‹ Œuvres complètes de Pierre de BourdeillesChapitre 19 sur 372 · I . si aucunes afifUctions · texte numérisé non relu

I . si aucunes afifUctions

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les armes, et mesmes du temps des braves paliadins de Charlemaigne. Et, bien que lesdicts contes fussent fables', pour le moins ceste fille de Montbron se treuve en estre de ce temps là : et - que si elle n'y fust estée ny au monde, on n'en eust point parlé.

Il se treuve que, du temps et règne de Charles VI, les Anglois prindrent le chasteau de Montbron, estant le seigneur en France servant son roy très-fidelement. Il revint en après et le reprint, où s'estoit retirée une ^besse de là auprès, qui apporta toutes ses reliques, richesses et thresors, parmy lesquels on trouva deux grandes pièces d'or, chascune pesant cent escus, où y estoient gravés deux hommes armés de toutes pièces, à cheval, i'espéeà la main, avec ces mots escrits : Vire Us nobUs teigiuoTi de Montbron!* et lesdictes pièces estoient faictes et forgées il y avoit plus de trois cens ans d'auparavant.

Vous trouverez au catalogue des mareschaux de France un seigneur de Montbron, mareschal de France, fait dès la première institution.

Pour éviter la trop grande prolixité sur les grandes louanges de ceste noble race, je diray que tous les seigneurs de Montbron, de pères en fils, ont esté tousjours estimés très-braves et très-vaillans chevalliers, et se sont faits signaller en toutes les guerres où ils se sont trouvés, tant aux guerres jadis de la Terre-

I. Les cheval Lïrs de U table ronde oni-ib exUt^^ L'autear dit oui et non. Au fond, il ne lient ^u'à FrJdégonde.

1. Des sceaux àoTÙ saai doute, nuu leur légende ne pouvait être telle.

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Saincte, que de celles de delà et de deçà les monts : dont entre autres, pour parler briefvement, je ne nommeray que messire Adrian de Montbron, grand-pere de madicte dame, qui se trouva à la battaille' de Fournoue, lequel le roy Charles VIII print pour Pun de ses neuf preux et confidens esieus pour se tenir près de sa personne ce jour là, qui l'assista très-bien avec tous ses compaignons, et y fut fort blessé, et mesmes d'un grand coup de lance qu'il eut au cou, dont toute sa vie il le porta un peu tors, le moins du monde, comme on en dit de mesme du grand Alexandre. Et, despuis, nos roys Charles, Louys et François, l'advancerent pour ses vaillances, et l'honnorerent de grandes charges; car il fut lieute" nant de roy en Guyenne et gouverneur de La Rochelle, autant aimé et honoré des habitans que gouverneur ait esté.

Il se trouve par escrit comme le roy Louis XII, ce pefe du peuple, disoit qu'il avoit plusieurs jeunes gens favoris qu'il aimoit fort, mais que s'ils luy demandoient quelque don qui foulast le peuple, il ne les aimeroit jamais, et que le seigneur de Montbron (qui estoit lors messire Adrian, et l'un de ses favoris) le luy avoit ainsy conseillé. Par là vous voyez la bonté dudict de Montbron. Il laissa plusieurs enfans après luy, dont l'aisné fut messire de Montbron, père de madame, dont nous parlons,, très-brave et généreux chevallier, qui fut gouverneur et lieutenant de roy dans Blaye; de laquelle charge s'en acquitta tousjours trèsdignement, et mesmes en une entreprise, que

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firent une fois les Bspaignols et Anglois làdessuSy que sans la valeur, conduitte et hardiesse dudict messire François de Montbrond, ladicte place -estoit prinse a'arablée.

