‹ Œuvres complètes de Pigault Lebrun (volume 3)Chapitre 261 sur 340 · MADAME DE EO RF A3VV I L £ E · texte numérisé non relu

MADAME DE EO RF A3VV I L £ E

Oui, mademoiselle a ses raisons pour habiter Marseille, ou mon château. Monsieur de Forfanville peut vous donner des lumières à cet égard.

KERSALEC.

Une inclination ? Tant mieux. Je serai charmé que vous trouviez ici ce que nous allions chercher là-bas; m^is cette affaire ne me regarde pas. Je ne connais encore ni vos relations , ni votre caractère : c'est à Forfanville à décider....

MADAME DE FORFANVILLE.

Il a déjà donné son avis.

KERSALEC.

Le parti est convenable , sans doute , puisqu'il se tait. Pressons la conclusion. Je raisonne en spéculateur, et je dis qu'on ne peut terminer trop tôt un marché avantageux.

MADEMOISELLE DE K ERS ALE C , à part.

Oh ! il est charmant ! il est charinant !

KERSALEC.

A propos, madame, vous me demandiez tout à I heure par quel hasard je suis devenu marchand. Parvenu à l'âge de réfléchir, et réduit à mes appointemens, j'ai -senti la nécefssité de valoir quelque chose. J a» appris mon métier , que je faisais par routine , t'omme beaucoup de mes camarades, et je mo suis

:i58 LE MARCHAND' PROVENÇAL, mis en état de commander une frégate que l'on m'a confiée. QuelqiM^ actions heureuses m'ont fait distinguer, et la paix s'est &)te quand on pensait à m'avaDcer. J'avais quelque droit aux grâces de la cour; mats j'ai mieux dimé les avoir méritées , que les avoir obtenues, et devoir mon aisance à ma seule industrie. Il est dur, pour un homme qui pense, d'être à charge n l'état, et, avec du courage et de la constance, il est rare qu'on ne surmonte pas l'adversité. J'ai pris le parti du commerce, et j'ai réussi dans mes entreprises ; mais je n'attends pas avec moins d'impatience le moment d'être utile à ma patrie; je n'en suis pas moins disposé à lui offrir mon sang , et te jour où il coulera pour elle sera le plus beau de ma vie.

MADEMOISELLE DE KERSALEC.

Ah! mon oncle, mon digne oncle!

FORFA NVIILE.

Ma foi, monsieur, je n'aurais pascru....

KF.RSALKC.

Vous paraissez étonnés de me trouver le sens comitmn. Autrefois, mon cher ForfanvUle, nous déraisonnions ensemb!.: , et nous n'estimions que la noi}lesse et notre épée ; mais , mon cher , en passant et repassant la ligne, je me suis défait de ces idées gotliiques, et maintenant je ne connais, moi, que deux ordr*^ dans l'état, les honnête.'^ gens et les fripwns.

MADAME DE FO RE AN V ILLE , bas , à iod nuri.

Dans lequel des deux ordres vous rangez -voui, monsieur ?

36o LE MARCHAND PROVENÇAL.

précieux quand on aime. Dites- moi , Forfàuville, quel homme est le prétendu ?

FORFAKVILLE,

Madame

3TADAHE DE EORFAKVIL].£.

Parlez , monsieur , nommez le vainqueur fortuné. 11 serait injuste de vous ôter cette satisÊiction , après l'intérêt que vous avez pris à cette affaire.

KEBSALEC.

Hé bien , mon ami ?

EORtAHVlLLE,

C'est un petit marchand....

KERSALEC.

Avec de l'intelligence , de l'activité , le crédit que je lui procurerai , il étendra son commerce , et si d'ailleurs il convient à ma nîèce>....

, FORFAKVILLE.

Vous ne m'entendez pas : celui-ci^st riche , à ce qu'il dit, et

KERSALEC.

Ah! je vous demande pardon , mon ami : j'ai été trompé par une expression féodale. Défaites-vous, ■non cher Forfanville , de ces ridicules qui ne tiennent pas contre une lueur de-raison. Un homme d'honneur n'est jamais petit, dans quelqu'état que le sort fait placé.

FOBFAS VILLE.

C'est fort bien; mais cet. homme manque de respect à certaines personnes.,..

;i62 LE MARCHAND PROVENÇAL.

KEHSA1,EC. >

* - Monsieur de Forfanville , vous avez jugé bien légèrement un des plus respectables négocians de France, Son commerce est considérable , son crédit sans bornes, et sa probité intacte. Je- vous fais mon compliment, ma nièce.

FOIIFAïfVir.LE.

Mais, c'est que ce Fabrice

MADAME DE FO RF A NVI LLE , bas.

Paix, monsieur.

KEKSALEC.

Ce Fabrice est un homme auquel je souhaiterais que tout le monde ressemblât', mon ami. Mais comment le connaissez-vous?

MADEMOISELLE D F. KERSALEC,

De l'argent que mon père a prêté au sien est le principe de sa fortune. Il a su mon état, et sans ini' connaître il est venu, guidé par la seule reconnaissance, m'oflfrir sa main et ce qu'il possède.

KERS4LKC.

Il joint une belle ame aux qualités que je lui tnniiaissais déjà? Aii! Forfanville! Forfanville! Est-il icii"

MADEMOISELLE DE KERSALEC.

( )ni , inon oncle.

KERSALEC.

Va me le chercher, mon enfant; que je le voie, que if l'embrasse.

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