‹ Œuvres complètes de Pierre de BourdeillesChapitre 14 sur 372 · I . Comme un paysan · texte numérisé non relu

I . Comme un paysan

jo Opuscules.

qu'il fust un des bons hommes d'armes de son royaume; mais mon père l'estoit bien plus, et souvent en avoient faict la preuve, et s'es^ toient essayés et tastés; et madame la régente craignoit qu'il ne le fist chancelier, et quitter l'estrieu, et par ainsy qu'il en eust receu une honte devant une si belle assemblée.

Geste deffense fascha fort à mon père, car il se vouloit fort faire paroistre pour tel qu'il estoit. Au pis aller, ne pouvant mieux, et les mains luy démangeant, il se mit un jour sur les rangs, et comparoist sur un de ses mulets de coffre*, et avecques ses sonnettes il fait trois ou quatre courses sur ledict mulet qui couroit bien, et rompt trois ou quatre lances d'une grande et belle force et roideur, et puis se retira. J'ay ouy conter cela à ma mère, qui lors y estoit, et sur l'eschaffaut des dames qui arregardoient, que quand l'on vit entrer ce gendarme, et en tel équipage, et qu'on eut dict que c'estoit le seigneur de Bourdeille, elle en demeura si fort estonnée qu'elle se mit à rougir et demeurer un peu muette, et dire après qu'elle eust voulu avoir donné beaucoup qu'il n eust ainsy comparu, de peur qu'il ne nst quelque feute. Mais quand elle vit qu'il eut si bien faict. elle se rasseura, et se resjouit bien fort, mais oien encor plus quand il y eut un grand Anglois, fort et puissant gendarme, qui esbranloit tous nos François; et luy fut commandé par le roy et madame la régente d'aller parler un peu à luy. Il monta soudain

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