‹ Œuvres complètes de Pierre de Bourdeilles (volume 5)Chapitre 82 sur 164 · I . On attribue cette intention à Jarnac après son duel avec · texte numérisé non relu

I . On attribue cette intention à Jarnac après son duel avec

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Discours sur les Duels. 149

luy, ny pour vangeance ou inimitié animée, ains pour l'amour de la loy de Fespée qu'il luy a mis au costé, et pour le debvoir de la noblesse où il Fa colloque.

Il y a aussy une autre dispute que l'on faict sur la differance des mots que l'on dict, ou : « Je te donne la vie par courtoisie et gentil- « lesse » ; ou : « Je ne te veux pas achever, « j'en serois bien marry » ; et autres pareils mots courtois; ou bien de dire : « Rends toy,- « ou je te tueray; demandes moy la vie, ou « je t'acheveray. » Certes, ces mots derniers sont fort fascheux à profferer à un homme de cœur qui aymeroit mieux mourir de cent morts que les prononcer, comme il s'en est veu force. Par quoy pour le mieux, il est plus expédiant de donner la vie gentiment et gracieusement, sans ainsin contraindre son ennemy à parler tels mots, qui semblent plus une ostantation et façon de s'en prevalloir amprès, qu'une courtoisie receue, ny pour l'amour de Dieu, ou charité que l'on doit à son prochain : et, par ainsin, ce vaincu se pourroit rebattre, mais non autrement.- Car vouloir combattre son second père et son bienfacteur, c'est offancer Dieu, qui est grand ennemy des ingrats et très juste vangeur.

Il y a encore un poinct, que si un trouvoit en une rue ou aux champs, et du premier abord il attaquast son ennemy sans dire gare, et luy donnast une grande estoquade à travers

La Châtaigneraye ; c'est peut-être à cela que Branthdme fait allusion.

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le corps, ou luy coupast la main de l'espée, et le laissast là à demy mort, ou le blessast en autre sorte de supercherie, et puis amprès qu'il dist luy avoir donné la vie, ce traict seroit fort villaln, et faict en trahison, et la vanterie fort folle et ridicule, et dont on s'en pourroit rire aysement et se mocquer.

J'en ay cogneu un qui en fist de mesmes et de mesmes s'en vanta; mais il fust bien mocqué, et fust payé de mesmes. Là dessus, venant le pauvre blessé à se guérir, il peut, non pas l'appeler, mais luy en faire de mesmes, voyre avec un canon, le porter avec luy, s'il se pouvoit, pour le tuer.

Ennn, toute vie bien et honnestement donnée, elle est recognoissable par tout le monde, sans une seconde recherche de combat; mais le plus beau et le meilleur est aue les roys, les princes souverains, les mareschaux de France et autres grands capitaines passent tout cela soubs un bon accord, et que jamais il n'en soit plus parlé ; et si le vaincu en sent en soy quelque charge de conscience et d'honneur, et qu'il luy semble que quelqu'un en parle, il faut qu'il s'attaque à luy, et le face taire à bon escient par une bonne espée ; car il vaut mieux,

aue si la disgrâce est telle, qu'il soit vaincu e luy ceste lois seuUe, que s il venoit l'estre de l'autre encore une seconde fois ; ou bien il faut que les grands juges en leur accord fassent comme je vis une fois faire à feu M. de Martigues lorsque le roy Charles IX, avec ses grands mareschaux et grands capitaines, ayant accordé dans son cabinet messieurs de Fron-

Discours sur les Duels. i^i

tenay, dict le jeune Rouan *, et de Querman*, tous deux grands gentilshommes et seigneurs de Bretaigne, où il y alloit plus de Tun que de Fautre», car Querman avoit esté blessé et Frontenay aussi, tous deux bien fort; mais Querman disoit tousjours que ce n'avoit pas esté Frontenay qifi l'avoit blessé, mais un autre gentilhomme que je ne nommeray poinct.

Enfin ils furent accordez, et sortans du cabinet en la chambre du roy, M. de Martigues les tenant tous deux par la main, il cria tout haut, où il y avoit plus de deux cens gentilshommes qui en attandoient l'yssue : « Messieurs, le roy « m'a commandé de vous dire à tous vous « autres qu'il a accordé ces deux messieurs, a à esgal honneur, et qu'il n'y va rien de l'un « ny de l'autre, et qui voudra dire le con- « traire et qu'ils ne soient tous deux gens de « bien, d'honneur et valleur, il en a menty. » Plusieurs là dessus en goguenardant et riant respondirent : « Monsieur, nous ne voulons « poinct combattre le roy sur ce desmenty; « il n'y a rien à redire puis que le roy y a « passe le ballais. » Oncques puis n'en lust autre chose.

En quoy j'ay veu faire une dispute parmy les duellistes, à sçavoir si l'on se peut ainsin remettre de son différent et de son honneur entre les mains d'un empereur, d'un roy, d'un

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