‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 101 sur 164 · I. Orlando innamorato, livre I, chapitre xxvii · texte numérisé non relu

I. Orlando innamorato, livre I, chapitre xxvii

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rendre grâce au joui", lequel s'est desparty de nous pour te donner espace d'obvier à la mort pour un peu, qui me cause un grand deuil. »

Auquel Renaud respondit : «Je veux qu'ainsin soit, comme celluy lequel veut estre en paroles vaincu de toy, mais au faict tu n'as aucun advantage sur moy, ny n'auras jamais, et suis content que tu n ayes aucun respect au jour failly ; car je ne faicts d'estime de toy non plus le jour que lanuict. » Auquel le comte Rolland replicqua aue c'estoit un vray larron, et qu'il monstroit tien son naturel, qu'estoit de faire guerre en lieu ténébreux et obscur, parmy des bois comme un brigand; mais Renaud, ne voulant endurer telle injure, luy paracheva de parler et dire qu'il sçavoit comoattre estant caché parmy les bois, et semblablement sur la sumité des montaignes, et au milieu des campaignes et pleines razes, et sçavoit faire bataille en plein jour, matin et soir, et minuict; mais qu'il estoit le seul glorieux au monde qui faisoit de son honneur tant grand' estime et compte, et tant avoit presumption de soy, que pour estre veu, ne vouloit combattre, sinon en plein jour, croyant le rendre estonné par sa Draveté. Telle estoit donc l'humeur du comte Rolland, ainsin qu'il se monstra encor à l'endroit d'Agrican, lesquels s'estans entrebattus tout le long d'un jour, la nuict survint; dont Rolland pria Agrican de cesser le combat, et le remettre au lendemain, disant que la nuict estoit ennemye des chevaliers généreux; à quoy Agrican condescendit; et passèrent la nuict, moytié en devisant, moytié en dorma^nt,

Discours sur les Duels. 18}

et le lendemain, le jour venu, recommencèrent leur combat.

Je croy que feu M. de Bussy voulut en cela un jour imiter Rolland, comme il Fimitoit en sa vaillance. M. de Bussy donc, estant un soir au bal au Louvre ', prit question contre feu M. de Grantmont, brave certes et vaillant jeune homme, et qui ne degeneroit nullement à ses généreux prédécesseurs, de ceste noble race de Grantmont, et qui promettoit beaucoup, s'il ne fust esté tué à La Fere d'une canonade, dont ce fut très grand dommage*. Voylà pourquoy M. de Bussy s'attaqua à luy, car il en vouloit à ceux là, et ce fut parce que M. de Bussy se mit au devant de M. de Grantmont, tenant sa dame à la main, et l'autre ayant desjà pris sa place, et marchant en son rang au grand bal, ce qui n'estoit pas bien faict à M. de Bussy; mais quoy? Un homme chatouilleux faut qu il se chatouille, si un autre ne le chatouille. Le bal estant finy, et le roy couché, ainsin que M. de Bussy se vouloit retirer, voicy venir M. de Mauleon', jeune gentilhomme, et'de valeur aussy, qui vint de la part de M. de Grantmont, son cousin, apeller Nt. de Bussy, et luy dire que son cousin l'attendoit sur le gué*,

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