pourroit trouver plusieurs estranges advantures, mais que les effets en estoient obscurs comme le lieu, car le plus souvant, on n'en a point de notice ny de cognoissance ; « par quoy, cherche (luy « dict il) d'aller où tu cognois que les œuvres « ne soient ensepvellies, afin qu'amprès le « péril et le travail, la renommée s'en ensuive « et en die la vérité. » Et, amprès cela dict, luy desduit l'entreprise qui se preparoit pour la belle Genevre, et luy en conta l'histoire, laquelle Renaud ouyt voluntiers ; et croyant ce bon prélat, s'en alla parfaire ceste entreprise si charitable qui s'ensuivit; et puisque nous sommes sur les alleguations fabulleuses, qui sont certes encore plaisantes, et approchent un peu de la vérité, je diray ceste cy :

Nous trouvons dans l'histoire de Rolland l'amoureux * qu'un jour luy et Renaud vindrent à une très grande contention d'armes et de propos très injurieux et, dict le conte, qu'amprès que le jour fut failly ils deslaissarent, par honte, de se combattre et fraper, pour autant que de se battre en ténèbres n'estoit faict d'un chevallier asseuré, mais plustost d'un brigand ; si bien que Rolland dict à Renaud : « Tu dois

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