‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 11 sur 164 · Bandello, Histoires tragiques : la sizièine nouVeUe · texte numérisé non relu

Bandello, Histoires tragiques : la sizièine nouVeUe

Discours sur lks Duels. 21

trouva tout mort auprès d'elle; c'est à «çà>- Yoir*, si fist aussitost appdler tous les ffeaitilsfaommes, chevalliers^ daines et damoiselle^ pour leur monstrer à tous ce piteux spectaott, dont elle en fist un très grand deuil. Il y eut un gentilhomme du lignage du comte, qui s'appelloit Contran, qui en accusa la comtesse et de la mort et d'adultère, et qu'elle s'estoit meflaicte en mariage envers son mary, et que, pour mieux maintenir et à son aise sa vie lubrkque, elle avoit meurtry son seigneur.

De ce debast ftist adverty le roy Louys le Bègue, qui devant luy fist venir la comtesse et Ck)ntran, car il aymoit fort le comte trespassé. Leurs raisons ouyes, tant de l'un que de l'autre, et qui ne gissoient guteres Uen en preuves apparentes, Contran jetta son . gage contre la dame ou autre qui voudroit. sa querelle soustenir. La dame faisoit serment solemnel que l'accusation estoit fausse. Messire Contran, ne se contentant de cela, offrit en champ de bataille contre tout homme son dire soustenir, et prouver par 'son corps, qu'ainsin estoit. Si nist la matière assez longuement desbatue des barons par plusieurs raisons alléguées d'un costé et d'autre; mais enfin fiist déclaré (eu esgard à la coustume observée en France), puisque l'accusateur vouloit par bataille prouver son dire et jcttcr son gage, que la dame se devoit pareillement deffendre par un champion qui le combat pour elle entreprist. De ceste sentence ladicte

I . Bourdigné, Histoire des Annales et Chroniques d* Anjou, 2* part., cbap. xvi.

22 • Livre II^ Chapitre II.

<iame fust fort estonnée; laquelle^ regardant 49eaucoupdeses parents, amis et gentilshommes àt sa maison pKeusement; n'en trouva aucun qui s'offrist, non qu'ils doubtassent de sa just« querelle, mais ils redoubtoient de la vaillance et force dudit Contran ; mauvais et poltrons parens estoient. Par cas, se trouva en cette assemblée Ingelgerius, comte d'Anjou, jeune

K rince qui n'avoit encore atteint seize ans, ;quel ladicte comtesse avoit tenu sur les saificts fons de baptesme, et luy avoit donné le nom propre de son mary, et par ainsin estoit son filleul. Luy, voyant sa marrine à si mauvais point réduite, il vint se présenter

1)0ur la deffendre, et se jetter à genoux devant e roy pour accepter le combat et gage de Contran potir la querelle de sa marrine (quelle bonté de^filleul, et à propos, et quelle vertu de baptesme I) et aussitost contrejetta son gage à Contran, qui le recueillit et le prist; car telle estoit la coustume que ceiuy qui appellott jmoit un gand pour gage, et l'appelle le levoit; et si quelquesfois tous deux bailloient le gage; et s'appelioit gage de bataille

icommc' devant le roy Charles cinquiesme, irent Jehan de Cuistelles, de Haynaut , et Pkrre de.Bournezel, qui leva le gage jette par l'autre). Le roy en voulut divertir» ledict comte Ingelgerius tout ce qu'il peut, en lui usant de ces propres mots dicts en l'histoire : <K Mon fils, jeunesse et peu d'advis font aucunes «( fois à ceux dedans lesquels se logent entre-

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