Volonté
Discours sur les Duels. 147
des trois frères, tous trois eslevés de M. le mareschal de Biron. Ils vinrent à avoir querelle ensemble en l'armée , où commandoit mondict sieur le mareschal qui les accorda, mais aussitost amprès, ils prirent un nouveau desbat, et s'allarent tous deux tuer, dont ce fust très grand dommage. Aucuns dirent que ce fust de gayetté de cœur, et de concert faict entr'eux avant Taccord, et que ce n'estoit que pour contenter mondict sieur le mareschal, et amprès s'iroient battre et se tuer, comme ils firent. Il falloit bien dire qu'il y eust de Tanimosité.
Certes, si les parties s'accordent en cela pour quelque raison et subject que ce soit, faire le peuvent, mais gare que le dieu Mars ne s'irrite contre le vainqueur, le voyant abuser de la faveur qu'il luy avoit faicte^ ny plus ny moins que fait le dieu Neptune au marinier qu'il a sauvé d'un grand nauffrage, et puis se fiant encore en luy d'une seconde grâce, rebat la mer, où il se trouve plongé et très bien noyé. D'autres raisons se peuvent alléguer là dessus, etpro et contra sur ce subject, que je laisse à discourir à de plus capables que moy.
Surtout aussy il n'est bien séant que le vainqueur fasse par trop sa parade de sa courtoisie de vie aonnée, et ne publie tant sa victoire au mespris par trop du vaincu, et trop vaine ostantation pour luy, car ce seroit par trop profaner la grâce que Dieu luy a laicte, comme de triumpher de ses armes et chevaux, les monstrer à un chascun, les
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appandre à une église en signe de trophée, ou par bravade, ou dévotion, ou vœu, que l'on a faict à Dieu, lequel ne se soucie guieres de ces offrandes ; comme jadis les dieux Mars et Neptune se plaisoient fort en tels présents d'armes et despouilles, et comme aux camps solemnels jadis cela se faisoit, et comme aussy j'en sçay un oui, amprès un pareil camp, en voulut faire ae mesmes en une grand' église de ce royaume', mais il en fust dissuadé par aucuns de ses amys; car résolument s'il l'eust faict il eust esté tué dans deux jours, en despit de tous les vivans ; il estoit trop bien aymé et apparenté. Le temps passé cela se faisoit, voyre pis, comme j'ay dict cy devant, et estoit sacrilège de les despandre. Il faut en cela se gouverner sagement, et recognoistre en autre façon la grâce que Dieu vous a faicte. J'en parle maintenant en chrestien, sans alléguer ny recognoistre le dieu Mars, mais nostre souverain, qui veut que l'on ne se hausse par trop en sa victoire, mais que l'on s'humilie et qu'on luy rende très humbles mercys de tout; autrement il sçait bien rabaisser ces hautains, comme j'en alleguerois force exemples. Voylà comment un bon chrestien se doit gouverner ; et s'il est tant contrainct par la voye et devoir chevalleresque de se rebattre, il faut se recommander à Dieu, et le supplier de luy estre autant favorable ceste fois comme Pautre, et qu'il ne retourne au combat pour abuser de sa première grâce qu'il a receu de