‹ Œuvres complètes de Pierre de BourdeillesChapitre 9 sur 372 · cil il eut à regretter la mort de la reine · texte numérisé non relu

cil il eut à regretter la mort de la reine

2. Son nourrisson. Les grands seigneurs appelaient ainsi ceux qui avaient été élevés comme pages sous leur toit.

Opuscules. 21

en chevaux, qui estoit de ce temps comme un créât* d'aujourd'huy. Il a vescu cent ans. Je l'ay veu, mais fort vieux; encor montoit-il auelquesfois à cheval, tout vieux qu'il estoit. Il s'entendoit très-bien à la maladie des chevaux, et nous Pappellions « le bon-homme » , et qui nous racontoit bien des jeunesses et vaillances de mon père. Il devint aveugle de vieillesse, et laissa des enfans assez honnestes gens, mais non pareils à luy.

Le roy Louys XII mort, que ce beau voyage du roy François se présenta delà les monts pour la journée de Marignan, mon père y va; car ny père ny mère, ny tout le monde, ne l'eust pas sceu retenir, car il estoit du tout à luy, et ne vouloit estre subject à personne du monde, et ne voulut jamais avoir charge, ny de capitaine, ny de lieutenant, ny d'enseigne, ny de guidon ; rien de tout cela, tant il s'aimoit, et luy, et sa douce liberté : ainsy que tous nous autres, et sur-tout moy, avons esté de cest humeur, dont mal m'en a pris pour mon advancement. Il se trouve doncques à ceste guerre et battaille de Marignan, combattant soubs l'estendart de M. de Bourbon, qui l'aimoit extresmement pour des raisons que diray cy après, et en fit au roy de très-bons et hauts rapports, ainsy qu'il se fit ce jour là paroistre à clair ; et le roy luy voulut dès-lors donner charge, et le faire lieutenant des cent hommes d'armes de son oncle René, bastard

1. Faudrait-il voir ici un italianisme {creato : serviteur). Je pencherais pour le mot catalan créât qui est plus voism du gascon.

22 Opuscules.

de Savoye. Mais point! Après la battaille gaignée, il demeura à Milan quelque temps avecques M. de Bourbon, lieutenant gênerai du roy, et puis s'en retourna en France avecques luy. Estant en France, sa mère s'advisa de le marier, car son père estoit mort, pour le retenir, afin qu'il fust arresté, et n allast plus traverser ny vagabonder le monde, et trotter tant qu'il avoit faict, et que le seul mariage, disoient ses parens, le pourroit arrester. Sur ce, il espousa Anne de Vivonne, ma mère, une fort nonneste et sage damoiselle, et pour lors fille d'une des bonnes et riches maisons de Guyenne, veoire de France, et fille de messire André dé Vivonne, seneschal de Poictou, chambellan du roy, et gouverneur de M. le Dauphin, et fille aussy de madame Louyse de Daillon, sa mère, de ceste grande maison du Lude, dame d'honneur de la reine de Navarre, Marguerite, sœur du roy François. Ceste fille Anne de Vivonne fut fort aimée et chérie de son père et sa mère : et falloit bien qu'ils eussent en grand estime M. de Bourdeille, et que M. le seneschal, qui estoit un des habilles hommes de son temps et qui avoit beaucoup veu, mesmes avoit faict le voyage du royaume dé Naples avecques le roy Charles VIII, l'avoit cognu et remarqué pour un fort honnest^ homme et de grande valeur. Et, bien qu'il fust recherché» de fort

I. Et bien que M. de Vivonne vit sa fille recherchée..., Bourdeille eut la préférence..., car Vivonne disait que Bourdeille était... (Ces interversions, très communes chez Branthdme, n*éclaircissent point le lens de ses phrases.)

Opuscules. ■ i;

§rands partis, et plus riches que M. de Boureille, si est qu'il eut la préférence sur tous autres de sa fille; car il disoit qu'il estoit d'une très-grande et des plus anciennes maisons de Guyenne, et très-brave et vaillant, et sur-tout très-homme de bien et d'honneur.

Pour toutes ces raisons il luy bailla sa fille, qui n'avoil que treize ans quand il l'espousa, qu'on craignoit qu'il la gastast et ne pust 'jamais avoir enfans; car il avoit unadvitaillement si grand et advantageux ', qu'il eust feict peur et appréhension à une femme d'un plus grand aage.

Lorsqu'il l'espousa', il n'eut pas de mariage que vingt mille francs, qui estoient beaucoup pour lors, et comme aujourd'huy quarante mille. Mais son père- la rappella puis après, ainsy qu'en est fa coustume de Poiciou : et despuis en hérita de plus de soixante mille escus, tant en terres que les beauï meubles d'Amviile, qui estoient lors des plus beaux qui fussent en maison de Guyenne.

Elle fut superbement habillée pour ses n~ ces, car la reine Anne, qui estoit sa marrai et qui aymoit singulièrement M. le senescl veoire d amour, luy légua par testament di robbes de drap d'or, deux de toile d'argen deux de damas rayés d'or et d'argent, ai que ceste façon en couroit pour lors. Elle ordonna aussy deux paires de brodures, be et riches, ainsy que la façon en couroit p' lors.

a dot que vingt mille franci.

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