Ledict messire François après luy laissa procréés de sa chair, et de dame Jehanne de Montpezac d'Agenez, une très-sage et trèsvertueuse dame, messire René de Montbron et madicte dame Jacquette de Montbron. Lcr dict René commença à porter les armes fort jeune, en l'aage de seize ans, aux guerres d'Italie et Toscane, quand nous la tenions soubs nostre grand Henry II. Puis, venant de là en France, il fut guidon de la compaignie de cinquante hommes d'armes de ce grand capitaine, M. de Sansac, à laquelle commandant mourut à la battaille de Gravelines en Flandres, livrée entre ces deux grands capitaines, l'un françois et l'autre flamand, le mareschal de Termes et le comte d'Ayguemond. Là mourut ledict sieur René de Montbron, après avoir rendu plusieurs beaux faicts d'armes, en très-grande réputation et regret de son roy et de tous les gens de guerre, pour lors estant en l'aage de dix-huict ans, laissant sa sœur, madame Jacquette de Montbron, sa seule sœur et héritière, riche en ce temps là autant qu'héritière aucune de la France, et très-belle, très-sage et très-honneste ; peu de temps avant mariée 1 avec messire André de Bourdeille, désirée* et pourchassée de plusieurs grands de la

I. Peu de temps auparavant, elle avait été mariée avec... ' 2. Alors qu'elle était désirée et pourchassée par plusieurs grands personnages.

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France de fort bonne et grande maison ; mais il l'emporta par dessus tous eux, autant par ses mérites que pour la grandeur de son antique race, de laquelle je ne m'estendray longuement pour en discourir, et me contenteray dire seulement que ceste race est des plus antiques de la France. Nos histoires françoises n'en font seulement mention, mais les italiennes et espaignoUes. Aussi vous trouverez dans les françoises et vieux romans que, comme j'ay dict, ne doivent estre à rejetter quoy qu'on die (ou bien il ne faut ad vouer un grand empereur Charlemaigne, ses pairs, ses grands barons, palladins et chevalliers qui ont fait tant de beaux faicts d'armes contre les Sarrazins et Infidèles); vous trouverez donc dans ces vieux livres imprimés en lettre gottique et escrits à la main, comme ce grand empereur Charlemaigne, se plaignant à ses barons du peu d'assistance que luy avoient fait en une entreprise tramée alors des Sarrazins contre luy, il dit que, sans le grand et bon secours que luy donna Yvon de Bourdeiile, il estoit très-mal. On treuve force titres de cest Yvon encore dans le thresor du chasteau de Bourdeille.

Les histoires italiennes et espaignoUes parlent d'un Angelin de Bourdeille, qui fut commandé par l'empereur d'aller recognoistre les ennemis la vigile de la battaille de Roncevaux où il fut tué et fort regretté de l'empereur et des siens. L'histoire le met au rang aes palladins, qui n' estoit pas peu de chose de ce temps lày et après les pairs marchoient les premiers.

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et tcnoient grand lieu. Cette histoire se treuve dans un vieux livre italien nommé Morgant, et un roman espaignol qui s'intitule : El suceso de la hatalha de RoncesvalleSy et un autre qui s'intitule : El espejo de cavalleriaK

Pour laisser ces antiques histoires, un Helias de Bourdeille se croisa en la première saincte guerre, et y mourut, dont le testament se treuve encore au ihresor de la maison.

Et, pour descendre aux plus recens, un Archambaud et Arnaud de Bourdeille servirent fort bien leurs roys de France encontre les Anglois; et mesmes Arnaud et Jehan de Bourdeille, son tiers frère (qui s'en alla après aux guerres de Naples d'abord sous Charles, duc d'Anjou, et s'y acaza), accompaignerent tousjours ce grand foudre de guerre, le bastard d'Orléans, à chasser les Anglois de Guyenne. Et furent faits chevalier devant Fronssac avecques plusieurs autres; et puis Arnaud fut créé par le roy son seneschal et lieutenant gênerai en Perigord. Il s'en acquitta trèsdignement, et avoit pour lors son frère le cardinal de Bourdeille qui fut un prélat de trèsbonne et saincte vie, qui pourtant, saisi par trop de superstitions vaines* et resveries du temps passé, ne fit jamais de bien à la maison estant de ceux qui disent qu'il valoit mieux faire du bien aux pauvres qu'à ses parens.

