ACTE I, SCÈNE lY
GA.ROLINE.
Mais si les promesses de vos |)arens , si leurs menaces vous ébranlaient.... mon ami , pense à ta Cécile , pense à cet enfant malheureux , qui ne t'a pas demandé l'existence , et à qui tu dois un père. Pour moi •
Toi? tu m'es plus chère que la fortune, que les distinctions que je t'ai sacrifiées.
GAROLIIfE.
Ah ! laissons nos sacrifices. Je t'ai immolé mon repos; il faudra t'immoler peut*étre! ma réputation et ma vie. Nous ne nous devons rien.
CHARLES
Nous ne nous devons rien! C'est moi qui te dois tout. Je n'ai perdu que des préjugés; , et c'est par toi que je suis époux ^ que je suis père* Ma Caroline, douterais-tu de ma pi^bité?
BiiZILE, àCàroUtte.
J'ypus rdisions ben.. .
G A R G L I NJB t ComÊoé pu inspiration.
Charles, opposons la force à la fcKtoe. Un ami, un protecteur nous ouvre ses bvas. Le comte de Préval
CH A ri.es.
. L0 comte de Préval L.
GAROLINE.
T'estime , t'aime.
Cela ne se peut pas : c'est un homme ^ans mœurs.
3<ji CHARLES ET CAROLINE.
CAROLINE, «ffrayie.
Un homme sans mœurs !
CHAULES.
Oui , un homme sans mœurs.
CABOLIHE, avec lunidilB-
On dit qu'il a de la fortune. •
CH ARL ES.
II en abuse.
CAROLIHE.
Du crédit.
CHARLES
A la faveur duquel il se déshonore. " *
B AZ ILE
Ah! mon dieu !
CAItOLINE.
Il t'offre l'un et l'autre.
CHARLES, avec an monyemenl dejjlaïuie.
Caroline, te connaît-il? t''a-t-il vue?
CAROLINE, avec donceur.
Non, mon ami ; mais il t'a envoyé un laquais....
CHARLES
Ce n'est pas à moi que s'adressait le message.
C't'homme parait pourtant de bonne foi.
CHARLES
La maison du comte est une école de dissimulation et de libertinage.
CAROLINE
Ah! mon ami, que ra'apprends-tu?
CHAIU£S ET CAROLINE.
Voilà de l'argent, Carotine; voilà le seul que tu pauses prendre. Il ne coûte rien à ma délicatesse; il est le fruit de mon travail. Laisse cet or, son aspect me fait mal. Le pain qu'il te procurerait serait un pain de douleur, de honte et de remords. r>onnez' moi cette bourse, Bazile.
Vlà de be«uK raisonnemens . faut en convenir.
CHARLES
Va, Caroline, va préparer un repas frugal, et n'oublie jamais que la pauvreté peut être respectable, jfuand le courage sait l'ennoblir.
C AROLINT.
Bazile était présent. Cliarles, fu me pardonnes?
Sa bonhomie, ta confiance, ne sont pas des crimes.
Va , mon amie , l'innocenne n'a pas besoin de pardon.
{ lia l'iimbrttjiienl ; Caralini sort. BmUï et Charles entrent dans le cabioM aiec l'cnfuDt. )
FIK DU PRFHIEB
eu A R LES.
Quoi, tu veux t'exposer....
BAZILE
Pourquoi pas? Est-ce que tu penses que je ne dirons ses vérités à un grand seigneur, tout comme à un autre, donc?
CHAHI.ES.
Brave garçon !
BAZILE
Ah ça, mais écoute donc , toi : es-tu bien sûr qu'il a ces desseins-là? car
CHARI.ES.
Et si je n'en étais certain, refuseraîs-je les avantagea qui me sont ofTerts?
BAZILE
C'est-à-dire que ce comte est un mal-honnête homme ?
CH ARLES
Oui, un malhonnête homme, c'est le mot,
BAZTLE.
Hé ben, laisse -nous faire. Si c'oomte ou si c' valet avec sa langue dorée , rentre ici , je les arrangerons-
CHARLES, rjnal.
Bazile?
BAZI LE. ' ■
Queuqu'c'est ,
CHARLES. '
Est-ce la première fois que ce valet parle à ma femme ?
3ij8 CHAÇLES ET CABOUME.
CHARLES
Veille avec moi sur ma Caroline. Ta es &cite ; ma» droit. Te voilà instruit. Si la jeunesse, si l'inexpérience de ma pauvre femme tournaient conti^ elle et contre moi..,.
BA2ILE
Queu que tout ça signifie? Quoi! parce que c'te femme est pauvre, a' n'sera pas honnête? ^sommes donc un fripon, parc« que j'n'avons que nos bras? C'te femme qu'a tout quitté pour aller partoat où t'a voulu la mener; qu'a tout souffert sans se plaindre; qu'aime tant son enfant ; qui n'voit que toi , qui n'pense qu'à toi, c'te femme va oublier tout ça parce qu'un laquais habillé de rouge vient de l'i parler? N'es-tu pas honteux, dis, d'penser ça d'elle? Queu que tu dirais si elle avait peur qu'tu t'retournisses du côté de ton père, et qu'tu la plantasses là, elle et sa Cécile ? Trouverais-tu ça à sa place?
CHABLES
Si elle doutait de mon cœur, si elle en soupçonnait un moment la pureté et la droiture....
BAZILE
Ehben, pourquoi n'venx-tu pas qu'elle soit aussi forte qu'toi? Pourquoi ne ferait-elle pas son devoir, comme tu fais Ptien ? N'wiis-tu pas ben que la pauvreté, avec toi, l'i est pus doace qu'la richesse avw un autre? Elle est jeune; raison de plus pour ht plaindra et l'aimer. Elle n'a pas d'expérience ; veille pour elle, vois par tes yeux, et ne t'en rapporte pas à un ami à qui tu n'te fierais peut-être pas. Ton travail
388 CHAULES ET CAROLINE.
BAZILE
Ah, VOUS en revenez toujours là! Ce comte de Verneuil, est-ce un tigre, «si-ce un diable? C'est un homme , c'est un père.
CAROLINE
Il est furieux.
Il s'apaisera.
CABOLIHE.
Je n'ose l'espérer,
B A ZILE.
Et vous avez tort. D'ailleurs , il est loin , et quand i' serait ici, vous avez épousé son (ils sans son consentement : c'est eune faute, c'est pas un crime. NV t-i' pas été jeune , vot' beau-père ? N'a-t-i' pas fait des frasques aussi ? les a-t-il oubliées ? Et pis , n'Stesvous pas sage , n'êtes-vous pas jolie ? Tout ça ne vauly pas ben queuques écus? Laissons faire le temps; c'est un grand maître , il arrange tout. J'entenrfs Charles. Écoutez comme i' monte l's'escaliers en courant. Ah! vous riez, Caroline. Le fils va faire oublier rpère.