CHAPITRE XXXII
Conclusion.
Où m'a-t<-on transporté ? Je ne reconnais pas cette chambre, cet ameublement. Combien d*heures, de jours se sont écoulés? Pourquoi suis- je environné de gens que je ne connais pas ?... Quel vide dans ma tête, et dans mes idées ? Il me semble que je suis malade , bien malade. Je me sens incapable d'aucun mouvement. Je veux parler ; je
UJNE MA.CEB01NE. 53()
ne trouve point de voix. Je porte un œil affaibli sur tout ce qui m'entoure...
Un vieillard affligé relève sa tête abattue. Il me fixe, il vient à moi. « Grand Dieu, s'écrie -t*il, <( nous le rendez-vous pour la seconde fois ! » Le son de sa voix ne m'est pas étranger. Je regarde plus attentivement... C'est Georges, mou bon Georges. Je veux lui tendre la main; je n'ai pas la force de la soulever.
Quel est ce jeune homme qui s'élance vers moi ? Il me presse dans ses bras ; son œil est humide; sa figure pleine d'expression... Me trompéje?... Non, c'est bien lui, c'est Sbulanges. Pourquoi est-il ici? Pourquoi garde-t-il le silence? Je sors d'un .songe, pénible et sans liaison, et on ne me dit rien qui me rappelle le passé, qui m'éclaire sur le présent.
Une femme! Une femme!... Ah, c'est Justine. Justine! où est Sophie? Pourquoi n'est -elle pas près de moi... Dieu! Dieu! Il se reproduit, ce passé que j'étais trop heureux d'avoir oublié. Je m'en retrace toute l'horreur... L'émotion est trop forte; je ne la soutiendrai pas... Ah, des larmes!... J'en retrouve enfin. Je me sens soulagé.
Soulanges me parle enfin , et ne raisonne pas. Il ne cherche pas à me consoler ; il s'a£Qigé avec moi. Il me fait sentir le danger que j'ai couru, la nécessité de me modérer, long-temps encore, et il ne m'entretient cependant que de mes peines. 11 sait qu'il ne peut m'en distraire ; il a l'adresso
54Ô UNK MA.CÉD01NE.
(le me les^montrer dans réloiguement; il les fait, pour ainsi dire, rétrograder. C'est mettre, entre elle et moi, le voile salutaire de la distance et du temps.
Ainsi ces météores destructeurs , que Tœil distingue à peine , n'excitent que l'anxiété , lorsqu'ils terrifient ceux dont ils menacent la tête.
Je suis à Saint - Gaudens. J'y suis venu , sans tenir de route suivie; fuyant les habitations, les enfans, les femmes, qui se trouvaient sur mon passage; appelant, invoquant Sophie, mon fils, et la mort. Georges et Philippe me suivaient à une certaine distance. Ce sont eux qui m'ont relevé, privé de force et de sentiment; qui m'ont placé dans cette maison ; qui y ont conduit madame d'£lmont, et tous ont veillé sur des jours que je ne désire pas prolonger.
Mon esprit a été aliéné; une fièvre brûlante a desséché mon sang; depuis deux mois je suis dans im état désespéré... Eh, que m'importe la vie? Un signe avertit Soulanges que ce n'est pas de moi qu'il faut m'entretenir. Qu'il me parle de Sophie.
Au moment où ma maladie s'est développée, madame d'Ëlmont a envoyé un exprès à Soulanges. Elle ne m'a quitté, qu'après l'avoir établi pfès de moi. Elle est allée déposer , dans la sépulture de ses ancêtres , les restes embaumés de sa fille et de mon fils. Il n'y a plus rien d'eux dans les Pyrénées. Deux cents lieues nous séparent
déjà! Dans l'état où je suis, c'est un moiule qu'on a mis entre nous.
Soulanges a le ton d'une profonde sensibilité , et cependant ses expressions, douces et mesu* rées, adoucissent ses tableaux. Il calmerait une douleur ordinaire... Mais la mienne !
Justine me présente je ne sais quoi , quelque médicament sans doute. £t elle aussi elle devait être mère... Elle l'est, je m'en aperçois en prenant le remède. £st-elle plus heureuse que moi ? N'a - 1 - elle point à pleurer sur cette innocente créature ?
On interprète mal mes signes. Justine sort , et revient avec un enfant beau, plein de vie et de santé. Je détourne la tête avec un serrement de cœur affreux. « Otez cet enfant, ôtez-le... que sa «mère s'éloigne : c'est une femme; je ne veux « plus en voir. » Voilà les premiers mots que je prononce. Us sont arrachés par la violence de mes sensations.
Cet état d'exaspération ne pouvait durer. Nos douleurs sont proportionnées à nos forces physiques. Il faut des organes vigoureux pour sentir avec énergie. Les miens, affaiblis, affaissés, ne sont susceptibles que de mélancolie ; mais celle-ci est profonde. Elle ronge , elle mine , elle tue peu à peu. Que lui reste- 1 -il à faire? je suis déjà mourant.
