CHAPITRE II
On ne suit pas toujours la ligne directe.
On avait cédé à un premier mouvement de gaieté; on était parti sans réflexion; on avait trente lieues à faire , et à huit heures du soir on distinguait seulement les ruines de Chantilly. « Nous sommes de grands étourdis , dit madame a d'Ermeuil. Nous serous obligés de coucher dans « une auberge... Où il y aura un cuisinier détes* « table , poursuivit du ReyneL Je suis désespéré a de n'avoir pas amené le mien , reprit M autort : ce c'est un homme du premier mérite. Ah, mon « Dieu, mon Dieu, s'écria madame d'Ermeuil , j'ai a pris mes deux femmes de chambre, et pas le K moindre petit paquet. Mesdames, dit Préval,
a supposez que nous fassions une campagne ; (c qu*^un parti ennemi ait enlevé nos équipages , « et dites-moi ce que vous feriez. Moi , répondit (X madame d'Ailival , je me conformerais aux cir- (I constances , eussé-je été enlevée aussi : j'ai ton- « jours l'esprit du moment. Cest fort bien , reprit « madame de Valport ; mais nous ne faisons pas «campagne, et que dira -t -on, à Tauberge, de c( quatre femmes qui arrivent de la capitale , sans c( bonnet de nuit ? Nous dirons qu'on n'en porte « plus , répliqua Préval , et comme quatre femmes c( de distinction donnent le ton partout , surtout a quand elles sont jolies , aucune femme de Chan- « tilly n'osera plus se servir de bonnet de nuit. c( Excellente idée , dis-je. Nous leur persuaderons a aussi qu'on a suppriiné les déshabillés du soir et « du matin. Les maiîs y gagneront doublement : cf ces déshabillés sont fort chers , et on s'en pare « rarement pour eux. Comment donc , une méa chanceté, dit la charmante madame de Mirville, il d'un ton si doux , et d'un air si candide ! Ah , « monsieur, vous me faites un mal cruel aux ge- « noux. » J'avais appuyé un peu fort, attiré par son timbre argentin et sa jolie petite mine.
Il est du plus mauvais ton d'avoir des membres solides. Madame de Mirville s'était avisée de se plaindre; les autres devaient crier plus haut : je m'y attendais, et elles n'y manquèrent pas. Le fardeau devenait insupportable; un engourdissement total avait empêché ces dames de s'en apep-
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cevoir plus tôt ; sans doute elles avaient les cuisses dans un état déplorable. « (7est pourtant ce dont a on ne peut s'assurer ici , dit madame de Yal- « port. Et cela est très-fâcheux , continua madame s d'Allival. »
11 était dans les convenances que les hommes descendissent, et c'est ce que nous fîmes. Quelques secondes après, ces dames sautèrent sur la pelouse ^ en s'écriant qu'elles soufiraient horriblement , et en riant comme des folles. Nous étions dans la foret ; la soirée était superbe ; on décida qu'on irait à pied jusqu'à Chantilly. On ordonna aux postillons de remiser les voitures à TAigle impérial, et de faire préparer le meilleur souper. On se mit à courir, à chanter, à sauter. Du Reynel, appuyé sur sa Canne en béquille, ployait le jarret , essayait de s'enlever sur la pointe des pieds, et ne dansait que des épaules , qu'il haussait et baissait en mesure. Le fouet d'un postillon nous annonça une voiture. Nous tournâmes la tête ; la chaise n'était pas à deux cents pas de nous. « Hé « mais, que dira-t-on de voir quatre femmes de qua* «lité prendre du plaisir comme des paysannes?» Madame de Valport , qui a fait la réflexion , est déjà dans le bois. Les autres s'élancent sur ses traces ; nous suivons tous. Du Reynel descend le fossé, avec précaution, et le remonte sûr ses genoux et ses mains. Les danses se reforment, et aux danses succèdent les espiègleries. On est poursuivi ; on poursuit à son tour. On s'aperçoit que
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le soleil ne colore plus que la cime des arbres, et on parle de regagner la grande route.
