SCENE XIII. J
Tout est dit. Je suis loin de vouloir vous contraindre A cimenter des nœuds que vous désapproruvez : 11 n'en sera , monsieur , que ce que vous voudrez. Je peux vous immoler mon amour, ma jeunesse. Je dois ce sacrifice aux soins , à la tendresse Dont vous m'avez comblée , et je veux désormais Oublier moh amant , et n en parler jamais.
DUPRIÉ.
Vous ai-je demandé ce cruel sacrifice ?
AMELIE.
J y suis déterminée ; il faut qu'il s'accomplisse.
Vous me poussez à bout. Quel esprit singulier !
Est-ce pour le plaisir de vous contrarier
Que j éloigne le jour de votre mariage ?
Dans tout ce que je fais, je veux votre avantage ;
Votre bien seul m'occupe, et je ne fais de vœux
Que pour votre bonheur.
VALCOURT
Mais Dupont est heureux, D u p R ]è.
Vous me citez Dupont, un homme presqu'unique»
VALCOURT
IjC bonheur n'est donc pas un être^ chimérique , Et pourquoi, plus que lui, serais-je malheureux?
I>UPRÉ.
Pourquoi 3v... pourquoi?....
( A Dupont et à sa femmo. v
Répondez-moi tous deux.
Depuis combien de temps êtes- vous en ménage ?^
n 8 LE PESSIMISTE.
MADAME DUPONT
Depuis près de sept ans. Jamais aucun nuage N'a troublé de nos jours le cours pur et serein. Quand nous manquions de tout, Fespoir du lendemain Adoucissait nos maux. Notre seule tendresse Nous fait depuis long-temps supporter la détresse. Les cœurs vraiment épris sont toujours courageux.
DUPRÉ
Vous avez bien souffert ? '
MADAME DUPGIVT.
Oui , mais nous étions deux.
V ALCOURT.
De l'amour fortuné voilà bien le langage. Nous nous aimons comme eux.
DUPRÉ
L'exemple m'encourage; Mais je crains
M. ET MADAME DUPONT
Rendez-vous, couronnez leur amour.
DUPRÉ
Et leurs cœurs détrompés m'accuseront un jour D'avoir donné les mains
VALCOURT
Notre tendresse est pure.
£st-ceausein du bonheur, monsieur, que l'on murmure?
DUPRIÊ.
Malgré moi je me rends , et je sens que j'ai tort; Mais, pour vous résister, je fais un vain effort. Allons, mariez- vous, faites-^en la folie, Et puisse votre ardeur n'être point affaiblie