SCENE XIII. ii
Tu m'as manqué , Dupont.
DUPONT
Vous m'en voyez confus.
Va , je t'ai pardonné , je ne m'en souviens plus. Mais , dis-moi , mon ami , d'où nait la défiance Qui t'a fait si long-temps observer le silence ? As-tu craint d'éprouver quelques momens d'humeur ? Je suis né violent ; mais tu connais mon cœur. Si j'avais pu prévoir ton état , ta misère , Je t'aurais prévenu.
DUPONT
Vous oubliez , mon père , Des torts multipliés ! Le plus cruel de tous , C'est de vous avoir craint , d'avoir douté de vous. Mais quand on commença d'accabler ma compagne , Quand je voulus parler, vous étiez en campagne , Et revenu d'hier....
DUPRÉ
Quoique je fusse absent ^ Tu devais éviter un éclat indécent ; Eloigner de chez toi ce créancier avare ; Te servir de ta caisse , et payant ce barbare , Finir, en m'attendant , ce malheureux procès.
DUPONT
Ma caisse est un dépôt, je dois mourir auprès. >
DU PRÉ, à part.
Et voilà les mortels que l'orgueil humilie ! On cherche leurs défauts , et le reste on l'oublie. Cet homme me ferait croire à la probité.
ii6 LE PESSIMISTE.
valcourt; Dupont doit triompher de Tincrédulité.
Cœur vertueux et droit, bon père, époux fidèle. Je ne rougirai pas d'en faire mon modèle.
DUPRIÉ.
Ah ! je vous vois venir : vous allez m'excéder. Croyez-vous que des mots puissent me décider ? Si j'ai tout oublié , si je viens à son aide , C'est qu'il est marié : c'est un mal sans remède.
AMELIE»
Il ne s'en repent pas.
DUPRÉ
Eh ! vous n'en savez rien.
AMELIE.
Lui-même, il me l'a dit.
Mais , il vous convient bien De publier ainsi vos désirs , votre flamme. Les femmes d'autrefois renfermaient dans leur ame Leurs sentimens secrets. On les voyait, morbleu ! Faire , pendant trente ans , désirer un aveu. Les temps sont bien changés, et...
AMELIE.
Qlie voulez-vous dire?
DUPRÉ
Qu'à chaque instant du jour dans vos yeux il peut lire.
AMÉLIE
Je ne crois pas , monsieur , mériter la leçon. On peut vous proposer l'exemple de Dupont, Qui prouve que l'hymen n'est pas toujours à craindre