(c Hé , mon Dieu , où est donc M. du Reynel , « s'écrie la jolie madame de Mirville? Il n'aura pu «nous suivre, répond madame d'AlIival. Mesda- « mes , mesdames , où court donc madame de Mires ville ? Craint<-elle , continua madame de Valport , « que M. du Reynel se perde à une portée de fusil a de Chantilly ? Cette promenade , répond madame ad'ErmeiUl, lui donnera un appétit dévorant. Il
^ « va affamer le village. »
Honteux de voir courir seule une très -jolie
^ femme, ou pressé peut-être par un autre motif,
je partis comme un trait. « Encore un déserteur, c( disait-on derrière moi. Jouons à de petits jeux , ce en les attendant. »
En un instant je rejoignis madame de IVIirville. Elle sourit en me voyant. Bon, dis-je à part moi, je ne lui déplais point. « N'est-il pas affreux, ditce elle, en s'appuyant sur mon bras, que ces date mes et ces messieurs soient aussi insoucians à « l'égard d'un homme qui peut à peine marcher ? » Bon, me dis-je encore, voilà de la sensibilité.
Nous allions lentement, parce que nous cherchions à reconnaître les endroits par où nous avions passé. L'obscurité augmentait; les faux pas devenaient fréquens. La difficulté de la route incertaine que nous tenions, et peut-être un peu de frayeur, forçaient madame de Mirville à s'appuyer plus fortement sur mon bras. Souvent sa
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petite main le serrait, sans intention, sans doute. ITimporte , j'aurais marché ainsi toute la nnit sans m'en apercevoir.
Du Reynel ne se retrouvait pas. Je l'appelais de toutes mes forces ; je prétais l'oreille ; je n'entendais rien, a Ah, mon Dieu, dit ma jolie compa- « gne, il aura été frappé d'apoplexie. Il sera tombé a au pied de quelque chêne. »
Cette idée m!effirava. Nous étions dans une clarière assez vaste, et que je me croyais sûr de retrouver. Je proposai à madame de Mirville de se reposer pendant que je battrais les environs. «Hé, a que deviendrais-je sans vous, me dit-elle si mol- « lement! » Bon , me dis -je, me voilà nécessaire. Je repris son bras, et je ne pensai pas à quitter sa main. S'apercevait -elle que je la tenais cette main ; que je la pressais quelquefois avec expression? Elle ne la retirait pas, et nous avancions au hasard et sans rien dire. Que lui aurais-je dit, d'ailleurs? je l'avais toujours trouvée très-aimable; mais je crois que je commençais à l'aimer, et ce premier moment est toujours à l'embarras. Et puis une déclaration , qui n'est pas amenée , a l'air si bête ! •
Madame de Mirville ne proférait pas un mot. Son silence était-il aussi Teffet d'un trouble naissant ? J'aurais été trop heureux de le croire ; les femmes sensibles sont si rares , quoiqu'elles parlent toutes de leur sensibilité!... Ah, il suffit de s'entendre sur la valeur qu'on donne aux mots.
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Aujourd'hui le cœur veut dire les sens; Festiine qu'inspire un homme, n'est que le désir qu'il fait éprouver; la vertu qu'on lui sacrifie, qu'un grand mot , dont on voudrait faire un lien de huit jours, que l'amour brise en riant, avant que le nœud soit serré.
Pendant que je faisais ces réflexions, qui ne sont pas nouvelles, mais que les mêmes circonstances ramènent toujours, madame de Mirville s'arrêta : a Monsieur , me dit-elle , d'une voix alté- « rée , vous ne prenez pas garde à ce que nous « faisons. — Je ne prévois pas, madame, ce qui <c peut vous alarmer. — Seule , à dix heures du (c soir, ail milieu d'un bois, avec un homme... — « Qui vous offre son honneur pour sauve-garde, <c et ses soins pour appui. » Je sentais en ce moment que le charme le plus doux de l'amour, est dans l'estime véritable, qu'il faut garder à celle qu'on veut aimer sérieusement.
