‹ Œuvres complètes de Pigault Lebrun (volume 3)Chapitre 12 sur 340 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

ROSKIDE. '

Que me proposes-tu?

YALÈRE.

Eh ! qui peut t'arrêter ?

ROSéiDE.

Mon ami ! la vertu.

Je l'avoue à regret , Roséîde étonnée Dès le premier moment à toi s'était donnée. A peine je t'ai vu, c[u'un sentiment vainqueur A séduit, à la fois ma raison et mon cœur , £t ce déguisement , enfant de l'imposture , A pu tromper mes yeux , et non pas la nature. Oui , je sentais régner en mon sein agité Tous les feux de l'amour et de la volupté. Mon âge , me^ malheurs, ton adresse perfide , Tout livrait à tes feux la triste Roséide.... Je devais ces aveux à votre ardent amour : C'en est fait , le devoir va parler à son tour. Scoutez-moi, monsieur.

▼ ALÈIIE.

Je ne veux rien entendre^

ROSéiDE.

Eooutez^moi, vous dis-je.

VALÈRE

Écoutez un eœur tendre..

Cédez à son penchant , et rendez-lui ses droits. C'est à l'amour heureux à nous donner des lois. Apprenez à juger un honneur fantastique ; Méprisez sans retour un accord politique Que l'erreur établit , que l'intérêt soutient ,

Que Torgueil des époux par la force maintient. D'un serment indiscret votre cœur vous dégage. L'hymen est pour le sot , et l'amour pour le sage.v

ROSÉIDE.

Arrêtez. Ce tableau, par le vice enfanté.

Ne peut en imposer à ma simplicité.

Je ne combattrai pas votre effrayant système ;

J'en appelle à mon cœur.... j'en appelle au tien même.

J'ai disposé de moi , je l'ai fait librement.

L'amour ne saurait rompre un tel engagement.

Je suis aveuglément une loi révérée ;

Et si c'est une erreur , cette erreur est sacrée.

Respectez-la.

Flatter un fantôme imposteur!

Non , vous m'avez donné des droits sur votre cœur. En vain le préjugé les méconnaît, madame.

ROSEIDE.

Il faut y renoncer.

VALÈRE

Mon amour les réclame.

ROSJÉIDE.

Quand l'amour est coupable, il faut le surmonter.

VALÈRE

Vous-même à mon malheur voulez-vous ajouter ? Heureux de vous servir , plus heureux de vous plaire , Je cachais mon amour dans l'ombre du mystère. Un fol espoir m'égare , et vous m'enhardissez ! Ma faute est votre ouvrage , et vous m'en punissez !

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