Quel est cet homme? Mon médecin. « Je trouve ic beaucoup de mieux, dit -il. » Soulanges répond
5;\'X UNE MACÉDOIPTK.
par un mouvement de tête. « Ah! j'entends : ia « mémoire est revenue avec la raison et le jugece ment. - — Et il ne s*en sert que pour nourrir sa « douleur. — lia déjà trop du mal physique. Mon- (c sieur, l'homme raisonnable sait donner de justes « bornes à tout. L'affliction immodérée annonce <c absence de principes , ou de caractère. » Il veut éveiller mon amour - propre , l'opposer à mon cœur : que m'importe ce qu'ils pensent de moi !
Soulanges et lui commencent une conversation qu'ils rendent sans doute a^éable et variée. Ils cherchent à me distraire^ à forcer mon attention : je ne peux écouter. '
Ils me rappellent cependant le roman astronomique de Soulanges. Il m'a occupé une journée entière ; mais alors je n'avais point de remords.
Je m'efforçai de me tourner de l'autre côté: je ne voulais ni voir ni entendre. Ils s'aperçurent bientôt que l'esprit et l'érudition deviennent &tigans quand ils sont déplacés, cr II ne peut vivre « quatre jours dans cet état , dit le médecin , a « voix basse. » J'entends ce que j'ai intérêt k savoir. Dans quatre jours donc tout sera fini. J« croyais qu'il est plus difficile de mourir.
« 11 faut le ramener à des 'sensations douces, « attachantes* » Présomptueux! quels sont donc vos moyens? « Monsieur de Soulanges , il n'y a « point à balancer : employons le grand remède. 9' — Je ne crois pas qu'il soit temps encore. — « Peut - être dans deux jours il sera trop tard. —
UNE MACÉ0OINE. 543
« Pourra-t-ii supporter une pareille émotion ? — tt Je l'ignore ; mais de toutes les affections , celles « de la joie sont les moins dangereuses, et nous a sommes réduits à la nécessité d'opter. » De quel remède parlent-ils donc ?
L'enfant de Justine pleure. Il est dans la chambre voisine ! Pourquoi le mettre aussi près de moi? Ce n'est pas cruauté, sans doute; c'est une inexplicable imprévoyance : ils ont cependant vu quel effet a produit sur moi cet enfant... Je l'entends encore ! « Éloignez-le , éloignez-le donc. « — Pourquoi l'éloigner, mon ami? — Sa vie me « fait mal. — Elle peut rappeler la vôtre. — Elle a l'abrégera. — Mon ami, revoyez cet enfant. — a Je consens à mourir; mais par grâce, épargnez- <c moi quelques douleurs. — Vous ne m'entendez « pas, et je crains de m'expliquer. — Parlez, je « puis tout entendre, hors les pleurs de cet en-* « faut. — Vous en avez perdu un; mais vous en « aviez deux. — Fanchette ! Fanchette !... »
La force des sels, de l'éther me rouvrent les yeux. « Fanchette, dis- je encore, » et mes muscles, long-temps contractés, se distendent; je sens que je souris. J'éprouve un calme bienfaisant, réparateur. Justine est là. Elle tient l'enfant; elle me le présente. Mes bras s'élèvent vers lui ; je trouve de la force pour le prendre; je le place à coté de moi. Ma joue touche à la sienne; de douces larmes s'échappent... Qui, oui, ce remède est bon.
544 UNE M4CEDOINE.
« Et sa mère , sa mère ! — Elle est à Paris. — <c Vous cherchez à abuser ma douleur. Pour la « dernière fois^ ôtez*moi cet enfant. S'il était le « mien,Fanchette serait ici. Je l'éleverai , mVt-elIe ce dit. Il ne passera pas aux mains d'une étrangère. a Fanchette ne l'a pas repoussé au moment de sa ff naissance ; elle ne lui a pas refusé son sein ; elle <c n'a pas voulu qu'une autre fut aussi sa mère. »
La porte s'ouvre... c'est elle! oui, c'est elle, je la vois... je me meurs... je renais.
Je rapproche l'enfant; j'attire à moi sa mère; je les tiens embrassés tous les deux. Nos larmes se confondent. « Fanchette, il y a quelques mois c( tu as sucé ma blessure; aujourd'hui tu arraches, « de mon cœur, le trait empoisonné : je te devrai «c deux fois la vie. »
Depuis huit jours elle est ici, et elle n'a pas osé m'approcher , se faire entendre ! elle s'éloignait , pour donner un libre cours à ses sanglots. Elle souffrait comme moi; elle s'éteignait avec moi. a Cher enfant , depuis huit jours tu t'es abreuvé ic de larmes. Viens prendre le sein de ta mère, « rassurée et heureuse. »
L'innocent entend sa voix; il lui tend les mains, il lui sourit. Elle s'assied près de moi; elle ouvre son corset. La bouche rosée de l'enfant s'applique à un sein d'albâtre. Elle regarde avec une expression ! Son œil enchanteur se tourne vers moi. Il semble me dire : Vois comme je t'aime en lui.
