‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 34 sur 164 · I. Fente · texte numérisé non relu

I. Fente

Discours sur les Duels. 77

leurs disciples. J'en parle, pour ; l'avoir veu et à Rome et en Italie, des tireurs d'armes qui estoient mes maistres et mes grands amys qui ne m'en eussent pas dict un mot sur ce sub- Jeçt pour tous les biens du monde, encore que je les en recherchasse le plus excortement que je pouvois, fust en baguenaudant, fust sérieusement*.

En voicy un autre d'un qui fist forger à Milan, par un maistre très exquis, deux paires d'armes, tant espée que dague toutes vitrines , c'est à dire rompantes comme verre , mais pourtant de fer, ou d'acier, tranchantes, picquantes, fourbies, et luisantes comme les communes, mais trempées de telle façon, que qui n'en sçavoit user, s'aycjer, toucher et picquer comm' il f^lloit, elles se rompoient comme verre ; mais qui en sçavoit l'usage et la façon d'en frapper, et assenner leurs coups (comme on dict), elles ne se rompoient aysement, ainsin comme l'on voit du verre qui se rompt aysement en le prenant et le touchant d'une façon plus que de l'autre ; car la mode et metode en ces choses y sert plus que tout. Celluy donc qui donnoit les armes, de longue main en avoit appris si bien la façon et le biays pour en sçavoir user que venant à les mettre en effect, son ennemy qui alloit à la bonne foy et pensant jouer son jeu à la vieille mode, comme d'autres espées (car du reste ils estoient tous descouverts), du beau premier coup qu'il rua à son ennemy, espée et

I . Avec le plus d'instances possible, soit en plaisantant, soit sérieusement.

yS Livre II, Chapitre II.

dague s'en allarent en pièces comme verre.

L'autre sçachant la malice, l'art et le biays de ses armes, les mena si dextrement, qu il en donna aussitost dans le corps de son ennemy, qu'il le porta mort par terre. Certainement ces supercheries d'armes sont cent fois pires que celles que l'on faict, assassinant les personnes aux cantons des rues, ou en un coing de bois, et ne sont nullement pardonnables , mais pourtant par ces loix antiques du duel cela a esté.

Moy estant à T^aples, la première fois que j'y fus jamais, j'ouys faire un plaisant conte, que, du temps du roy Charles huictiesme,, lorsqu'il le conquit, il s'y fist un combat d'un Gascon et d'un capitaine italien. Il toucha au Gascon de donner les armes : que fist ïU il les prist à sort advantage, et va envoyer à son ennemy une bonne grosse arballéste de passe*, qu'on appellolt en ce temps et appelle on encore, avec son bandage*, qu'on appelloit à l'armatot et s'appelle encore, qu'on pendoit à la ceinture. L'Italien, son parrain et confidant, fefusarent aussitost ces armes disant qu'elles n'estoient point usitées, et du tout estrangeres; ceux du Gascon alleguarent leurs raisons, et mesmes que tant s'en falloit qu'elles fussent estrangeres, que ceux de leur nation d'autresfois s'en estoient dict des premiers et meilleurs maistres, qu'avoient estez les Gène-

1 . Arbalète de passe, arbalète dont on usait primitivement sur Tengin de guerre nommé passavant.

2. Espèce de cric portatif au moyen duquel on bandait l'arc d*acier de Tarbalete.

vois% lesquels du temps de la guerre saincte en avaient faict rage et de beaux effects, et mesmes que le roy Philippes de Valloisen avoit envoyé quérir jusqu'à Gesnes, pour s'en ayder à sa malheureuse battaille de Crecy ; mais pourtant ils ny firent rien qui vaille, ce disent les chroniques de France. Pour nn, tout calcullé et rabattu, il fallut au Gascon estre maistre en son eslection , et l'Italien à les prendre. Le Gascon, qui estoit maistre passé (car de longue main la nation le porte sur toutes autres), vous eust bandé et reoandé, et tiré deux fois dans k corps du pauvre Italien, qu'il n'eust le loysir ny l'adresse de bander son arballeste, quelque leçon que luy eussent donné ses maistres, parrain et conndans, si bien qu'il fust vaincu.

Ces combats par telles armes, ny d'harquebuse, ne sont pas approuvez par les docteurs duellistes, d'autant (disent ils) qu'il faut qu'un combat honnorable se fasse et se finisse par la valeur et vertu des personnes, et non par les armes. C'est une raison très foible ; car, et comment combat on autrement au'avec les armes ?

Il y faut rapporter et l'un et l'autre, et la vertu et les armes tout ensemble. A aucuns j'ayveu tenir pourtant, que deux soldats portans leur harquebuse et en faisant profession tous les jours, se peuvent combattre avec leurs har-

auebuses. Au reste, combien avons nous veu espuis quelque temps force deffis et combats s'estre faicts à cheval avec des pistolles par de

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