‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 78 sur 164 · Son nom était Philippin et nom Amadeo · texte numérisé non relu

Son nom était Philippin et nom Amadeo

2. Philippin, dans une retraite, craignant d*être reconnu, avait donne son écharpe à un soldat. Or, cette écharpe était un présent d'une dame. Crequi, alors mestre de camp, prit le soldat, sut à qui l'écharpe appartenait et fit dire à Philippin qu'à l'avenir il prît un meilleur soin des faveurs de sa maîtresse. Ce mot amena un cartel de la part de Philippin, mais il ne se trouva pas sur le terrain au jour fixé. Une seconde rencontre fut assignée, mais tout se passa en paroles, et le prince de Savoie se contenta d'explications fort légères. M. de Crequi ayant raconté le fait à son avantage, la querelle s'envenima, et un premier duel eut lieu près de Grenoble en 1598. Le dernier eut lieu peu de temps après, dès que la blessure de Philippin fut guérie. Voir Hist. de Tallemant, édition P. Paris, tome I, 144, et De la Colombière, Théâtre d* honneur, t. II.

Discours sur les Duels. 14;

Rosne, la fortune fust encore si bonne pour le seigneur de Crequi, qu'il abbat son ennemy et le tue sans en avoir plus de mercy; dont en cela il usa fort bien de sa fortune, que Dieu luy donna encore ce coup ; possible, par la volonté de Dieu, que s'il l'eust espargné encore, il luy en eust mal pris à la troisiesme lutte, n'ayant sceu ou voulu user de la grâce qu'il luy avoit octroyé dont il s'en fust repenty, et l'eust on aussitost fort blasmé de ne s'estre aydé de ceste grâce que Dieu luy avoit faict.

M. de Savoye lorsqu'il vint dernièrement en France', il fut curieux de saluer tous les gallans de la cour, fors mondict sieur de Crequi. Les uns disent parce qu'il ne luy eust pas esté bien séant (comme ae vray et de raison) de saluer le meurtrier de son frère. D'autres disent que M. de Savoye se plaignoit qu'il l'avoit tué tumbé en terre et abbattu; en quoy M. de Savoye ne debvoit avoir esgard (disoient aucuns), car puisqu'il avoit repris sondict frère bastard d'avoir demandé la vie au premier combat, et contrainct et commandé d'en recommencer un autre, que pouvoit faire moins M. de Crequi que de penser à revenir au tiers combat, et pour ce, en voyant avoir son beau jeu, d'en achever la partie tout à trac, sans plus la remettre? Voylà donc pour fin de ce combat, l'exemple que l'on y doit prendre à tuer ou espargner son ennemy en tels accidens; tels coups

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