Quel tableau! quelles sensations il fait naître !
DNE MACEDOINE. :>/|5
Ah, qu'elle soit là, toujours là. Elle seule peut éloigner le souvenir déchirant de la malheureuse Sophie. « Que je te voie toujours; que je me par- « tage entre toi et mon fils. — Monsieur... — Fan- « chette, ne me nomme pas ainsi. — Mon ami, a vous désiriez... — Non, Fanchette, non, plus « de vous. L'amour dit toi. — Et j'aurai tant de «plaisir à le dire! Mon ami, tu désirais un fils, (cmais... — Hé bien , j'embrasse ma fille! pourquoi ff ce ton timide ? qu'importe qu'un nom obscur « s'éteigne ? » Et je les presse encore toutes deux dans mes bras.
Soulanges , cher ami, que ne te dois- je point ! tu t'es arraché, pour moi, aux délices de la capitale. Frivole et sensible à la fois , tu as consulté ton cœur ; tu y as trouvé ce qui devait ranimer le mien, le rattacher à la vie.
Le médecin fait un signe : l'excellente fille obéit. « Fanchette, tu ftie quittes ! — Monsieur, « vous sentez trop vivement. Je ne crois pas de- <r voir prolonger votre émotion. — Hé, monsieur, « croyez - vous qu'elle me soit moins présente , « pour n'être pas ici !
« Vous l'avez voulu, docteur, dit Soulanges. — ce Ah, mon ami, qu'il a bien fait! — Il ne nous « reste maintenant qu'un parti à prendre : c'est « de lui céder. ^ — Je ne cède jamais. — Vous ne (c savez pas à quel homme nous avons affaire. — « Il est indispensable qu'il prenne un peu de re- « pos. — Hé, monsieur, jouir n'est-ce pas repo- Xf^. 35
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<c ser ! — Tout cela est fort bien ; mais je suis ^i inexorable. J'exige que madame se retire. — dFanchette, laisse -moi ma fille, et je serai sur « de te revoir bientôt. »
Il a raison, le repos m'est nécessaire. Une potion calmante me le procure. Je m'endors d'un sommeil doux et paisible.
A mon réveil, je retrouve Fanchette, ma fille et mon ami. Le médecin me prend le pouls, et, dans un accès de vivacité gasconne , il jette, par la fenêtre , potions et opiats. Voilà le seul remède que j'ordonne, dit -il, en désignant Fanchette; mais il faut en user avec une extrême discrétion.
Je n'ai eu jusqu'ici que le temps de la voir; je n'ai pas eu celui de l'examiner. « Approcbe-toi, « Fanchette; viens, que j'achève de te reconnaître, ce Ah, c'est bien toi. Je retrouve tes charmes, ta « gaieté, tes grâces, ton aimable abandon, ce tout « inconcevable , dont tu ne connais pas la puisce sance ; mais auquel il est impossible de résister. « Fanchette, donne-moi ta main : je te vois mieux ce quand je te touche. — ^Mademoiselle, retirez votre « main , et raisonnons. Vous m'avez prouvé à Paris <c Tinutilité des précautions, et je n'en prendrai ce pas ici. Observez seulement que l'ivresse des sens « est mortelle, dans l'état de faiblesse où se trouve ce Francheville. Rappelez - vous que vous étesveet nue de Paris en poste ; que vous ne vous êtes ce pas arrêtée deux heures en route ; que vous avez «passé ici huit jours, dans le désespoir et les
ITNE MACÉDOINE. 547
« larmes ; -qu'un sang , à demi brûlé , portera le « ravage dans les veines de votre Honorine; qu'il « est urgent de rendre au vôtre une fraîcheur sa- « lutaire.
<c — Il a raison, Fanchette; nous n'avons plus « le droit de vivre pour nous : tout pour Hono-
« rine ! »
Ils vont souper ici, près de moi. Je la verrai une grande heure encore, et elle me laissera, en sortant, l'espoir du lendemain.
Quoi, déjà! les heures sont quelquefois si longues ! qu'elles sont courtes aujourd'hui! elle va me quitter; elle me présente ma fille. Derrière la figure de l'enfant, j'ai rencontré la sienne... Soulanges ne m'a vu prendre qu'un baiser.
Justine est maintenant au service de Fanchette ; c'est mon bon Çéorges qu'on établit près de moi. Être heureux, qui ne se doute pas de son bonheur! Le long cours de sa vie est un jour sans nuages. Peu de jouissances , sans doute ; mais les gens passionnés les achètent si cher !
Il est causeur, quand cela me convient. Il m'apprend bien des détails que j'ignorais, et tous prouvent le dévouement absolu de Soulanges, l'amour inépuisable de Fanchette.
