‹ Œuvres complètes de Pigault Lebrun (volume 2)Chapitre 314 sur 417 · SCÈNE I. /l/iç · texte numérisé non relu

SCÈNE I. /l/iç

Savez-vous que vous m'embamissez? votre esprit prend toutes les formes, et avec une promptitude à laquelle je n'ai pas le temps de me préparer.

KHriLIE.

Donnez donc au citoyen le temps de prendre ses avantages.

DIIRV\L.

Vous êtes sans pitié; vous abusez des vôtres.

EMILIE

Revenons et généralisons nos idées. Si les femmes les plus intéressantes, par leurs qualités physiques et morales , sont tous les jours trompées , que dois-je attendre, moi qui m'apprécie à ma juste valeur, et qui ai assez de l)on sens pour ne pas me mettre audessus de ce qui vaut mieux que moi?

DURVAL.

Les femmes qui vous ressemblent, car je ne dirai mot de celles qui valent mieux que vous, les femmes qui vous ressemblent sont heureuses lorsqu'elles veulent l'être.

KMTLIK.

Et c'est leur faute lorsqu'elles ne le sont pas ?

n IT R V A L.

Mais je le crois.

ÉMILIK.

C'est oîi je vous attendais, et oii je vous arrête.

Je n'irafi pas bien loin pour vous trouver un triste

exemple qui ne vous laissera rien à répliquer. Quelle

femme est plus belle que ma mère? Quelle femme

45o LE DIVORCE.

joint autant de grâces à tant de modestie? Quelle femme sait mieux qu'elle allier la gaîlé décente à rextreme sensibilité; opposer enfin toutes les vertus de son sexe à tous les vices du votre, et quelle femme fiit aussi constamment malheureuse?

DURVAL.

Je dois vous ménager dans une mère respectable, et je m'interdis toute espèce de réflexions. Je pouitiis cependant....

EMILIE, Tivemait.

Justifier mon père? ah ! tant mieux : je Paime tant! Il ne manque à mon cœur que de Festimer da* vantage.

Les torts les plus légers sont en eflfet des butes graves lorsqu'ils affligent une femme comme totrp mère ; mais ne croyez-vous pas que le ressentiment caché qu'inspirent ces mêmes torts , fait succéder la froideur à l'amabilité ? Ne croyez-vous pas que le dépit, la jalousie même exagèrent des erreurs qui ne sont souvent que I écart de l'esprit, et que le cœor ne se livre enfin à ces passions que lorsque l'objet qui l'avait rempli le rend à lui-même, en s'éloignant insensiblement? Nous jugeons toujours les autres relativement à notre intérêt , et nos idées sont nécessairement celles des individus dont les goûts, les besoins, la situation ont des rapports si variés , et pourtant si directs avec les nôtres. Voilà ce qui vous attendrit sur le sort d'une mère, qui est à plaindre sans doute; mais dont les maux ne sont pas sans remède, et qui

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