1 . M. Ludovic Lalanne a montré quHi ne s'agissait pas d'un Bourdeille dans les livres cités ; ils ne pourraient passer d'ailleurs pour des preuves historiques.

2. Notez que Branthôme place ces mots contre la charité dans la bouche d'un cordelier.

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Aussy ledict Arnaud ne s'en soucia guieres, car il estoit un très-riche et très-puissant seigneur tant d'antiquité et de ses biens que par ses services, devoirs et beaux faicts d'armes. Et pour faire fin, sans tant rechercher de si loing, messire André de Bourdeilles fut fils de messire François de Bourdeilles, qui, en ses jeunes ans, se fit tant signaler au royaume de Naples, à la journée du Garillan, sous ce grand M. de Bayard, où il fut fort blessé, les histoires le prouvent, et à la battaille de Pavie. Et, pour ce, ledict messire André de Bourdeille ne voulant en rien dégénérer de son brave père et de ses prédécesseurs, estant fort jeune, se mit à la guerre de fort bonne heure. Il fut du temps du roy François, aux guerres de Landrecy, de Marolles, du camp de Jallon et de Boulogne; du règne du roy Henry, à la guerre d'Escosse, au voyage d Allemaigne et siège de Metz. Et puis a esté prisonnier dans Hesdin, et demeura six ans prisonnier en Flandres, d'où n'en sortit qu'après la trefve faicte entre l'empereur et le roy; et, la guerre espaignolle se recommençant, il continua tousjours les estrangeres, et aux civilles servit très-fidelement tous ses roys, et mesmes aux battailles de Jarnac et Montcontour ayant charge de cinquante hommes d'armes. Et est mort chevallier de l'Ordre, lieutenant de roy en Perigord, son seneschal et gouverneur, avec beaucoup de réputation d'estre mort fort pauvre au service du roy. Il estoit, du costé de sa mère, madame Anne de Vivonne, allié fort estroictement de la maison de Bretaigne^

Savoye et de Nemours. Cela peut se monstrer au doigt sans grande prolixité. A tant, c'est assez parlé de luy et de sa race ; car nostre thème et principal subjecttend plus à madame tle Bourdeille, pour laquelle ceste noble et saincte cerimonie se celeore aujourd'hui en sa commémoration.

Pour parler doncques de madame de Bourdeille, elle fut en son vivant une dame trèsaccomplie et de corps et d'ame. Du corps, ce fut une des belles dames de France, ainsi jugée

Î)ar les grands et grandes à la cour et en tous es lieux où elle a comparu, son visage trèsbeau, remply de tous les beaux traicts de la face et des yeux que peut loger une beauté, sa grâce, sa façon, son apparence, sa riche et haute taille, et surtout sa belle majesté, si que partout on l'eust prinse pour une reyne ou grande princesse. Aussy estoit-elle extraicte de si haut Heu qu'elle en pouvoit bien tenir, laquelle, à cause de la fille de la Marche, maryée en sa maison, comme j'ay dict, avoit cest honneur d'appartenir à ceux d'Orléans, d'Angoulesme, de Bourbon. Aussy feu Anthoine de Bourbon, roy de Navarre, se contentoit bien de l'appeller sa cousine : le roy d'aujourd'huy, et Madame, sa sœur, en ont fait de mesmes. Elle est morte tante à la mode de Bretaigne (à cause de la maison de Mareuil) de M. de Montpensier, quiestaùjourd'huy. Bref, la grâce et majesté paroissoieht en ceste dame de toutes façons.

Aussy la reine mère dernière, pour mieux embellir sa cour, la print à son service pour

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l'une de ses dames, et la chérit bien fort. Elle vesqi^it en sa cour avecques une belle et illustre réputation; non quelle s'y voulust par trop assiduer ny assubjectir, désirant plus eslever sa belle et noble famille que séjourner à la cour tant comme d'autres font.

