‹ Œuvres complètes de Pigault Lebrun (volume 3)Chapitre 5 sur 340 · SCÈNE III. i · texte numérisé non relu

SCÈNE III. i

Les moyens d'être un jour une duègne parfaite. Je cache à tous les yeux mes soupçons, ma frayeur. Et ce n'est qu'à vous seul que j'ouvrirai mon cœur.

LEAl^DRE.

Vous verrai-je toujours malheureux , intraitable , Empoisonner les jours d'une femme estimable ? Abjurez, croyez-moi, vos honteuses fureurs : On ne parvient jamais à contraindre les cœurs.

NICANDRE, ironîqaement.

Je devrais, j'en conviens, moins délicat, plus sage. Me livrer aux douceurs d'un nouveau mariage ; Être aimé de ma femme... à peu près, et toujours Satisfait de la belle ainsi que des amours , Des maris complaisans étudier le code , Et grossir le torrent des époux à la mode. Par tous nos jeunes gens je serais révéré ; De ma chaste moitié je serais adoré.

Cela serait très-bien ; oui , mais dans cette vie Aii^si que ses vertus , tout homme a sa manie : Je veux que ma moitié n'existe que pour moi. Au défaut de l'amour, je règne par l'effroi. Je ne me flatte point, je connais, au contraire, Des époux surannés le destin ordinaire. . Comment! lorsqu'à vingt ans, avec de la douceur, Une taille parfaite, un esprit enchanteur, Un mari complaisant , libéral et fidèle , Peut à peine six mois plaire à sa tourterelle , Vous prétendez, mon cher, qu'à soixante et quatre ans. Je captive une femme à peine en son printemps ! Quand sur nos fronts ridés le temps marque ses traces ,

l6 il faut croire A SA FEMME.

L'homme mprt à l'amour doit rompre avec les Grâces. Je me suis méconnu , j'ai formé ce lien. La vertu n'est qu'un nom dont je n'espère rien ; C'est sous un joug de fer....

L1S4NDRE.

Quel préjugé barbare!

Connaissez-vous les- maux qu'un jaloux se prépare? Passer de la tendresse à l'inhumanité ; Encourager sa femme à l'infidélité ; Rendre par son malheur une faute excusable ; Toujours plus malheureux et toujours plus coupable. Adorer sa victime en lui perçant le cœur; Couler ses tristes jours dans le sein de l'horreur , Voilà le vrai tableau....

mcAirDRis.

Quelle audace est la vôtre ?

Des coquettes du siècje êtes- vous donc l'apôtre ? Vous êtes-vous flatté qu'en accusailt l'époilx, Sa facile moitié s'enflammerait pour vous? Je suis majeur, je crois. Quoi qu'on fasse et qu'on dise, Je n'écouterai rien ; je veux vivre à ma guise.

Mais l'usage, monsieur....

WICANDRE.

Je méprise ses lois.

Mon hymen m'a donné d'incontestables droits ; Je les ferai valoir. Que m'importent l'usage Et ces faibles maris qu'à leurs yeux on outragé ? J'éviterai leur sort. Malgré les' mœurs du temps, Vous verrez une femme ignorer leâ amans.

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