ACTE V, SCÈNE VIL
LE COMTE , à part.
Dieu!
VERNEUIjf fils.
On vient de commettre un crime sous Votre nom , lui dis -je, et j'ose voijs en demander justice. Un scélérat, qui a surpris votre confiance, en fait l'instrument de ses passions. Mon frère a mérité une épouse vertueuse et belle. Préval a voulu la lui ravir. Ha noble résistance de cette femme , au lieu de le rendre à lui-même, l'a porté aux derniers excès. U a conçu l'horrible dessein de faire enlever l'époux , pour subjuguer l'épouse sans défense et sans ressource. Mon père a consenti à ce projet, dont il ne prévoyait pas les suites; mon père, bon et aimant, s'est rendu aux malignes insinuations d'un homme qu'il connais* sait mal; mais, monseigneur, quand vous lui confiez des blancs , devez-vous en ignorer l'emploi ? Doit-on en faire un moyen de séduction et de tyrannie? Pouvez-vous tolérer de tels abus? Au moment où je vous parle, mon frère est peut-être accablé sous le poids de ses fers. Bon citoyen, bon fils , bon mari, bon pèr<e, il a des droits sacrés à votre estime , et vous le rendrez à ma tendresse. Mon père, mieux instruit, joindrait ses prières aux miennes ; et si vous avez une grande place, monseigneur, ce n'est pas pour fouler le peuple, c'est pour le soulager; s^ vous êtes revêtu d'une autorité sans bornes, c'est qu'on vous en a cru digne, et vous trahiriez h la fois tous vos devoirs, en ne protégeant pas l'innocence opprimée , et en ne sévissant pas contre son oppresseur.
prévu, qu'une excessive sévérité me fermerait le cœur de mon fils.
CHARLES
Que dites-vous , mon père! Jamais ce cœur ne vous chérit autant que lorsque vous semblez vous repeatlr.... Ne parlons plus dupasse, ce souvenir vous fatigue et m'oppresse. Pardon, pardon, mon père, je vous afflige.... mais si vous daignez vous souvenir des paroles consolantes que vous m'adressâtes quand je vous quittai ; si vous vous rappelez celles que vous venez de proférer en présence du comte , vous assurerez votre repos en décidant le mien. Que vous demandé-je? de ne pas vous déclarer mon ennemi. Gardez votre fortune, mais laissez-moi mon enfant; laissez-moi ma femme, ma chère femme; après ce qu'elle vient de souffrir , ce ne sera pas une grâce que vous lui accorderez.
VERMEDIL fils.
Rendez-vous, rendez-vous. Un méchant vous a égaré ; ses semblantes vous condamneront peut-être, mais les honnêtes gens , les pères , les bons pères diront : Charles a trouvé des vertus, il en avait luimême, et Verneuil ne les a pas séparés.
CAROLINE, aiec limidité.
Monsieur, j'ose à peine ouvrir la bouche, mais vous devez m'entendre.
VERSEUIL père.
Mes enfans, mes enfans.... Si je croyais que cet hymm... si mes principes....
476 CHARI.es et CAROLINE.
CAROLIITK.
Ah! monsieur , mon ravissement... mon trouble.,. ma reconnaissance....
VERSEDIL père , le» «leTanl.
Vous ne me devez rien , vous ne me devez rien. C'est moi peut-être qui ai besoin d'indulgence. Bazile, vous ne nous quitterez plus ; votre franchise , votre loyauté, votre excellent cœur, ne seront pas sans récompense , et vous la recevrez des mains de mon fils. Allons , mes enfans , veuez prendre une place.... que vous auriez dû occuper plus tôt. Charles , ma maison est la tienne, tu y conduiras ta Caroline, et je lui devrai encore quelques beaux jours. Mes enfans, je ne me suis montré sévère que par excès d'amour , et c'est ce même amour qui nous réunit tous aujourd'hui. Les honnêtes gens m'approuveront, je l'espère; le suffrage des autres m'est indifférent
FI» DE CHAJILES ET CAnOLIirE.
PERSONNAGES
HORTENSE , jeune veuve. Mlle Cahdeili-e.
MONDOR, \itiix garçon. M. Moitvel.
AUGUSTE, cousb d'Horteose, jeune
homme deseize ^ dix-sept ans. M. VaLLiBHVE.
MARTON, suivante d'Hortense. Mas. Moitvki,.
DuBONT, vaiet do Mondor, M. Fnsii,.
Ub notaire. m. Noël.
Um laquais. h. F*ur.
e passe dans l'appartement d'Hortenss.
r 11' ihéâlre de la Républiqiii