Elle fut très-belle en son printemps, trèsbelle en son esté, et très-belle en son automne et si de son temps les chevalliers errants eussent eu vogue, elle eust bien faict reluire plus leurs armes que n'avoit faict jamais sa

Î)redecesseresse Fredegonde de Montbron, pour 'avoir à femme'.

Advant qu'elle tombast en sa maladie, oui luy a duré et tenu sept mois jusqu'à son décès, elle paroissoit aussy jeune et belle comme en son esté, bien qu'elle soit morte en l'aage de cinquante-six ans. Et ne faut point doubter que, si elle eust vescu encor dix ans, sa beauté ne s'en fust nullement effacée, tant elle estoit de bonne et belle habitude, et prédestinée à toute beauté, qu'elle a laissé à messieurs ses enfans, et sur-tout à mesdames et damoiselles ses filles, comme à madame la comtesse de Dhurtal, à feu madame la vicomtesse d' Aubeterre, à madame d'Ambleville et mademoiselle de Mathas, très-belles, très-sages dames et filles.

Pour messieurs ses enfans, leurs belles armes, qu'ils ont faict valoir jusqu'icy en leur jeune aage, font bien paroistre ce qu'ils sont et seront un jour, la vraie semblance et imitation de leurs pères, grands-peres, ayeulx,

I . Elle eût été la cause de bien des actions d*éclat faites dans le seul but de la mériter pour femme.

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bisayeulx et leurs antiques prédécesseurs, tant du costé de père que de la mère, si qu'ils se peuvent dire et vanter extraicts, de Pun et de Vautre costé, de deux aussy grandes maisons qu'il y en ayt en France. Aussy en ceste honneste dame est finie le vray chef et la vraye branche de Montbron; car tous ceux ui en portent aujourd'huy le nom en sont 'une autre branche, long-temps séparée de la première et de la grande.

Pour parler de l'ame de ceste illustre dame, qui l'a cognue jugera avoir esté une des accomplies de la France. Elle estoit sage et fort vertueuse, et sur tout très-bonne, aimant fort son peuple, et jamais ne le foula, ains soulagea tousjours. Il le peut bientesmoigner. Elle avoit l'esprit fort bon et subtil, et le jugement sur tout ferme et solide, qui ne se rencontrent pas toujours en un mesme subject. Elle parloit fort bien, et avecques de très-beaux termes et de toutes choses, soit de théologie et d'histoires. Elle escrivoit très-bien et fort elo-

auemment. Plusieurs lettres qui se treuvent 'elle, escrites aux plus grands et grandes, aux moyens et moyennes, communs et communes personnes, en font loy, quelque subject au'elles traictent, soient guerres, affaires, et e toutes sciences, bref, de toutes choses, car elle n'ignoroit rien; et son entretien estoit très-beau, et tousjours plein de beaux discours et parolles.

Elle a faict et composé de très-belles poésies et d'autres belles choses en prose, qui se voyent et se treuvent en son cabinet parray

ses livres, de la lecture desquels elle estoit très-curieuse, et s'y addonnoit ordinairemeAt et jour et nuict. Elle parloit et entendoit bien la langue espaignolle et italienne, et quelque peu le latin.

Sur tous les arts elle aima fort la géométrie et architecture, y estant très-experte et ingénieuse, comme elle a bien faict paroistre en ce superbe édifice et belle maison de Bourdeille, qu'elle fit bastir de. son invention et seule façon, qui est très-admirable. Aussy Salomon dit que la sage et honneste femme, faut qu'elle bastisse sa maison. Tousjours elle a faict bastir et remuer pierres en toutes ses maisons, estant tousjours assidue en quelque bonne action, comme à ses ouvrages, auxquels elle fut fort industrieuse et labourieuse, et surtout en ceux de soye, d'or et d'argent, qu'elle aimoit plus que tous autres. Aussy ae grandeur à grandeur il n'y a que la main.

