‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 66 sur 164 · CavalU, probablement pour chevauché · texte numérisé non relu

CavalU, probablement pour chevauché

120 Livre II, Chapitre II.

tout que faire un coup, il faut se sauver), passe par la mesme porte, monte luy et ses gens sur leurs bons chevaux qui les attendoient là auprès, fiist à une lieue de là plus tost que la rumour et l'allarme fiist esmeue en la ville. On court amprès, tant ceux de la justice que des parens du mort, qui estoient grands seigneurs, mais ils n'y gaignarent rien : et se sauve bravement en Piedmont, où il se met au service du roy Henry 11% lequel il servit et la couronne de France, si fidellement que tant qu'il a vescu il se peut mettre au rang des plus fidelles serviteurs qu'y ait esté, non seullement des estrangers, mais de bons François mesmes.

Ce ne fust pas tout : lorsque nous allasmes au secours de Malthe, il y vint pour son plaisir, comme si ce fust este un jeun'homme qui n'eust jamais veu guerre , mais en cela il respondist que la plus belle mort estoit que de mourir pour l'honneur et la relligion de Dieu, et qu'en ce il vouloit imiter son grand prédécesseur le comte de Martinengo, qui de mesmes pour son plaisir alla au secours du dernier siège de Rhodes, où il mena à ses propres cousts et despans deux cens hommes de guerre, là où il fist si bien que l'histoire qui en a estée faicte ' asseure que la ville tint plus de deux mois pour sa venue qu'elle n'eust faict, et y fist de très beaux combats. J'en ay leu

I . Grande et merveilleuse oppugnation de la noble cité de Rhodes prinse naguères par sultan Seliman^ rédigée par escript par excellent et noble chevalier frère Jacques, bastara de Boutto/z. Paris, 1526, in-f».

Discours sur les Duels. 121

rhistoire qui ne se recouvre * aysement, mais je Tay. et est très belle, déclarant beaucoup de belles singullaritez de ce siège.

Pour retourner encor à nostre comte, allant à ce secours de Malthe, bien qu'il fust fort dissuadé* de ses amys de n'y aller point, à cause Qu'il pourroit rencontrer encore quelque reste ae ses ennemys cachez, amys de son trespassé en Quelque part d'Italie, je le vis aussy résolu de faire ce voyage^ comme s'il n'eust eu aucun ennemy; disant tousjours que si on le tuoit il en tueroit aussy. Il passe par le Piedmont comme nous autres, passe à Pavie, non guieres loing de Bresse, passe à Gesnes, d'une détermination aussy asseurée que j'aye jamais veu; s'embarque à Gesnes comme nous autres dans des petites frégates.

Enfin, nous arrivasmes tous à Malthe, ayans coustoyé toute l'Italie, sains et sauves, luy ne craignant rien. A nostre retour, il s'en tourne par terre comme nous autres; sçait qu'il y a dans Rome un parent de son homme, entreprend de l'aller tuer, mais il fust dissuadé et pressé par ces amys de le laisser et sortir de la ville, et qu'il en avoit faict prou par le passé. Enfin il se retire en France, tousjours par terre de ville en ville, n'approchant pourtant des terres des Vénitiens, car il n'avoit encore faict son accord, et fust esté en peine

1. Qu'on ne trouve pas aisément. On recherchait déjà les livres rares.

2. Bien qu'il eût caché à ses amis même son projet de voyage.

122 Livre II, Chapitre IL

de la vie; et ce fust esté aussy par trop tenter Dieu et la fortune.

Voylà de grandes et asseurées resolutions, mais grandes aussy celles dont il a usé, combattant si bien en nos guerres, tant estran- §eres delà et deçà les monts, que nos civilles, ont j'en parle ailleurs en mon livre des Couronnels.

Grande fust aussy, et sa vaillance et tout, qu'il monstra en son combat qu'il fist en Piedmont sur le pont du Pau, contre un autre sien ennemy italien, chascun ayant deux dagues aux deux mains. Il est vray que la gauche et tout le bras entier, avec les espaules, estoit armé d'un grand brassard; mais ce brassard estoit tout d'une venue, et ne se ployoit point ; ce qui gehennoit et contraignoit le bras, et le tenoit fort droict. Cela avoit esté faict et ainsin choisy de son ennemy qui avoit esté blessé au bras comme feu mon oncle de La Chastaigneraye. Enfin M. le comte Martinengo demeura vainqueur et tua son ennemy sur le champ. Ce combat fust fort furieux, à ce que j'en ay ouy discourir à cens qui le visrent, mesmes au bonhomme feu M. de Vassé' qui estoit parrain dudict comte, bien que ledict combat ne fiist solemnisé de plusieurs cerimonies des camps clos que je dirois, si bien qu'on le tint quasy plus laict en forme d'appel et de combat à la mazza Qu'autrement. Tout cela ne sert rien à nostre laict. Tant y a qu'il fust beau et bien com-

Page 1