L'évèque de Dax
124 Livre II, Chapitre IL
maistre de camp de douze enseignes de gens de pied ; dont ce fust très grand dommage ; car c'estoit un grand homme de guerre et un fort homme de bien et d'honneur. J'en parle ailleurs en mon livre des couronnels et maistres de camp.
C'est assez parlé de combats meurtriers, dont j'en dirois cent exemples signalez; mais je n'aurois jamais faict; parlons un petit maintenant des courtoisies qui ont estées practiquées du temps du roy François. Il envoya une fois feu M. le cardinal de Lorraine *, son cher favory, en Flandres, pour jurer quelques trefves entre les mains du feu empereur Charles. Ledict M. cardinal y alla très bien accompaigné d'une fort belle noblesse de la cour, parmy laquelle estoit un brave et vaillant gentilhomme breton, haut à la main, nommé M. de Sourdeval, qui longtemps a esté gouverneur de Bellisle, jusqu'à ce que le roy Charles luy osta pour la donner au mareschal de Rez en propre. Ce M. de Sourdeval vint à avoir une querelle contre un autre gentilhomme françois dont je ne sçay bien le nom ; ils s'en allarent sans sonner mot à per^ sonne, sinon entr'eux deux, hors de Bruxelles, où la cour impériale se tenoit. La fortune fust si bonne pour M. de Sourdeval (et aussy que c'estoit un très vaillant homme) qu'il blessa son ennemy quasy à la mort : toutesfois si fiist il un petit blessé. Et d'autant qu'il estoit