Opuscules
M. le seneschal son père, et madame la seneschalle sa mère, qui en avoit eu de belles de madame de Bourbon, avecques qui elle avoit estée nourrie fille, et l'aimoit fort, luy firent aussy de beaux presens, tant de robbes que brodures. Les nopces furent fort somptueuses et magnifiques, et bien. fort aussy les amenances* qui se firent à la Tour Blanche et àBourdeille. Car, ainsy que j'ay ouy dire à ma tante de Grezignat, allèrent au devant de la mariée jusqu'aux portes d'Angoulesme trois cens gentilshommes en deux bandes, l'une menée par M. de Bourdeille, et l'autre par M. de Grezignat son frère. Ceux de M. de Bourdeille estoient vestus de grandes casaques de velours cramoisyà l'albanoise*, et les chevaux bardés de mesmes. Ceux de M. de Grezignat de velours jaune, parce que c'estoient les couleurs de la mariée jaune et rouge; le tout pourtant aux despens de mon père. La mariée estoit montée sur une hacquenée blanche, harnachée de velours cramoisy et argent fort superbement : et la faisoit très-beau veoir à cheval, car elle s'y tenoit fort bien, et paroissoit trèsbelle comme devray elle l'estoit, et fort agréable, ainsy que tesmoigne son portraict représenté dans le sepulchre d'Amville et ceux de Catherine et Jehanne (l'une religieuse à Fontevaux, et Jehanne qui fut madame de Dampierre), toutes trois represantant les trois Maries.
1. Les amenances (mot qui aurait dû rester comme le verbe amener) étaient ce que nous appelons la conduite des époux au domicile conjugal.