VERNEUIL
Mon frère, je n'ai le droit ni de vous condamner, ni de vous absoudre. Je me garderai bien de prononcer entre mon père et vous. Je ne viens pas forcer vos sentimens; je n'ai pas même l'intenlion de les combattre; mais je vous aime, parce que vous êtes mon frère; je vous plains, parce que vous êtes malheureux, et des conseils, dictés par l'amour fraternel , ne peuvent vous être désagréables. CHABLES.
Malheureux? oui, je le suis, si le bonheur résiàe dans les jouitôances d'un luxe insolent, et dans ses superfluités.; mais si la vraie félicité tient à la paix de l'ame; si les charmes d'un amour mutuel; si les vertus et la beauté d'une épouse ; si les sensations
4oa CHARLES ET CAROLmE.
cliéris, qui ne doivent leur existence qu'à ma tendre sollicitude, ce pain me paraît délicieux. Reste avec nous, Verneud. Tu ne mangeras pas, peut-être; mais tn verras le tableau du bouUeur.
VERKEUII..
Ah! mon ami, pourquoi mon père ne t'entend-il pas déployer cette éloquence persuasive qui me laissi' sans force contre toi? C'est un bon père; mais il tient à ses opinions; il a pour lui les lois, et il invoque leur secours.
CHARLES
J'invoquerai, moi, la nature et les hommes cpii la connaissent.
VERWElf IL.
Les hommes sensibles te plaindront, et voilà toul Des juges intègres prononceront la disscduliou d'un nœud....
CHARLES
lis oseraient le faii~e!
VEHWEUIL.
Ils ne peuvent s'en dispenser,
CHARLES
M'en! pécheront- il s de respecter mes sermens! Fermeront-ils mon cœur au cri de ma conscience, qui me répétera sans cesse : Sois honnête homme, et remplis tes engagemeos?
VERHEUIL.
Tn as déjà encouru la haine de ton père.
CHAULKS.
Elle est injuste, et c'est assez pour moi.
ilo4 CHARLES ET CAROLINE.
CHARLES
Mon devoir. Il est au-dessus de vos usages, de von pi-éjugés et de vos lois. Oublions un moment mon amour, mon bonheur, et tout ce qui m'environne; ne consultons que l'honneur, il doit être sacré pour toi. Caroline, encore enfant, n'ayant que des vertus, et ne soupçonnant pas qu'il existât des vices, Caroline me plut, je le lui dis, et son cœur fut le prix du mien. Je l'enlevai à sa patrie; je lui fis faire une drmarche dont elle ignorait les conséquences. L'innocence est sans armes, aussi n'éprouvai-je point de résistance; mais je jurai parle ciel, et par cet honneur qu'on veut que j'oublie, d'être à jamais son amant, son époux, son protecteur. Si je suis tout pour elle, si elle n'a que moi, dans l'univers entier, qui sente et qui adoucisse ses peines, dois-je lâchement les aggraver; déchirer un cœur où mon image est gravée en traits de feu; vouer à l'infamie celle qui s'est fiée à ma foi; payer l'amour par un parjure, la confiance par une perfidie, et mon retour à la fortune par le comble de la scélératesse? Réponds. Si tu étais mon juge , oserais-tu prononcer contre moi ? V E R w t u I L.
Ah! mon ami, tu me soumets, tu me subjugues, et, malheureusement, je ne puis rien pour toi.
CHARLES, apercevant Caroline.
Lavoilà, celle qu'on veut que je trahisse.r.Regarde. et juge-moi,
4u(> CHARLES ET CAROLINE,
je suis honnête. Telle que j'étais, Charles ne m'a pas dédaignée, et, après plusieurs années, il s'applaudît de son choix. Pourquoi son père proscrirait-il sa compagne? Charles, en m'élevant jusqu'à lui, est encore ce qu'il fut autrefois. J'ai un enfant, monsieur, et Charles est son père. C'est pour cet enfant malheureux qiie j'ose élever la voix. L'habitude du malheur me rmdrait peut-être ma situation supportable ; mais mon enfant.... ma Cécile....
CHARLES
Tu l'entends, Verneuil, Voilà ma femme, voilà la sœur. Si vraiment je te suis clier encore, peux-tu lui refuser ta protection et ton amitié?
VEHHEE IL.
La compagne que tu as choisie doit être digne de toi, et je ne balance pas à me déclarer son frère et son ami.
CAROLI NE
Oui, je suis digne de lui, si l'amour tient lieu de tout. Si mon dévouement pour des parens qui me persécutent sans me connaître encore; si la faiblesse de l'innocence sont des titres qui puissent balancer des opinions, oui, monsieur, j'ose le croire, j'ai quelques droits à votre estime et à votre amitié. Que dis-je? vous daignez me les offrir, et pourriez-vous me les refuser ? Vous êtes le frère de Charles , le même sang circule dans vos veines, les mêmes principes doivent vous animer.
VEBNEOIL.
Les sentimens que vous inspirez, madame, ne pcr-