‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 140 sur 164 · Louis de Bueil (i · texte numérisé non relu

Louis de Bueil (i

3. Nicolas Perrenot, seigneur de Granvelle, père du cardinal.

200 Livre II, Chapitre II.

ledict seigneur de Guyse avoit avec le comte de Sancerre, sur leauel il avoit contrefaict ladicte lettre au nom audict seigneur de Guyse, et luy escrivoit que le roy ayant sceu Pextremité de vivres et de poudres en laquelle estoit Sainct Disier, qu'il advisast de trouver moyen de faire une composition si honnorable que les hommes fussent sauvez, car le roy ne le pouvoit secourir. Sa lettre fust faicte en chiffres et donnée en secret à un tambour françois, estant allé au camp impérial pour quelques prisonniers, par un homme interposé et à luy incognu, qui disoit avoir charge de M. de Guyse de la faire tenir secrettement audict comte (brave astuce certes!) ; lequel, n'ayant peu cognoistre la fausseté de la lettre, et la pensant vraye, s'estoit rendu sur la parolle de M. de Guyse, qui en vindrent là à se combattre ; mais amprès toute la vérité fut cogneue; et voylà en quoy il faut louer M. de Guyse et sa générosité, de n'avoir voulu faire rempart de sa grandeur, pour ne venir point au combat.

M. le baron de La Garde ayant une querelle entre M. de La Mole l'aisné, au commencement du règne du roy Charles neufviesme, se voulut ainsin desmettre de son ordre pour le combattre à Paris ; je les vis. Sur quoy j'ay entendu dire qu'ayant esté demandé une fois à dom Ferrant de Gonzague, si un chevallier d'ordre pouvoit et debvoit reiïuser au combat un chevallier qui n' estoit de l'ordre, pour ne faire de préjudice à l'ordre, il respondict publicquement, qu'encore qu'il fust prince et

duc, chevallier de l'ordre de la Toison, gouverneur de Pestât de Milan et lieutenant gênerai pour l'empereur en Italie, que quand il auroit querelle d'honneur contre le seigneur Pierre Estrozzy, qui estoit lors dans Parme, et Ferdinant devant, il ne reffuseroit jamais un tel chevallier, encore qu'alors il n'eust l'ordre ny les grades qu'il a eu despuis par ses œuvres vertueuses et vaillantises; mais cestuy là estoit un chevallier sans Tordre, qui en valloit bien une douzaine d'autres avec l'ordre.

Car enfin encore que l'ordre soit institué par les ducs de Savoye, de Bourgoigne, et roys d'Angleterre et de France, pour une recompense, loyer et marque de grand honneur (ainsin que porte celluy de Bourgoigne : pretium nonviU laboraniy « c'est un prix point « petit de ses labeurs »), et que d'autres fois cesdicts ordres ayans estez très bien entretenus et superstitieusement * donnez à ceux qui le meritoient, despuis (et mesmes en nostre France) il s'est tant ravallé, et en a on tant abusé que, pour l'injure de nos guerres civilles, et pour gaigner et entretenir des hommes, il s'en est tant donné indifféremment et aux uns et aux autres, qu'on ne voyoit que de toutes parts chevalliers de l'ordre de Sainct Michel ; ce qu'abhorrant le roy Henry 111% dernier mort, institua celluy du Sainct Esprit, auquel on y trouva puis amprès de l'abus autant qu'à

I . Probablement l'auteur veut dire avec un soin extrême, avec scrupule. Je doute qu'il comprît bien le sens de l'adverbe qu'il emploie.

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l'autre; car il se fist autant commun que Pautre, voyre pis, comme j'ay dict ailleurs*, et se donna à force gens que je sçay bien, plus par compère et par commère (comme Ton dict), et par faveur, que par la valleur et mérite ; desquels j'en sçay un, qu'un secrétaire des commendemens fist pour l'avoir receu en sa maison, et luy avoir donné un disner en passant; et pour luy rendre la pareille, le fist chevallier tout jeune enfant qu'il estoit, et n'avoit jamais veu armée royale, ny veu croix rouge ny blanche non plus, sinon sur le dos du prestre quand il disoit la me^sefTîyTien faict de son corps. Si bien qu'on l'appelloit à la cour le chevallier d'un tel secrétaire.

Là dessus, je laisse à discourir au monde, à sçavoir si un tel petit seigneur et chevallier doict estre exempt de se battre contre un autre qui ne l'est pas, mais en est plus digne Que luy. Voilà pourquoy il se faut mocquer ae ces abus, et mespriser ces chevalliers qui se fondent si fort sur leurs prérogatives, voulans faire des gallans et des raminagrobis*, qu'il leur semble qu'on les doive respecter et craindre avec leur Sainct Michel ou Sainct Esprit.

Sur quoy j'ai ouy faire un conte d'un chevallier de l'ordre, que. venant de la cour, de prendre l'ordre, et allant en sa maison en poste, il fust rancontré de quelqu'un qui luy

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