Elle fut une grande et sage œconome, comme elle a faict paroistre ; car son mary la laissa endebtée de deux cens mille francs, à cause des debtes qu'H avoit faict pour le service du roy. Elle est morte desendebtée quasy du tout ayant laissé à ses enfans de quoy à se desendebter du reste, qui est peu.

Et, bien qu'elle fust si bonne œconome et mesnagere, elle estoit très-liberale; car elle n^estoit jamais à son aise, si-non quand elle donnoit, disoit-elle, et comme on l'a veu trèssplendide ; aussy ne voulant se retrancher de sa grandeur, tenant une grande maison, tousjours sans superfluité pourtant. *

Son raary la laissa vefve à Taage de trente** six.ans venant au trente-sept, très-belle et trèsriche de son costé, et garnie de quatre belles maisons, très-fort honneste et désirée, autant pour ses vertus et beauté, que pour ses richesses, et recherchée de six ou sept grands de la France, auxquels ne voulut jamais entendre, non pas seulement d'ouir parler de ce seul mot de second mariage, tant elle porta de révérence aux cendres de son feu mary, et à ses petits enfans mineurs, lesquels luy doivent une obligation immortelle, et sont tenus à jamais de la regretter et prier Dieu pour elle et pour son ame; autrement ne faut doubter quHl ne les en punisse; car il faut croire que, si elle se fust remariée, ils n'auroient les biens qu'ils ont.

Aussy où se treuve-il dételles dames vefves, si vertueuses et si généreuses que celle-là, qui, pour solemniser la perte du mary, et ne perdre la grandeur de sa maison, mena ceste vie retirée de secondes nopces? Monstrant en cela un grand et généreux cœur, comme certes elle Pavoit tel en son vivant, le monstrant grand et haut parmy les grands, et humble envers les petits.

Un de ces ans, aurant ces guerres dernières il y eut un grand qui est mort', qui la menaça de l'aller assiéger en l'une de ses maisons et y mener le canon. Elle fitresponse qu'elle estoit extraicte en partie de ceste granae et généreuse comtesse de Monfort, qui endura si ver*

I. Le prince de'Condé. Fait déjà rapporté ailleurs. Branthônu, XII!. 4

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tueusement le siège dans Annebon; et, tenant d'elle et de son cœur, qu'elle l'attendroit ensa maison, de mesme vertu et courage.

Tant qu'elle a estée malade, l'espace de sept mois, de la maladie dont elle est morte, son bon courage l'a tousjours entretenue et supportée jusqu'à la fin, bien qu'elle endurast oeaucoup de douleur, ne faisant jamais prière à Dieu qu'il luy donnast santé^ mais seulement de la patience : et n'en pouvant plus, et ses forces venant à faillir, elle rendit l'ame à Dieu de la plus douce mort qu'on vit jamais mourir personne ; car on la tenoît esvanouie, comme le jour advant elle estoit tombée en trois sincoppes; et, tournant les yeux en la teste, aussy beaux et doux que jamais, très* passa si doucement, qu'on ne la vit jamais faire aucune mine affreuse, ny geste effroyable, mais si doux et immooile' qu'on ne luy vit jamais remuer, ny bras ny pieds, ny jambes, ny teste ; si qu on ne la pensoit morte. Mort douce, certes, digne de sa douce vie. En quoy Dieu l'exauça en ses prières; car bien souvent, en sa plus grande santé et ses beaux discours, dont elle n'estoit jamais depourveue elle souhaitoit et prioit tousjours Dieu de luy envoyer une mort très-douce, et nullement hideuse, horrible et affreuse, comme elle en avoit veu mourir plusieurs. Ce qui a esté une grande bénédiction de Dieu, et signe assez «vident que Dieu l'a receue en son sainct •paradis.

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