Elle a pleuré Sophie. « Elle aimait M. de France cheville, a-t-elle dit: je pleure sur elle et sur «lui. Gecyges, parle -moi encore de Fanchette; Ci répète-moi souvent son nom... Ce n'est pas cela,
548 UNE MAGÉDOINK.
(( Georges, tu m'endors... — Alors, monsieur, je « suis le conteur qu'il vous faut. »
Elle a devancé l'aurore; elle paraît avec elle. Mais l'infatigable Soulanges est là. Les surveillans rendent les caresses plus rares , mais plus douces. Un baiser, pris à la dérobée, en vaut vingt.
Le médecin est enchanté de mou état. Il ne se doute point que nous nous sommes un peu écartés de l'ordonnance. Voilà ces messieurs! ils prescrivent la diète , on mange et on guérit.
Je roule dans ma tête un projet bien simple^ bien naturel, que le moude désapprouvera, et que le lecteur devine aisément. Celle qui, sans naissance, sans fortune, sans état, sans considération, a balancé constamment, dans mon cœur, celle qui avait tout ce qui éblouit, attache et fixe les hommes, n'est-elle pas l'objet que j'ai toujours préféré? Celle qui n'a jamais prétendu à rien; que Tamour désintéressé a constamment conduite; qui<, à l'issue de mon combat, a exposé sa vie, pour me conserver à sa rivale; qui -a ménagé sa fierté; qui a ployé sous elle; qui m'a vu, sans murmurer, passer dans ses bras; qui a donné des larmes à sa mort prématurée; qui au premier mot de Soulanges est revenue à moi; que le destin semble avoir conservée, pour la Consolation, le bonheur du reste de ma vie; celle-là, dis-je, n'a-t-elle pas des titres, des droits, incontestables, sacrés ? Que leur oppo^ra l'opinion? des préjugés. Je leurpppose, moi , l'équité et l'amour.
c( Mes amis , écoutez-moi : l'homme prêt à finir, (c se détache du monde, et de ses illusions. Il voit a les choses, sous leurs véritables rapports; il les tf juge avec impartialité. Pourquoi ceux que doit i( rassembler un jour la poussière des tombeaux , «établissent-ils, entre eux, des distinctions ridi- (ccules? pourquoi ceux qui se jugent, qui s'ap- « précient, qui éprouvent un attrait qui les attire a constamment l'un vers l'autre , ne franchiraient- « ils pas les barrières, que des conventions bizarres « leur opposent ? Fanchette , ma séduisante , ma « digne amie, toi qui m'as consacré tout ton être, a et à qui j'appartiens désormais, sans retour, te « laisserai-je en butte à l'humiliation qui poursuit c( une fille sensible et faible? en serai -je moin» « Franchevillei quand tu seras mon épouse? Je ne « serai pas descendu aux yeux scrutateurs du «monde; je t'aurai élevée jusqu'à moi. Fanchette, « tu veux répondre ; je te pénètre. Point de mots, « des choses. Parle, j'écoute.
« — Mon ami, ta proposition ne m'étonne point; « tu devais me la faire ; je l'attendais ; mais il doit «me suffire d'en avoir été jugée digne. — Fan- « chette, que vas4u dire? — Aussi tendre, aussi « délicate que toi , je n'avilirai point l'homme que « j'adore. — M'avilir ! ah , Fanchette , quelle opi- « nion as-tu donc de toi ! — Mon ami , ces court ventions , que tu appelles des préjugés , sont « respectables : c'est sur elles que repose l'ordre
55o UJVF. M ACÉDOlUili.
(c social. Il indique des places, il marque des dis- « tances. Cent mille individus, qui voudraient tout ce rapprocher à la fois, détruiraient tout. Destiné , «par ta naissance, par tes talens, à remplir les «grandes places; appelé à être un des conserva- «teurs de cet ordre, que tu veux intervertir au- « jourd'hui, que répondrais-tu à ceux qui seraient « tentés de t'imiter, et qui, forts de ton exemple, « te diraient : Celle que vous avez honorée du <c nom de votre épouse est aussi une fille de néant ? « — ^ Ce que je leur répondrais ! Elle m'a sauvé « deux fois la vie, et elle n'a que des vertus. Tu « n'as point d'ancêtres? Vénus n'en avait pas; en «fut -elle moins la reine des amours?
« — Mon ami, je ne dépends que de moi; je n'ai a point d'entours; le blâme ne peut m'atteindre. « Je vivrai avec toi et pour toi. Fière d'avoir re- « fusé le plus précieux des titres, je le serai en- « core d'être ta maîtresse. — Hé bien, Fanchette, «as -tu fini? n'as-tu plus rien à m'opposer? Je o laisse tes objections, et je lève tous les obstacles. « Je réalise ma fortune ; je t'épouse ; je passe avec « toi dans l'Amérique septentrionale. On ne de- « mande point là quels étaient les aïeux d'une « femme charmante, qui fait les délices de la soft ciété, parce qu'elle n'en a pas besoin. — Non, «mon ami, je ne t'enlèverai point à ta patrie; « elle réclame tes services; tu les lui offriras. Tes «loisirs appartiendront à Fanchette; son aniour c< attentif les embellira.