« Je plains beaucoup M. du Reynel , reprit mate dame de Mirville; mais je ne lui sacri6«rai pas «les bienséances. Retournons , je vous en prie.» Nous rétrogradons, nous retrouvons notre clarière, nous la traversons, nous arrivons à un gros chêne , que j'avais remarqué , comme s'il ne devait y avoir que celui-là dans la forêt de Chantilly. Je cherche un bouleau, qui devait être à trente pas, et que je ne trouve plus. Je vais à droite , à gauche ; j'avance , je recule. Madame de Mirville s'aperçoit de mon incertitude ; elle me
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serre le bras plus fortement qu^elle n*ayait fait encore, et elle murniuraît à demi -voix ; «Passer « la nuit dans une forêt , avec un homme comme «celui-ci! je ne me reproche rien, et ma con* « science est tranquille. Mais ma réputation , mais «le monde! — La réputation d'une femme ne « saurait dépendre d'un événement imprévu. — «Hé, monsieur, s'informera-t-on des circonstan* « ces? — Hé, madame, qui vous sait ici avec moi? « nos compagnons de route, égarés comme nous, « et qui peut -être auront de se taire des raisons « plus sérieuses que les vôtres. — Au nom de Dieu, <r appelez-les donc. »
rappelai, je criai, je m'enrouai, et je n'entendis rien que le murmure des feuilles qu'agitait un air frais. «Madame, lui dis -je, puisqu'il faut se cou- « cher sans souper, permettez que je vous fasse « un abri de verdure. Je me tiendrai au-dehors , «je veillerai sur vous, et je réponds de votre « sûreté. »
Elle s'assit au pied d'un arbre , et je la vis porter son mouchoir à ses yeux. « Je jure , madame , « de vous respecter comipe ma sœur. — Que vous « êtes bon , que vous êtes sage ! — Au point de « me £aiire moquer de moi , si j'étais entendu. — «Hé y monsieur, mon amitié ne vous dédomma- « gerait-elle pas de quelques mauvaises plaisante- «ries? Vous la méritez, je vous l'accorde. — Je « l'accepte avec transport , avec reconnaissance ,
xr. a.
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« et je vous offre en échange tous les sentimens « qu un galant homme peut éprouver. »
Elle se tut. Je sentis que j'avais été trop loin. Peutrétre pensait-elle, de son côté, que Tamitié d'une femme de dix -neuf aps, pour un homme de trente , ressemble à quelque chose de plus po* sitif. Je commençais jt travailler, pour la distraire et. éloigner des idées, qui pouvaient tourner à mon désavantage.
Entre nous deux, pas une serpette, pas un couteau , pas même des ciseaux. Il fallait tout faire avec les mains, et avec des mains non exercées. Les branches ployaient, ne cassaient pas. Je travaillais «avec opiniâtreté , et.au bout d'une heure je n'avais qu'une bourrée qui ne pesait pas dix livres. Je Is^ portai , fatigué , découragé , aux pieds de madame de Mirville, qui me plaignit beaucoup , sans se douter que c'était le moyen le plus sûr de ranimer mon courage. Je cherchai plus loin, et je trouvai quelques touffes' d'un bois cassant , dont la feuille ressemble à celle du lilas. Je regardai cette découverte comme une bonne fortune. En un instant j'eus uji fagot énorme, que je chargeai sur jna tête , parce que je ne pouvais le. porter sous mon bras.
U est difficile de voir où on met le pied, la nuit, qi^and on est chargé de branchages, qui dépassent d'une demi-toise le bout du nez. J'allai donner dans des orties qui me piquèrent cruel-
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lement. La douleur m'arrache un cri , et me fait lâcher le fagot. Je me baisse, je me fîx>tte les jambes... mon étonnement ne peut 6e Tendre... mon fagot remue, et d'une manière sensible. Je venais de le faire ; je t'avais cueilli brin à brin ; aacun animal d'un certain volume n'y était saris doute enfermé... L'aurais-je jeté sur un sanglier, sur un loup?... il y en a dans cette foret. Si ma* dame de Mirville était rencontrée...
