‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 151 sur 164 · I. Au mois de juillet · texte numérisé non relu

I. Au mois de juillet

276 Livre II, Chapitre II.

que M. de Randan ne fùst de fort bonne part et bon lieu, et qu'en tous les endroits qu'il se fùst jamais trouvé, ny en toutes les cnarges qu'il eust jamais eu, qu'il n'eust faict tousjours si bien et si vaillamment qu'on ne luy sçauroit rien reprocher ; et que s'il dormoit ainsin haut heure, que telle estoit sa coustume et tel son naturel quand il estoit à la cour; mais quand il estoit à la guerre et en sa charge, il estoit moins endormy que le moindre soldat des siens, et que pour appeller M. de Montbron son fils au combat, il ne luy faisoit point de tort, estant autant qualifié que luy fors en biens ; et sur ce l'alla taire ressouvenir de la remonstrance qu'il fist devant le feu roy Henry, lors de la querelle du prince de La Roche sur Ion et de M. d'Andellot, et le pria de renouveller en soy les mesmes parolles et sentences qu'il dict alors pour deffendre la cause de son nepveu, et qu il trouveroit estre propres pour la mesme cause de M. de Randan ; et qu'il ne fairoit tort à M. de Montbron de l'appeller au combat, mais un très grand honneur, s'estant signalé en tant de lieux si noblement et vaillamment qu'il avoit faict, et ny de se vouloir battre contre son fils, qui pour sa jeunesse, n'avoit encore si bien faict paraistre son généreux courage comme il fairoit par amprès avec l'aage. M. le connestable amprès avoir songé en luy, et ce que M. de Guyse luy remonstra, s'appaisa, et fust advisé de les accorder, s'estans un peu repanty en soy de ce qu'il avoit dict.

D'une chose se doivent aussy fort garder les

Discours sur les Duels. 277

petits de s'attaquer aux grands pour les braver et faire un affront, soit qu'ils soient poussez de leur folle outrecuydance et de grande presumption de leur vaillance, ou de la grana'amytié et faveur que leur portent leurs roys et leurs princes ; car ils s'en pourroient bien trouver mal, ainsin qu'il en advint au sieur de Sainct Maigrin de nostre temps, lequel parce que le roy luy faisoit un peu quelque bon visage et de faveur, en vint si insolent, ou possible pour complaire à son maistre, qu'il se voulut prendre à messieurs de Guyse, et surtout à M. du Mayne (en quoy il fust ingrat, car M. de Guyse l'avoit poussé et faict cognoistre au roy la première fois qu'il vint jamais à la cour), jusques là qu'il usoit de fort outrageuses parolles, et aussy qu'un jour dans la chambre du roy, ainsin que le roy estoit dans son cabinet, il tira son espée, et, en bravant de parolles, il en trencha son gand par le mitan, disant qu'ainsin il tailleroit ces petits princes. Il n'emporta guieres loing ceste folle outrecuydance, car un peu de jours amprès il fust un soir estendu sur le pavé de la rue du Louvre, blessé à mort, qui s'en ensuivit le lendemain. La pluspart des courtisans disoient que le coup estoit très bon, mais c'estoit fort sourdement ; car le roy ne le trouva pas tel, et en fust fort despité et fasché, jusques à se trouver à ses obsèques, et vouloir mal à ceux qui ne s'y trouvarent, et à contraindre tous ceux qui estoient à la cour d'y aller, où plusieurs y allarent, que je sçay bien, vestus de noir comme les autres, qui soubs

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l'habit en faignoient belle joye, et si aucuns en eust il qui en estoient de la consente de a mort *, comme je les cognoissois bien et leur disois qu'ils fissent bonne mine. Le roy le fist puis amprès tailler en marbre superbement, comme Quielus et Maugiron et autres.

Mais despuis, les Parisiens, pour estre chose trop vaine et abusive, ont rompu tout cela', si bien que le proverbe courut longtemps à la cour, contre les mignons et favoris du roj, quand ils faschoient quelqu'un, ou lui faisoient desplaisir, on disoit : « Je le fairay tailler en marbre comme les autres. » Voylà comment fut payé ce jeune homme outrecuidé mal à propos.

Il ne fist pas si sagement comme fist un gentilhomme à feu M. de la Trimouille, dict Le vray corps de Dieu, lequel en son jeune aage et en sa faveur, vint à faire desplaisir à ce gentilhomme dans la salle du roy. Le gen-

1 . C'est-à-dire qui avaient été complices de Tassassinat de Saint-Megrin, tué, dit-on, par ordre du duc de Guise. Selon l'opinion commune, il s'était vanté d'avoir obtenu les faveurs de Catherine de Clèves, duchesse de Guise, et le duc de Mayenne, plus soucieux que son frère de l'honneur de sa famille, avait aposté les meurtriers. Henri IV, apprenant en Navarre la mort de Saint-Megrin, dit : qu'il savoit bon gré au duc de Guise de n'avoir pu souffrir qu'un mignon de couchette le fit cocu ; c'est ainsi qu'il faudroit accoustrer tous ces petits galands de la Cour qui se meslent d'approcher les princesses pour les muguetter et leur faire l'amour. Voy. l'Estoile, IJ78» 21 juillet.

2. Ces monuments élevés dans l'église Saint-Paulj près du grand autel, furent détruits pendant la Ligue^ après l'insurrection de Paris contre Henri III, le 2 janvier 1589, d'après l'Estoile.

Discours sur les Duels. 279

tilhomme luy dict seulement : « Monsieur,

« vous me faites tort; je suis gentilhomme

« d'honneur; je vous jure qu'advant qu'il soit

« un an, j'en auray ma raison. » M. de la

Trimouille luy respondict : « Alors comme

« alors, cependant je vous verray venir. »

L'an se parachevé et vient à estre révolu tout

entier, fors le dernier jour, qu'ainsin que le

soir qu'il ' estoit en la chambre du roy à son

coucher, qu'aucuns de ses compaignons,

jeunes gens comme luy, luy faisoient la guerre

de son homme : « Ha ! » dict il, a l'an est

a passé; il n'a pas esté si mauvais comme il

« a dict. Je m'en vais coucher », et, sortant

hors du logis du Foy, ainsin qu'il estoit seul

avec son page, contre une muraille, à pisser,

voicy venir le gentilhomme qui luy persa son

manteau de sa dague en deux ou trois

endroits, et luy dict : « Monsieur, il ne tient

a qu'à moy que je ne vous en fasse autant à

« travers le corps; il me suffit de cecy,

« et vous avoir monstre que je suis homme

a de bien et d'honneur », et de là s'en partit.

Le gentilhomme fust plus discret, ou non si

résolu (pour mieux dire) vangeur, que ne fust

un soldat du capitaine Briagne, un de ces ans,

lorsque les premiers estats se rendirent à

Bloys*. Ce soldat avoit esté audict Briagne et

l'avoit quitté, et le trouvant le soir en la salle

de bal, ainsin que l'on dansoit, ledict Briagne

le voyant, luy dict : « Hà ! vous voicy, gal-

a lant; remerciez le lieu où vous estes; mais

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