« — Soulanges, vous êtes désintéressé, équ'tta- « bie ; prononcez entre nous.
a — Vous avez fait tous deux votre devoir. Je « n'établirai pas à quel point vos motifs sont adce roissibles ou faibles. Une discussion est inutile, u avec des personnes qui tiennent aux principes, ce et qui ont du jugement. Mademoiselle, les ance nées passent rapidement; ce charme, qui se récc pand jusque sur votre faiblesse , s'évanouira ence fin. Que ferez-vous de votre vieillesse , quand la «société, que vous aurez cessé d'éblouir, vous «délaissera? Vous avez un enfant. Que lui ré- « pondrez- vous, s'il vous reproche un jour de ce l'avoir volontairement privé de son état , et du ce nom de son père ? Honorine est un lien qui vous ce unit déjà : elle sera votre excuse aux yeux du ce monde, quand vous en aurez contracté un plus « fort. »
Il prend l'enfant, il me le remet ; <c Mademoi- « selle, le père et la fille sont également à vous; ce vous ne les séparerez pas.
ce Crois-tu, me dit-elle, qu'il ne m'ait pas coûté cède te combattre? n'as-tu pas jugé que j'ai été ce soutenue par l'orgueil flatteur de tout te sacrifier ? ce ne sens-tu pas avec quel sentiment délicieux je ce prendrais ton nom et ton rang, j'avouerais puce bliquement mon amour; avec quel empresseecment, quelle active constance je m'efforcerais ce de justifier une élévation, qui blesse les conve- (cnances? Sou viens - t'en , mon ami: t'adorer, te
D32 UNK MACEDOIWE.
«trouver un moment, te posséder, avec la certi- « tude de te perdre un moment après , était pour cr moi le bien suprême. Quel nom donner à la « destinée qui m'attend! Mais, Francheville, cette « inexprimable félicité durera-t-elle ? Si le temps « amenait la froideur, le dégoût; si tu réfléchissais «à des espérances fondées, et perdues sans re- (c tour; si un mot, un seul mot annonçait des re- «grets! ah, Francheville, que deviendrais -je? ta ce chaîne est légère aujourd'hui : quel fardeau pour « moi que celle que tu t'efforcerais de rompre, et t( que tu me reprocherais de t'avoir donnée ! — «AiTete, Fanchette, arrête. Ne prévois pas ud «avenir, qui n'existera jamais. As -tu remarqué « dans ma conduite , dans mes procédés , dans « mes discours, dans les choses même les plus in- « différentes , rien qui annonçât l'ingratitude ou « la dureté? L'amour peut s'éteindre, sans doute, « dans le cœur d'un galant homme; mais combien «de dédommagemens n'a-t-il pas alors à offrir! « L'estime , l'amitié , la confiance ne suffisent-elles « pas aux glaces de la vieillesse ? Mais pourquoi , « rayonnante encore de jeunesse et d'attraits, fran- «chis-tu une suite d'années, qui appartiennent « aux amours et aux plaisirs ? Employons - en le « cours; tâchons de le prolonger; et lorsque enfin « la volupté aura fui loin de nous, nous en par- «lerons, pour en reparler encore; nous en re- « trouverons les traces dans le bonheur de nos « onfans. »
IJNK MACÉDOINE. 553
Un baiser, mille baisers sont sa réponse. Il est convenu que nous serons unis, quand les bienséances le permettront, et qu'en attendant...
a Combien de jours faudra-t-il encore attendre ? ce — Autant que l'ordonnera le médecin. — Ah , « Fanchette, il a interdit les baisers, et tu vois quel <c bien ils me font! — Plus bas, mon ami. M. de ce Soulanges nous écoute, et tu n'as pas oublié les « portes fermées à double tour, les clés sous le «traversin... — En vérité, mademoiselle, vous « n'êtes pas plus raisonnable que lui. — Hé, moncc sieur, ma pauvre télé, mon cœur sont dans « l'ivresse : sais-je ce que je fais , ce que je dis ? »
Je me porte bien, fort bien. Je me lève, je marche... les jambes un peu faibles cependant. Ah, cela m'autorise à prendre le bras de Fanchette; nous faisons quelques tours de chambre , et quand le régulateur Soulanges a le dos tourné...
Justine l'appelle; il la suit; elle ferme la porte; j'ouvre mes bras; Fanchette s'y précipite. Délices toujours nouvelles, vous allez donc renaître! ce Mon ami, sois prudent. Songe que le cher ence faut n'a pas quatre mois encore... )»
Ai-je été prudent? je l'ignore; mais je sais que j'ai été heureux, parfaitement heureux, et je consentais à mourir! je n'étais pas dégoûté de la vie; mais je ne croyais plus au bonheur. Je l'ai retrouvé , tel qu'il se présenta à moi à l'auberge de Chantilly, au château d'Ermeuil, dans la grotte
554 VUE MACÉDOIHTE,
d'Ëustache, dans le petit lit de la rue Saitir- Autoitie, et jamais, je le sens, je l'avoue, je n'eu ai goûté d'aussi pur, d'aussi vif. Ah, Fanchette , c'est toi que j'ai aimée, que j'aime, que j*aimerai pardessus tout.
