‹ Œuvres complètes de Pierre de BourdeillesChapitre 2 sur 372 · Aucuns faits · texte numérisé non relu

Aucuns faits

2. Branthôme oublie André de Bourdeille, mais ce n'est pas à dessein, puisqu'il ne donne que trois noms en parlant des quatre enfants.

Opuscules. 7

perfection de nos aages et valeurs. Il faut que nous vous vantions jusques-là; et crois que son ame, qui repose en paradis, s'en est beaucoup et souvent resjouye.

Sur cela je brise, et m'en vais accommancer ce que desirez sçavoir, après vous avoir baisé les mains*, mon vicomte et cher nepveu, et asseuré qu'à jamais je vous suis un humble et obeyssant oncle.

Messire François de Bourdeille, vostre grandpere, fut fils de messire François de Bourtieille, et de Ylaire du Fou en Poictou.

Je ne m'amuseray point à vous racconter l'antiquité de la maison de Bourdeille, ny des hauts faicts et beaux exploicts de guerre qu'ont accomplis nos pères, grands-peres, aieux, bisayeux et ancestres, aux guerres qui se sont faictes, tant à la Terre-Saincte que delà et deçà les monts, soubs nos braves et vaillans roys qui estoient pour lors.

Je ne m'amuseray non plus à vous parler de l'antiquité de la maison du Fou, venue de Bretaigne, et fort agrandie par le roy Louys XI et autres roys qui sont venus après, mesmes du roy François I, qui fit espouser l'heritiere du Fou, niepce de magrand-mere, et lafiUiole et cousine de vostre grand-pere, à messire Antoine Desprez, et le fit mareschal de France,

I . D^oncle à neveu, ces formules d'humilité, d'obéissance, de baisemains, paraîtraient ironiques aujourd'hui, mais alors eUes s'échangeaient comme civilités ordinaires, sans tenir compte de l'âge.

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d'où sont sortis mess'* P. de Montpezat que l'on voit aujourd'liuy.

Je ne m'amuseray doncques à discourir de toutes les antiquités de ces deux nobles maisons de Bourdeille ny du Fou, ny de leurs faicts et gestes, car cela seroit trop long, et n'aurois jamais faict, bien que, quand je Paurois entrepris, j'en penserois venir à bout aussy bien que homme de nostre race'. Venons doncques au poi-.ct.

Messire François de Bourdeille doncques, vostre grand -père, fut fils de ces deux illustres père et mère que je viens de dire. Après qu'il vint à estre grand et en aage, son père le donna page à la reine de France Anne, duchesse de Bretaigne. Et y fut huict ans, et avoit cest honneur d'estre son premier page (ainsy luy parloit tousjours), et de monter sur son mulet de debvant, qui estoit un très-

(jrand honneur et faveur de ce temps là pour es pages des reines et grandes princesses, pour estre en cela* préférés à tous les autres. Et le bonhomme leu M. d'Estrées, grand maistre de l'artillerie, grand homme digne de sa charge que nous avons veu', alloit sur le mulet de derrière, ainsy qu'il me l'a conté souvent, et que bien souvent tous deux ils

!. Et je n^ai finirais pas, bien que je me considère comme parfaitement capable d*en venir à bout.

2. Parce que cela montrait qu'ils étaient préférés. L'équipage en question était une sorte de litière à brancard portée par deux mulets, l'un devant, l'autre derrière ; on s'y plaçait de côté.

z. Des plus dignes que nous ayons vu.

Opuscules. 9

avoient esté fouettés l'un pour l'amour de l'autre *, car vostre grand-pere faisoit tousjours quelques petites natretés*, ainsy que son esprit prompt, vif et gentil l'y conduisoit, et sur-tout quand il faisoit aller le mulet de debvant plus viste qu'il ne falloit. C'estoit lors à la reine à crier : « Bourdeille, Bourdeille, vous serez fouetté, je vous en asseure, et vostre compaignon » ; et tant n'y failloient pas', car l'un se remettoit sur l'autre et disoit

3ue la faute venoit de son compaignon, que le ebvant s'advançoit trop, et qu'il falloit faire suivre l'autre; et l'autre disoit que le derrière advançoit et passoit trop l'autre de debvant. Et pour ce, de compaignie, sans ouyr leurs excuses et raisons, estoient bien fouettés ; mais M. d'Estrées m'a dict que toute la faute venoit de vostre grand-pere qui faisoit tout le mal. Il demeura doncques ainsy page espace de huict ans ; ce qui luy nuisit un peu à sa taille qui estoit très-belle, et la rendit un peu voustée*, quand il vint sur l'aage . Et luy-mesme le contessoit et s'en plaignoit, et que son père l'avoit voulu oster de là s'il eust pu trouver quelque honneste excuse, ou qu'il eust osé .

Mais il apprit aussy que la reine l'aimoit bien

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