‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 2 sur 164 · I. Estaquade, enceinte de pieux · texte numérisé non relu

I. Estaquade, enceinte de pieux

8 Livre II, Chapitre IL

sinon qui entroit en camp clos falloit se proposer vaincre ou mourir, et surtout ne se rendre point ; car le vainqueur du vaincu (par ces loix lombardes et danoises) en disposoit tellement qu'il en vouloit et bon luy sembloit, comme de le traisner par le camp ainsin qu'il luy eust pieu, de le pendre, de le brusler, de le tenir prisonnier, bref en disposer mieux que d'un esclave, car tel estoit le vaincu du vainqueur. On dict que les Danois et Lombards, sur ceste ignominie de traisner par le camp, en prirent leur example d'Achilles, lequel (ainsin que recite Homère) amprès qu'il eust vaincu Hector, l'attacha tout mort à la queue de son chariot ou cheval, et le traisna trois fois par le camp, en signe de triumphe et de victoire très noble.

J'ay^ouy parler d'un grand, brave et vaillant seigneur despuis cinquante ans», qui, entrant ainsin en camp clos, avoit résolu d'en faire tout de mesme de son ennemy, qui n'estoit nullement égal à luy en force ny prouesse; mais Dieu tenant le party du foible, ne permist la victoire au vaillant, mais la donna au foible, qui ne la pouvoit tenir de luy, mais de Dieu; et par ainsin, la volonté du vaillant ne prit feu sur sbn exécution proposée de victoire*.

1 . L*ameur fait allusion, à ce que je crois, au due! de Jarnac et de La Chastaigneraie. Ce duel eut lieu le lo juillet 1(47, d*où l'on peut conclure que Branthôme écrivit son Discours sur Us duels après ses autres ouvrages, tout i fait à la fin du siècle.

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