« Parbleu, Justine, c'était bien la peine de me «déranger pour une semblable vétille! il est arec rivé un malheur, disiez -vous d'un air affecté, (c et il s'agit d'un lapin qui s'est cassé la pâte ! »
Elle est toujours fine, toujours obligeante, cette Justine 1 Je la remercie par un coup d'œil imperceptible. Soulanges me logerait à un bout de la ville, Fanchette à l'autre; il ferait griller les portes et les fenêtres , Justine trouverait les moyens de nous réunir.
Il est convenu que dans huit jours nous rendrons Soulanges à Paris et aux plaisirs. Nous voyagerons pendant le reste de l'année, et nous rentrerons dans la capitale sur les ailes de l'hymen et de l'amour.
Le médecin a cessé de me voir, Soulanges de me surveiller. Nous sommes libres, parfaitement libres. Les jours, les nuits se succèdent, se ressemblent, et paraissent toujours nouveaux.
Tout est prêt ; nous partons demain ; nous quittons les Pyrénées. Ce départ réveille de tristes et attachantes idées. Elles m'agitent, elles me tourmentent, ce Mon ami , pourquoi me dissimuler quel- « que chose? Je n'ai pas mis d'obstacles à tes trans-
UNE MA.C£DOllf£. 555
«ports; l'interdirai-je un souvenir? Viens, viens <c avec moi donner une dernière larme à la jeuce nesse et au malheur. »
Nous sortons ; nous observons en route un silence religieux; nous entrons dans le dernier asile. Sous des arbres antiques s'élève un monument à la fois noble et simple. Elle dirige mes pas de ce côté. Je m'approche, je ILs... Je croyais aller à ma ferme; visiter cette chambre, où s'est passée la dernière scène. Je la croyais transportée à Paris... On a bien fait de me le dire.
C'est donc ici qu'elle repose ! Cette terre , que je presse de mes genoux, doit couvrir tour à tour les objets de notre vénération et de notre culte. Qu'en reste-t-il quand vingt générations sont enfouies après eux? quelques livres... quon ne lit plus.
Cette réflexion amène un profond soupir. Je regarde Fanchette ; ses yeux sont fixés sur moi. Chacun de nous semble dice de l'autre : Ce sera là aussi ma destinée... Éloignons ces sombres idées; échappons au néant; rentrons dans le séjour de la vie.
c< Dis-moi , Fanchette , qui s'est occupé de cou- «vrir décemment les restes de Sophie?... Tu ronce gis ! c'est répondre. » Je l'embrassai avec l'expression de la plus vive reconnaissance.
cr Mon ami , il te reste à consommer un acte ce (le justice. La mère est morte avant sa délice vrance. L'enfant , mutilé , a donné cependant
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« quelques légers signes de vie. La loi t'autorise, «dit -on, à dépouiller madanfie d'Elmont... — « Fanchette, j'ignorais que j'eusse un devoir à a remplir : je te remercie de me l'avoir indiqué. »
A notre retour à Saint- Gaudens, je signe ^ et j'expédie une renonciation formelle à tous mes droits sur les biens de feu madame de Francheville. Quelle femme que celle qui m'estime assez pour ne jamais douter de moi, et qui n'oublie rien de ce qui peut flatter ma sensibilité, et ajouter à ma réputation !
Nous ne pensons plus qu'à nous éloigner ^e ces lieux , si tristes et si chers à la fois , où j'ai tout perdu, tout retrouvé. Nous avons une voiture spacieuse, où nous prendrons Justine avec nous. Elle se chargera quelquefois d'Honorine : Fanchette ne se doit pas tout entière à l'amour maternel.
Je donne à mon bon Georges une carriole commode. Philippe , armé d'une carabine toute neuve, nous servira d'escorte.
Nous sommes en route, et je m'aperçois bientôt que Justine est de trop. Elle a un œil perçant, qui intercepte la pensée , et qui quelquefois fait rougir Fanchette. Allons, au premier ^te , je changerai ces arrangemens-là. Je mettrai Justine avec Georges. Mais Honorine? Hé bien, je la tiendrai à mon tour : je suis son père pour quelque chose, et je ne dois pas avoir les bénéfices sans les charges.
UNE MACEDO.IIVE. 557
« Mon ami , dînera-t-on bientôt , me dit Fanccchette?» Il n'y a pas deux heures que nous avons déjeuné. Je n'ai pas plus d'appétit qu'elle; mais comme elle, j'ai besoin de parler amour; et l'orateur éloquent aime à joindre l'expression du geste au charme de la parole.
Nous arrêtons, nous descendons, nous remontons; nous descendons encore. Il est sept heures du soir, et nous avons fait cinq lieues! N'importe, nous voilà dans une auberge, assez médiocre, à la vérité; mais que nous faut-il? un lit. Cela se trouve partout, et le meilleur n'est pas le plus doux , disent les connaisseurs.