Le danger où elle peut être exposée , me frappe et me donne des ailes. Je cours, je vole... je ne trouve plu5 iHia charmante amie. Un loup n'avale pas une femme comme un poulet. Je pensai qu'effrayée par le cri qu'elle avait entendu, elle s'était levée , et courait sans savoir où. Elle ne pouvait être loin ; je l'appelai , et j'eQtendi$ courir très* vite. Je me précipitai, et au moment où je croyais la toucher, lui parler, la rassurer, un homme, que me cachait la femme qui courait devant moi , se montre tout à coup , s'arrête , m'attend , et rit aut éclats en me reconnaissant.
C'était Préval. Madame de Valport, un peu plus embarrassée , voulut me &ire croire qu'elle était enchantée de m'avoir retrouvé. Que m'importaient son embarras et les belles choses qu'elle me disait ? Je ne pensais qu'à madame de Mirville; je les priai de la chercher avec moi. Madame de Valport répondit qu'elle était excédée, qu elle ne pouvait aller plus loin. Préval me fit observer qu'il ne pouvait abandonner madame
(le Vaiport, aussi peureuse que madame de Mirville, a Au moins, lui dis-je, venez avec moi, que «je relève un fagot de branchages qtie jai laissé «tomber sur je ne $ais quoi de très -remuant. «Vous avez votre sabre, et il serait singulier de a faire chasse au milieu de ce désordre. » Préval éclate de rire de plus belle , et me dit d'être tranquille; que le fagot que Lubin avait fait pour Annette, n était pas tombé sur une béte fauve. Madame dé Valport ne rit pas , ne dit rien , prit son bras , et Temmena d'un autre côté , probablement pour chercher où se reposer à son aise. A quelque chose malheur est bon, disais-je en retournant à mon fagot.
J'étais inquiet, trè&-inquiet, et on m'aurait offert un trône pour m'éloigner, sans avoir retrouvé madame de Mirville, que je ne l'aurais pas accepté. En marchant , je regardais autour de moi ; je cherchais à percer les ténèbres qui m'environnaient ; je ne cessais d'appeler ; j'avais la gorge déchirée, et madame de Mirville ne répondait pas. Exaspéré, furieux, je m'arrêtai tout à coup, je frappai du pied, et je jurai à faire trembler la foret : un homme bien élevé jure quelquefois comme un autre. J'entendis à terre, tout près de moi, un bruit sourd, qui n'était pas celui des feuilles. Je regarde; je distingue quelque chose de blanc qui sort de dessous un buisson. J'y porte la main ; je reconnais au toucher de la percale et de la dentelle. « Allons , dis-je , encore un couple
a qui se repose ici. Au nom du bon Dieu, ne a me tuez pas , dit une petite voix douce et trem- « biotante. » C'était celle de mon amie.
Je me nommai, je l'encourageai, je la consolai. « Je ne suis qu'une pauvre petite femme, me dit- «r elle. La crainte a été plus forte en moi que l'a- «r mitié. Je vous ai cru en danger, et au lieu d'aller a au secours de mon ami , j'ai pris la fuite , et je « me suis cachée ici. »
J'avance la main pour retrouver la sienne, et 1 Vider à se relever ; je me sens piqué , égratigné de toutes parts. « Hé , madame , comment êtes- « vous entrée là ? Vous êtes sous un buisson, garni «d'épines, de deux pouces de longueur. — Je ne a sais comment j'ai fait; mais à présent que la tête « se remet, je crois sentir de vives douleurs... Oh, «oui, j'en éprouve par tout le corps. A-t-on « jamais vu aussi faire de pareilles folies le lende- « main d'un dimanche de QuMimodo ? mon cher a ami , tirez-moi de là. »
Mon cher ami ! ce mot-là m'eût fait passer en enfer. Je travaille avec ardeur à écarter les branches ; je m'enfonce des épines dans les mains , dans les bras, dans les jambes. Mes gants, des bas et une culotte de soie sont en lambeaux, et je ne me rebute pas.
