‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 65 sur 164 · I. Christophe de Thou · texte numérisé non relu

I. Christophe de Thou

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de le faire appeller ; mais il ne le fist, pour des raisons que je ne diray pas, et que ce ne fust esté son plus grand expédient ny le plus seur. Par quoy ayant sceu que M. du Gua luy en brassoit une, il fust contrainct vuider de Paris et de la cour. Au bout de. six mois, il vint un soir * le trouver en son lict qu'il faisoit diette, entre au logis avec un de ses gens seuUement, en laisse deux à la porte, monte en sa chambre, va à luy, qui le voyant venir saute en la ruelle, et prenant un espieu pour se deffendre, l'autre 1 eust aussitost joingt et avec une espée fort courte et tranchante (aussy en tel cas elle est meilleure que la lon-

f;ue) luy bailla deux ou trois coups, et le aissa là pour demy mort, car il vesquit encore deux ou trois heures, disant tousjours qu'un homme en qui il se fioit l'avoit trahy. Pour fin ledict baron, amprès avoir faict son coup, sort si heureusement du logis et se retira si bien et sans aucun bruict qu'on n'en soupçonna celluy qui avoit faict le coup que par conjectures, tant il fust faict secrettement, et ne se peut jamais guieres bien prouver ; mesmes à moy, qui luy estois amy inthime, ne me l'a voulu confesser. Voylà le brave M. du Gua tué, brave certes estoit il en toutes generositez et vertus, ainsin que f en parle en mon livre des couronnels et mestres de camp qui sont estez en France despuis leur première institution. Ce brave Gua donc fust tué parmy ses compaignies des gardes, parmy ses capi-

I . L'Estoile donne la date : le lundi 3 1 octobre 1(75, vers dix heures du soir.

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taines et soldats^ et à cinquante pas, quasy à la veue de son roy, qui le cherissoit comme il le meritoit certes, sans qu'on s'en apperceust jamais; qui fust estimé à la cour un cas estrange et inouy.

Pour faire fin, il faut donner ceste resputation au susdict baron, que c'a esté un terrible et déterminé executteur de vangeances. On l'accusa aussy d'avoir tué Montraveau le jeune, frère de M. de Clermont d'Amboyse (mais cela ne se peut guieres bien prouver), car il fust tué dans des bois et garesnes de Nantouillet, d'autant que ces deux maisons n'estoient de long temps bien ensemble.

S'il eust vescu, il en vouloit tuer encore deux que je sçay bien, que, je croy, ne regrettarent guieres sa mort. Aucuns de ses ennemys n'ont point approuvé ces façons de meurtres, et l'ont voulu taxer qu'il n'estoit propre pour les appels, et pourquoy il ne s'en aydoit. J'en ay dict des raisons cy dessus.

Toutesfois il monstra bien à sa mort qu'il estoit et pour l'un et pour l'autre, et si l'ay veu en appeller aucuns, et d'aucuns estre appelle, qu'il ne refTusa jamais homme, mais il fust accordé, et ne faut doubter nullement de ses valleurs; car un homme de bas cœur ne fist jamais ce qu'il a faict, et eust faict encore sans sa mort.

Or c'est assez parlé de luy. Que si je pouvois l'immortaliser je le ferois, tant pour ses mérites que pour la grande amytié qui estoit entre luy et moy, il y avoît quinze ans, et tousjours bien nourrie et entretenue par bons

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offices; aussy nous appellions nous frères d'alliance.

Je sceus, un jour amprès, sa mort, à Estampes, en courant la poste, venant de chez moy. Que si je fusse arrivé plus tost, je ne iuy eusse pas conseillé de se battre aux champs, car on se vouloit deffaire de Iuy, ou en quelque façon que ce fust : et possible s'il eust escnappé de ce combat, il fust tumbé en une embusquade qu'on Iuy avoit préparée, comme j'ay sceu despuis : car il commançoit à estre plus crainct qu'aymé de quelques très grands et très grandes; si que ce traict du meurtre de M. du Gua fust estimé de grand' resolution et asseurance.

J'en vays dire un autre qui ne Iuy en doibt rien, de ce brave feu M. le comte Martinengo, de ceste bonne et brave race des Martinengues, de laquelle cestuy ci estoit bastard, disoit on ; mais ce bastard vallut bien deux légitimes sans leur faire tort. Il vint avoir question avec un gentilhomme bressan * des plus grands de la ville et d'alentour. Amprès l'avoir long temps guetté et cavallé*, ne le pouvant attrapper aux champs, s'estant retiré à la ville de Bresse, il se aetermine de l'y aller tuer : et s'estant accompaigné de deux . bons soldats déterminez comme Iuy, entre dans la ville en plein midy, va en la maison de son ennemy, monte en sa chambre, le tue soudainement, descend, se retire (ce n'est pas

1. De la province il Bresdano (Lombardie), aujourd'hui comprise dans celle de Brescia.

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