Justine vient nous éveiller. «Madame, si vous ce voulez faire six lieues aujourd'hui , il est temps « que vous montiez en voiture, » Je vous l'ai dit : rien ne lui échappe. Nous nous habillons; nous nous embrassons comme si nous allions nous séparer... N'est-ce pas l'être qu'être trois? •
«Justine, n'avez -vous rien oublié? — De ce « qui peut vous faire plaisir? Je ne le crois pas , «madame...» Ah, ah! la barcelonnette , attachée hier sur l'impériale, est aujourd'hui suspendue dans l'intérieur de la voiture. « Madame, j'ai re- « marqué qu'Honorine vous échauffait , et que a mes genoux vous gênaient quelquefois. L'enfant a sera plus fraîchement dans sa barcelonnette, et « constamment bercé , sa petite voix perçante ne ce vous empêchera plus de causer. »
Elle n'attend pas de réponse. Elle va , en sau-
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tant , se placer à côté de Georges , qu'elle se promet, dit-elle, de lutiner pendant toute la route. La singulière et précieuse femme! Que dis -je? n'a-t-elle pas développé la même adresse , n'a-t-elle pas eu les mêmes prévenances pour Tinfortunée... Justine ressemble un peu à ces courtisans, amis des grâces, et non du prince.
«c A propos, qu'est devenu son enfant? — Il est « en nourrice dans les montagnes. — Mettre son tt enfant en nourrice ! — C'est un malheur attaché «à sa condition. — Et que partagent, volontai- « rement , bien des femmes qui n*ont rien à faire.
« Oh ! aujourd'hui , nous avançons : nous ferons «au moins quinze lieues. — Mon ami, tu t'en « aperçois ! — Je n'ai cependant pas compté les « relais. — Ce n'est pas là non plus ce que je «compte. » Et, son petit compte à part, elle lui donne un air si vif, si piquant, et si voluptueux!
« Mais mon ami, nous allons, nous allons... Où « allons-nous? — Je n'en sais rien. — Si tu voulais « aller quelque part?... — Quelque part? nous y « arriverons sans doute. — Et sans nous en aper- « cevoir. — Nous sommes ensemble. — L'univers « est dans cette voiture. — Laissons-la rouler.
u — Mais Honorine ? — Elle dort. — Elle pren- « dra l'habitude d'être bercée. — L'habitude est « déjà prise. — Elle ne te laissera plus dormir. — « Nous y gagnerons tous les deux. — Nous ne « pouvons pas cependant l'élever dans une ber- « line. — Ce n'est pas mon intention. — Il faudra
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a s'arrêter enfin. — Aussitôt que tu le voudras, a — Monsieur, je le veux tout de suite. — Phi- « lippe , faites arrêter au premier village.
« Nous pouvions voir Pau , Bordeaux , Nantes, ce — Mon ami , je ne veux voir que toi. — Tu a manqueras de bien des choses dans un village. « — Un air pur pour Honorine, Francheville pour « moi... — Et Fanchette pour Francheville, voilà « tout ce qu'il nous faut. »
Ce village convient , en effet , à des amans qui veulent vivre pour eux. Là-bas, j'avais une maison; ici, il n'y a que des chaumières. Justine nous demande si nous voulons nous faire ermites ? Je lui demande si la retraite lui fait peur? «Oh, « monsieur, on trouve un homme partout. — Et « pour n'avoir pas à le chercher, on le mène avec « soi. » J'ai remarqué que M. Philippe . . . Fanchette me marche sur le pied.
Il est reconnu que tout manque ici. « Que voûte lons-nous, dit en riant ma charmante Fanchette? <( passer quelques mois. Qu'importe que ce soit « ici ou ailleurs? Point de distractions extérieures; «point de superfluités au -dedans. Tant mieux, a mon ami. Ces prétendus avantages ne tournent a jamais au pro6t de l'amour.
<c Madame, dit Justine, qui écoutait en enve- « loppant le cher enfant , voulez-vous me permet- « tre de vous conter une historiette? — Contez, «Justine. — J'avais quinze ans; j'étais jolie; un « officier de dragons me le dit; je le crus. Il me
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« dit que jolie fille de quinze ans doit aimer; je le « crus encore. Il me dit que quand on s'aime , il c( faut toujours être ensemble ; cela me parut na- « turei. Il me proposa son bras; je le pris. Quand <c nous fumes au Pont-Royal , il me proposa une « voiture ; j'y montai. Il me conduisit dans un «village, qui ressemble assez à celui-ci. Il loua tfune maison, où, comme dans celle-ci, il n'y fi avait point de superfluités , et quand on n'a « qu'un lit, il faut bien coucher deux.
K Nous nous aimâmes passionnément; c'est i'u- « sage. Au bout d'un mois je me rappelai que la ce société a sou petit mérite. A la fin du second , (c nous bâillions en nous regardant. Mou officier « disparut à la fin du troisième, et... — Franche- « ville , partons pour Bordeaux. »
I^e déménagement est fait en cinq minutes; nous repartons. «Il me semble, dit Fanchetle, « que l'amour est éternel. — Oui, celui que tu « inspires. — Il se pourrait cependant qu'il eût « besoin de repos. — Quelques intervalles , adroic( tement ménagés... — Font qu'on se retrouve ce avec un plaisir nouveau, d
Nous essayâmes de la recette, bien avant d'en avoir besoin, et ici le remède doit précéder la mala4ie : l'amour s'envole dès que l'ennui paraît.