Cependant mon enthousiasme chevaleresque céda enfin à la force du mal , et je sentis la nécessité d'attaquer raisonnablement ce malheureux buisson. Je cherchai, en tâtonnant, le bas des
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branches traîtresses , qui retenaient la beauté cap-* live, et qui, à la naissance de la tige, sont dé*^ pourvues d'6pines. « Prenez donc gardé , mon te cher ami ; ceci ij'est point une branche. » C'était une jambe moulée, que je touchais bien innocemment.
Avoir du penchant à la dévotion^ c^est déjà aimer quelque chose, et il ne reste plus qu'à passer de l'illusion à fa réalité ; mais cette seule idée fait trembler une dévote de dix^neuf ans , bien candide , bien pure , et à qui uile glace perfide répète sans cesse : Défiez -vous de cette figure-là* Que de péchés elle fé^a commettre !
Je me hâtai de retirer ma main , en balbutiant des excuses, tandis qu*au fond du cœur, je m'applaudissais de mon larcin involontaire. Je pris mon mouchoir, ma ci^avate, je les attachai en* semble; je les passai autour du buisson, dont je comptais ainsi relever et presser les branches. Hélas ! il s'en fallait d'une demi^une que je pusse joindre hàs deux bouts! <€ Ah, m'écriai-je ^ si j'avais « une jarretière ! — Je n'ai pas les mains libres^ je (( ne peux détacher la mienne. -^^ Et moi je n'en «porte point. — Mon Dieu^ comment donc faire? ce --^H y a bien un moyen, mais je n'ose vous le K proposer. — Oh , je ne m'y prêterais pas. — Cett pendant vous souHress^ vous ne pouvez rester « là. -^ Si je pouvais m'appuyer de quelque exem* (c pie respectable! mais je ne me souviens pas « d'avoir vu dans les écritures.. — Hé, madame,
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«rappelez -VOUS qu'à foutes les nonces on prend tf la jarretièBe de la mariée, et qu'y a-t-il de plus « respectable qu'une noce , qui consacre l'union « de deux êtres aimables , et qui leur impose le « devoir si doux de s'aimer ? — Au moins , mon « cher ami , soyez prudent ; souvenez-vous de vos « promesses. » Elle n'avait pas fini , que la jarretière était enlevée.
Je noue , je tire , je comprime ; je fais tout céder à ma force et à mon ardeur. Mon amie est dégagée , elle est debout , mais dans quel état ! \A robe, la chemise spnt déchirées du hacit en bas; le fichu est reité dans les épines. Elle est dans le désordre d'une Spartiate , et elle a , sur la beauté antique , l'avantage de la pudeur. C'est dans mes bras, c'est sur mon sein qu'elle penche sa jolie tête , et qu'elle cache son trouble et sa rougeiir. J'étais daîns un état impossible à décrire... Je fus prêt à tout oser. Une voix intérieure me dit : Jouit-on de* celle qui ne se donne pas ?
Malheureusement pour la pauvre petite , la lune vint adcroître son embarras. Elle me pria de m'éloigner, en ayant soin cependant de ne pas la perdre de vue; j'obéis, et je la vis s'asseoir. Je l'entendis déchirer son mouchoir^ dont sans doute elle allait faire des cordons protecteurs de mille charmes secrets. Je m'approchai d'elle a reculons, et je jetai derrière moi mon mouchoir et ma cravate. Je gardai sa jarretière ; je l'ai en^ core; je la conserverai toujours.
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Elle me remercia du service, et surtout de la manière dont je le lui rendais. Son ton, trèsaffectueux, avait cette expression de vérité, que la coquetterie a perdu , dont elle sent tout le prix , qu'elle voudrait en vain retrouver, et qu'elle imite si gauchement !
J'attendais qu'elle me rappelât, lorsque la forêt parut tout en feu, et que le bruit de plusieurs cors se fit entendre. Mon amie , effrayée , accourut chercher un asile près de moi. Je remarquai en elle confiance et estime ; je pensai qu'un sentiment en amène nécessairement un autre, et qu'on peut espérer le plus délicieux de tous, quand on a inspiré les deux premiers.