SCENE VIII
Oh ! non certainement ; mais tu te dois à ta mère ; tu la dissipes , et tu ne la livreras pas à elle-même.
EMILIE
Nous lui laisserons Durval.
THÉVEIflir , vÎTtineiit.
Non pas, non. ( Se reprenant. ) Il est triste , rêveur ; ils s'ennuieraient mutuellement.
EMILIE
Au contraire ^ il est d'une gaîté folle, surtout auprès de ma mère.
THÊVENIlf.
D'ailleurs, Durval soupe avec moi.
iMILIE.
Oh ! ma mère ne te pardonnera pas cela : Durval loi est devenu nécessaire.
THEVENIN, à part.
Tespère au moins que ma fille n'est pas dans leur
EMILIE
Autrefois, c'étaient des plaintes, des soupirs, des larmes même... : tu sais bien ce que je veux dire.
THÉVENIN
Oui, je devine à peu près.
EMILIE
Hé bien , mon ami , Durval a dissipé insensiblement tous ces nuages; ma mère a repris sa santé, son enjouement , son goût pour la parure, son penchant pour le plaisir. Oh! Durval est vraiment un homme étonnant , et tu lui as de grandes obligations.
THJÉVENIN, contraint.
Oui, certainement.
EMILIE
Je lui dois beaucoup aussi : il est parvenu à me rendre un peu de liberté. Il n'y a pas long-temps encore que je craignais de m'absenter un moment; il semblait qu'il manquât quelque chose à ma mère c|uand. je n étais pas avec elle. Maintenant elle m'engage à me dissiper; elle veut que je prenne l'air; que je me promène; que je fréquente les. spectacles.
THÉVENIW.
Avec elle?
EMILIE
Non; avec des femmes qu'elle voyait autrefois et que je Vois à mon tour.
THÉVENIN, à part.
Ma fille les gêne , c'est clair.
EMILIE
Et c'est Durval qui a opéré ces heureux changeinens : c'est une belle chose que l'amitié !
THÉVENIN
Surtout Famitié de monsieur Durval.
EMILIE
Oh! ce n'est pas du tout un ami ordinaire.
THÉVEWIN.
Je le crois.
EMILIE
Il y a cependant d(»s momens où je lui en veux un peu.