Avec quelle aimable vivacité, quelles grâces touchantes, quelle inépuisable douceur, quelle richesse d'imagination elle sait être toujours nouvelle ! Certaine de faire naître la sensation qui
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convient gu moment j à la circonstance , elle fait succéder , avec rapidité , un enchantement à celui qu'elle vient de produire. Elle à une cour à Bordeaux. Les femmes lui pardonnent d'être jolie ; les hommes en raffolent; elle plaît à tout le monde : elle n'aime que moi.
<K Comment as-tu fait , Fanchette , pour réunir tf en toi seule ce qui^erait dix femmes aimables ? ex — J'ai médité la leçon de Justine. — Mais cçtte « facilité d'expressions , cette finesse de pen* «sées?... — Seule à P^s, et toujours m'occutf pant de ^ toi , j'ai appris ta langue. J'ai voulu a pouvoir t'entendre et te répondre^ si je te ré- (c trouvais un jour. — Madame, il n'est pas possi- « ble de mieux tourner un compliment. — Mon* « sieur, est41 possible de vous en faire ? — De « mieux en mieux. — N'en soyez pas surpris; c'est « vous qui m'inspirez. »
Jje temps fixé s'écoula au sein de la folie et de la volupté. Le jour où tant de qualités et de charmes devaient être couronnés, parut pour le bonheur de tous deux. Je ne laissais derrière moi personne à qui il dût coûter des larmes : triom* phant et radieux, je conduisis ma Fanchette à l'autel.
J'avais pris cent précautions pour dérober la cérémonie à la connaissance des curieux , et cependant notre mariage devint, en deux heures, la nouvelle du jour. Les opinions se partagèrent. Une prude se permit de dire qu'on ne pouvait
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plus voir cette femme-la. Une jolie dame lui répondit .qu'elle aurait eu raison la veille; mais qu'elle avait tort le lendemain.
Il y a un moyen de faire reculer les demî-braves , c'est de les mettre au grand feu. rautionçai moi-même mon mariage; je 1 annonçai, avec 'la publicité. et les formes d'usage, et les chuchoteurs vinrent nous féliciter. Fan«hette les reçut' avec cette douce modestie , qui né désarme pas la malignité, mais qui la réduit au silence.
Une fête brillante, donnée à propos, est encore un moyen certain de conciliation. De quoi se compose la grande société ? de gens désœuvrés. Mettezles à table, au jeu, faites-les danser, faites-leur oublier le temps, dont ils ne savent que faire, et ils seront de votre avis, parce qu'ils sentent qu'il faut payer , d'une manière quelconque , ce qu^on appelle du plaisir.
Je donnai une fête. Je la donnai telle , qu'on en parlait encore trois jours après, et que nous emportâmes les regrets des Bordelais. Ils étaient sincères... comme toutes ces protestations d'usage, auxquelles personne ne croit, et. qu'on a pourtant la faiblesse d'écouter.
Nous touchons à l'instant critique. Nous allons arriver à Paris : comment y sera- 1- elle vue? On n'est pas plus fin à Paris qu'à Bordeaux; on ny est pas plus méchant; mais on y connaît certaines particularités ignorées en Gascogne. Cette petite Fanchette ne s'est pas tenue derrière lui rideau à
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Chantilly, au château d'Ermeuil, dans la rue Saint- Antoine. On pardonne difficilement une élévation rapide, et la mériter est souvent le premier des torlift
Notre ami Soulanges n'oublie rien de ce qui m'est utile ou agréable. Il a bravement jeté le gant; il a payé d'audace. Il a dit ce qui pouvait intéresser, ce qui pouvait déplaire. Le fleuve altier, qui roule ses flots en grondant, est bien faible à sa source ; mais quand la source est pure , pourquoi Ijt dédaigner?
Cest ce soir qu'elle fait son entrée dans le monde. J'avoue que cette idée me cause une forte émotion. Il y a grand cercle chez madame de Soulanges : amis et autres y sont invités. Cette soirée marquera la place , fixera le degré de considération auxquels elle peut prétendre. Pauvre petite !
Elle se met très-simplement ; elle a raison : elle na point besoin de parure, et elle ne veut pas étaler un luxe, qui donnerait lieu à de malignes réflexions.
On nous annonce... le coeur me bat... Oh , il me bat! Elle est timide, mais calme: le danger qui nous menace nous eiïvsie moins que celui auquel est exposé l'objet de nos plus chères affections.
Je lui donne la main, nous entrons. Madame de Soulanges vient au-devant de nous, Fembrasse, la fait asseoir auprès d'elle. Je l'aurais volontiers remerciée tout haut.