I . Confier et dire mes volontés
Opuscules. 8i
dre en sa beauté, avecques le parc et le jardin, et les preclautures, que le tout m'est venu en despense de grand argent, comme un chascun peut juger, veu la grandeur et superbité dudict chasteau ; et, pour ce, ladicte recompense se pourra prendre desdicts seize mille escus francs sur aucunes rentes et mestairies qui en sont despendantes, que Ton pourra vendre et engager selon qu'elles sont appréciées ; n'y comprenant en cela madame de Durtal, ma niepce, à cause de la jouyssance qu'elle aura durant sa vie, si ne se remarie, que pour n'avoir aussy d'enfans, ny en aage ny estât d'avoir : et, par ainsy, je veux que mes autres nepveux et niepces, héritiers et héritières, qui ont des enfans, s'en ressentent : cela s'entend de ceux et celles qui m'auront aimé et faict cas de moy, ny faict de frasques, de mauvais offices; autrement, rieiî pour eux, ny elles, ny leurs enfans!
J'avois aussy oublié à dire que le grand pont de Branthome, dont Ton va au jardin, et le champ où sont plantés les ormeaux et le jardin, je prétends qu'ils sont à moi et en ma totale disposition, parce qu'ils furent acquits de messire Pierre de Mareuil, M. l'evesque de Lavau * et abbé de Branthome. Et en acheta le champ des bonnes gens qui avoientlà leurs chanvres, qui luy cousterent bon; mais, pour sa faveur, il fallut qu'ils lui laissent avecques bon argent ; avecques aussy le petit pré auprès de la rivière, que j'ay mis maintenant en
I . Pierre de Mareuil, qui fut évèque de Lavaur et abbé. .. Branthome XIII, 6
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un cherebaud '. M. d'Auzances, mon bon cousin, qui courut ladicte abbaye pour moy après la mort dudict M. de Lavau son oncle, comme son héritier, en prétendit lesdicts pont, jardin et autres susdicts champs, estre acquêts faicts dudict son oncle, et, pour ce, le tout appartenir à luy. Et Teust très-bien contesté contre quelque autre qui eust eu Tabbaye que moy :
mais, pour la parenté et bonne amitié au'il me portoit, il acquiesça et m'en fit don liorement du tout sans jamais plus en parler. Et, pour ce, je m*en appropriay et jouys tousjours comme de mon propre, et véritablement à moy très-bien donné, et non comme appartenant à l'abbaye. Mesmes, après la mort dudict M. d'Auzances, mon bon cousin, madame de Sansac, sa sœur et son héritière, m'en voulut inquietter et demander le tout, pourtant par forme de ris, car elle m'aimoit; me disant que si c'estoit un autre que moy, qu'elle debattroit le tout par bon procès, et m'en priveroit. Mais je luy rompis le coup, tout en riant aussy, et fus quitte de luy donner un diamant de cent escus que j'avois au doigt. Par ainsy nous demeurasmes bons cousins et amys, et le plus souvent m'adpelloit mon cousin monsieur du Pont, ou monsieur du Verger, Et voylà pourquoy je veux et entends que cedict grand pont, la place des ormeaux, le beau grand jardin et le pré qui en despend en dehors, se partagent entre mes héritiers et héritières, ainsy qu'ils verront, et en fassent
ï. Pré que j*ai mis en chenevière {cherebau, oc).
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leur profit. Car tel abbé qui viendra après ma mort sera bien aise d'acheter le tout, et beaucoup pour une si belle commodité. Mesmes que je fus une fois et long temps en dessein d'y faire bastir un chasteau en forme de citadelle, par despit, pour commander aux environs et chemins ; et avois là desjà faict le marché d'un champ là auprès, qui appartenoit à Rasteau, à cause de 6a femme : mais la despense qu'il m'a fallu faire aux guerres, à la cour et aux voyages, me retrancha ceste despense, qui fut estée grande et belle chose à veoir. Et par ainsy mesdicts héritiers et héritières se pourront prévaloir de mesmes, et y poursuivre ce mesme dessein s'ils veulent ; et n'est à mespriser d'y bastir au lieu où il y a eu autresfois un chasteau, dont les ruines qui paroissent pourroient servir ; car c'est un beau bien, et qui mérite bien une jolie maison.