ACTE III, SCÈNE VIII. 43î
LA CITOTElIlft DliRIGOURT.
Je me la rends depuis* le jour où je me suis mtii* qjoé. J'ai passé dix-huit ans dans les regrets et 'dans les lannes ; aujourd'hui même encore vous en avez été teiDOUi.
OÉHICOURT.
Regrets inutiles : il est des dioses que l^homme délicat ne saurait oublier.
LA CITOTEirNB DiRICOVRT.
Je ne demande pas l'oubli d'une coupable erreur : on ne doit rien attendre de ceux dont on a perdu l'estime. Mais ne me déshonorez pas par un éclat scandaleux ; n'étendez pas sur ma vie entière une tâche que j'ai peut-^tre efiacée; ne me chasses pas enfin de voire maison. J'y vivrai seule, retirée; je m'interdirai les plaisirs les plus simples; j'éviterai votre présence; je ne verrai que ma fille, quand vous voudrez me le permettre, et si vous daignez me Ja confier encore.
DiRICOURT.
Non, madame; nous ne pouvons désormais habiter ensemble. Notre séparation se fera sans bruit : uu éclat me déshonorerait autant que vous; mais il fiiut nous séparer {^la citoyenne Déricourt et Adèle se jettent a ses genoux y les bras étendus vers lui ) , et je penserai dans un moment de calme aux moyens qu'il conviendra d'employer.
A D iï L E , m pfeor».
Pardonnez-lui , pardonnez-lui , mon père!
DÉHICOURT, «M femme.
Vous ^tes cl mes genoux : votre intérêt seul vous
434 L'ORPHEUN.
occupe. Voyez l'état cruel oîi vous réduisez vos enfants ; comptez les pleurs qu'ils vont verser ; calculez les ravages d'une passion désespérée dans deux cœurs qu'elle a totalement subjugués; songez à l'avenir affreux qui les attend. Que ce tableau soit toujours présent à votre pensée, et qu'il soit votre étemel supplice. ( La citoyenne Déricouri se traîne sur ses genoux et embrasse ceux de son mari. ) Laissez-moi, laissez-moi. O femmes! femmes! si vous réflédiissiez combien le vice est bas , avant de vous y livrer!
( Adèle et aa mète ae relevait.] ADÈLE.
Ne pensez plus à nous, mon père. Nous ooos vaincrons , je l'espère.... je crois pouvoir vous le piomettre... Je m'accoutumerai, par degrés, à ne voir dans Julien {avec un soupir) que mon frère.
DERI COURT, avec on mooTemedt dlioRcor.
Ton frère!.... toa frère!... {Il regarde Julien et voit son désespoir.) Rassure-toi, Julien; je suis sé-^ vère , mais juste. Ce n'est pas à toi qu'on peut v^' procber ta naissance ; je ne te punirai pas des fiiut^ de ta mère.
JULIEN
Vous m'accordez encore de la pitié! Ah! je puidonc aussi vous supplier pour cette mère infortunée!
(U tombe à aet genoux. )
JUUEN , LA CITOYENNE D^RICOURT ET ADÈLE, tonbant
aux genoux de Dérlcoart.
Grâce! pardon! pardon!